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Aides-soignants : Le point sur ...
- 22 Mar 2007
- Auteur : Groupe MACSF - Le Sou Médical
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Délégation et collaboration
Vous avez dit collaboration ? Certains mots ont la vie longue. Il en est ainsi pour le mot délégation. Il sonne, résonne encore tant à ce jour dans la bouche et l'oreille de l'aide-soignant, de l'infirmier . Et l'un de dire: « Je délègue cette toilette à l'AS » et l';aide-soignant de redire : « L'infirmier m'a délégué ce soin ». L'essentiel, me direz-vous, est que le soin soit réalisé. Certes. Mais ce mot n'est pas adapté dans le contexte des soins à dispenser aux personnes soignées. Il ne s'agit pas de l'éradiquer comme un mal mauvais car ce mot existe bel et bien dans le dictionnaire, mais parler de délégation entretien une distance entre l'infirmier et l'aide-soignant ou l'auxiliaire de puériculture. En outre, elle donne la possibilité à ce dernier de dire « non ! ».
Mais oui, une délégation peut se refuser ! Or, l'aide-soignant peut-il refuser de faire un soin relevant de son champ de compétences alors que toutes les conditions sont réunies pour qu'il puisse le faire? Vous avez, je pense, la réponse. Alors que faire pour que résonne d'une façon claire et définitive ce mot collaboration, pour qu'il prenne le devant de la scène. De fait dans le dictionnaire, le C est avant le D! C de collaboration, Co comme ensemble, avec, en partenariat, dans l'échange, un collectif pour atteindre le même objectif, dans le souci de coordonner pour le suivi et le bien-être de la personne soignée. La collaboration est le propre d'un travail en équipe. Si nous observons une équipe de football qui gagne, n'est-ce pas grâce à la capacité de chaque joueur à collaborer et à coordonner ? Si le patient est au cœur de la préoccupation des soignants, alors la collaboration devient le cœur même de cette préoccupation.
Au quotidien, la collaboration commence quand aides-soignants et infirmiers parlent ensemble du projet de soin de la personne soignée. Ce temps d’échanges est précieux pour décider ensemble des objectifs de soins. Elle se vit aussi lorsqu'ils planifient les actions à mener et organisent ensemble la répartition des soins à effectuer. Selon les signes de manifestation de la maladie et la répercussion de celle-ci sur les besoins de la personne et ses habitudes de vie, aides-soignants et infirmiers vont décider de travailler en binôme ou non. Quel que soit le choix, la collaboration de l’aide-soignant et de l’infirmier permet d’assurer la sécurité du malade. Le temps des transmissions est un temps révélateur de la collaboration effective entre les soignants. Chacun dit ce qu’il a fait, vu, entendu.
Les informations qui circulent, la façon dont elles sont reprises, questionnées, exploitées, sont significatives que la collaboration se vit. Ainsi, au quotidien, l’infirmier s’assure de la collaboration de l’aide-soignant tout comme l’aide-soignant va s’assurer de la collaboration de l’infirmier. Ils font ensemble tout comme d’ailleurs à ce jour le soin se fait avec la personne soignée. Alors, fi de la délégation ! Que vive la collaboration entre les soignants et même plus, avec la personne soignée.
Michèle CIRON IFSI du Centre hospitalier de Chauny (Aisne)
La validation des acquis de l'expérience
L’ouverture des diplômes professionnels d’aide-soignant et d’auxiliaire de puériculture à la validation des acquis de l’expérience
La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 a institué une nouvelle voie d'accès aux diplômes, la validation des acquis de l'expérience ; elle a étendu le champ de l'expérience acquise aux activités non salariées ou bénévoles, elle a réduit de 5 à 3 ans la durée minimale d'expérience exigée, elle a élargi le champ des certifications accessibles et elle a ouvert la possibilité de l'obtention totale d'un diplôme par VAE. Elle a enfin modifié le rôle des jurys.
La VAE constitue donc un dispositif stratégique, dont les enjeux sont importants. Elle répond à une méthodologie rigoureuse.
Un dispositif stratégique
La VAE rend nécessaire une refonte complète des diplômes à finalité professionnelle : ceux-ci sont désormais construits sous forme de référentiels professionnels, pour certifier les compétences attestées par le diplôme, ce qui permet d'opérer des validations par domaines ou unités de compétences. Ce travail concerne aussi bien les diplômes du secteur social que ceux du secteur sanitaire. Il nécessite une concertation approfondie avec les représentants des salariés, des employeurs, des établissements de formation et des administrations concernées.
La VAE se met en place alors même que la répartition des compétences entre l'Etat et les collectivités territoriales connaît d'importantes évolutions, dans le domaine de la formation, sur la base de la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. L'Etat reste certificateur, les régions assurent le financement des formations initiales et des bourses d'étude. Les régions organisent, sur leur territoire, le réseau d'information et de conseil sur la VAE.
Les besoins de qualification dans le secteur sanitaire et social se caractérisent enfin par le remplacement des générations faisant valoir leurs droits à retraite et la création d'emplois nouveaux dans le domaine des services à la personne (personnes âgées, handicapées, lutte contre l'exclusion). La généralisation de la mise en œuvre de la VAE pour les diplômes du secteur sanitaire et social peut permettre de stabiliser dans ce secteur les professionnels, mieux reconnus et mieux qualifiés.
Des enjeux importants
Ces enjeux se manifestent au plan économique, technique et social.
- Au plan économique :
La VAE a un effet positif car elle influe sur la durée des parcours de formation initiale, qui doivent être reconstruits pour être accessibles par unités capitalisables. Un candidat qui fait valoir ses acquis peut obtenir tout ou partie d'un diplôme sanitaire : en cas de validation totale de ses compétences, ce diplôme sera délivré. Si ce candidat obtient une validation de certaines compétences, mais pas de la totalité, il peut accéder au cursus de formation pour obtenir les seules unités qui lui manquent, ce qui minore le temps de formation total. C'est une mise en place de parcours de formation individualisés qualifiants qui est rendue possible.
Le rôle des organismes paritaires collecteurs de fonds de formation agréés (OPCA) est majeur dans l'accompagnement du dispositif : les OPCA les plus significatifs du secteur privé à but lucratif (FORMAHP), à but non lucratif (UNIFAF), et pour le secteur public, l'ANFH, ont accepté d'investir pour accompagner les candidats dans leurs démarches de VAE. Trois accords-cadres ont été signés avec l'Etat par le FORMAHP, l'UNIFAF et l'ANFH (action de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie en faveur des personnes âgées, au titre de la loi du 11 février 2005). Un quatrième sera prochainement signé avec le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).
- Au plan technique :
Compte tenu des besoins et des spécificités des diplômes du secteur sanitaire, les priorités d'ouverture à la VAE ont porté sur le diplôme professionnel d'aide-soignant (DPAS), puis le diplôme professionnel d'auxiliaire de puériculture (DPAP) (diplômes de niveau 5, correspondant à une qualification de base au sens de l'éducation nationale) puis des diplômes de niveau 3 (préparateur en pharmacie hospitalière et ensuite diplôme d'Etat d'infirmier et d'infirmier de bloc opératoire).
- Au plan social :
Pour l'accès à des diplômes de niveau 5 tels le DPAS et le DPAP, les candidats, et plus particulièrement ceux qui vont appartenir à la première vague des demandeurs, sont sortis depuis longtemps du système scolaire ; ils sont en attente de reconnaissance et de qualification ; il est important de ne pas créer chez eux une frustration. C'est pourquoi la démarche VAE est importante pour ces personnes, et il est essentiel qu'ils en soient le principal acteur. En effet, il y a ici une approche différente de celle qui prévaut dans le système scolaire et dans la formation initiale, où les élèves sont évalués en fonction de critères déjà formulés, qui ont été décidés a priori. A l'inverse, la base du processus de VAE repose sur ce que la personne sait faire ; c'est pourquoi la démarche est individuelle et s'appuie sur les activités et les compétences du métier auxquelles prépare le diplôme.
Une méthodologie rigoureuse
- Pour l'élaboration des référentiels d'activités et de compétences
Afin d'harmoniser les procédures, il a fallu élaborer des référentiels d'activités et de compétences pour le métier d'aide-soignant et écrire également les critères qui vont servir à évaluer les compétences. Ainsi, toutes les activités des aides-soignants ont été minutieusement décrites par des groupes de travail qui comportaient des professionnels. Puis ces activités ont été regroupées en grands domaines et enfin les compétences nécessaires à leur réalisation ont été recherchées. Le métier d'aide-soignant est, par exemple, constitué d'un référentiel de huit blocs d'activités. Il a fallu décrire à quelles compétences faisait appel chacune des activités, en tenant compte du fait qu'une activité peut demander plusieurs types de compétences, et qu'à l'inverse il existe des compétences transversales à plusieurs activités. Enfin, ont été élaborés les critères permettant d'évaluer si les compétences ont été acquises ou non. Référentiel de compétences et critères d'évaluation constituent le référentiel de certification qui va permettre ensuite d'élaborer le programme de formation. Ensuite il a fallu construire des outils à chaque étape, notamment le livret de recevabilité et le livret de validation des acquis de l’expérience. La mise en place des outils est fondamentale car c’est le candidat qui doit apporter la preuve, par écrit, de sa compétence en remplissant de façon manuscrite le dossier.
- Pour le référentiel de formation
Une refonte complète des programmes de formation doit être réalisée afin d'élaborer un référentiel de formation basé sur le référentiel de compétences et notamment sur la déclinaison des savoir-faire. Il décrit les connaissances associées nécessaires pour la mobilisation des compétences : les savoirs théoriques, les savoirs procéduraux et les savoirs pratiques. Le référentiel de formation précise également le niveau d'exigence des connaissances que le candidat au diplôme doit acquérir. Celui-ci doit être cohérent avec le champ d'exercice et les responsabilités du professionnel visé par le diplôme. Le référentiel de formation est constitué des unités de formation correspondant aux unités de compétences du métier. Chacune d'entre elles décrit un enseignement théorique et pratique en institut de formation complété ou non par une période d'enseignement clinique en stage. Les modalités d'évaluation de chaque unité de formation sont également définies dans le référentiel de formation mais s'appuient sur les critères d'évaluation élaborés lors de la réalisation du référentiel de compétences. Ainsi, quel que soit le mode d'accès au diplôme, les critères de la certification des compétences sont les mêmes. Enfin, les instituts de formation doivent organiser les cursus en prenant en compte les différentes voies d'accès au diplôme : cursus intégral, cursus partiel de formation dans le cadre de dispenses d'unités de formation pour les titulaires d'un autre diplôme sanitaire ou social ou encore cursus complémentaire en cas de validation partielle de certaines unités de compétences par la voie de la VAE. Ces différentes possibilités aboutissent à la prise en charge de profils très différents et impliquent des méthodes pédagogiques adaptées à chacun d'eux.
- Pour la constitution du dossier du candidat à la VAE
Le dossier qui va établir la preuve des compétences acquises au travail est conçu par unité de compétences. Le candidat a l'obligation de le remplir de façon manuscrite. Il doit décrire très concrètement les situations de travail et la manière dont il s'y prend pour réaliser ses activités en relation avec le diplôme demandé. Il va joindre à son dossier tout ce qui peut accréditer le fait qu’il est un bon professionnel. L'accompagnement est très important, cependant accompagner quelqu'un n'est pas faire à sa place. C'est aider la personne afin qu'elle soit capable de nommer sa propre activité avec ses mots, mais pas écrire à sa place, ce qui risquerait de la pénaliser au moment de l'entretien avec le jury.
C'est en effet le jury qui va vraiment évaluer si le candidat a mis en œuvre dans sa vie professionnelle les compétences requises pour le diplôme. Le jury ne posera pas de questions de connaissances théoriques ; il s'agit ici d'une logique de valorisation. C'est pourquoi le jury cherche un faisceau de preuves significatif des compétences requises. Si le jury a un doute sur l'acquisition de la compétence, ce doute doit bénéficier au patient et l'unité de compétence ne sera pas attribuée.
Le jury peut attribuer la totalité du diplôme ou une partie seulement, et dans ce dernier cas, la personne a cinq années pour soit se représenter devant lui en ayant diversifié son expérience, soit acquérir ses compétences par la voie de la formation. Le programme de formation a été revu pour rendre ceci possible.
Ainsi, le défi à relever est important ; il montre l'intérêt de la nouvelle voie ouverte par la loi. Dans les mois qui viennent, les premiers jurys appelés à examiner les dossiers de validation des acquis de l'expérience des candidats au diplôme professionnel d'aide-soignant seront réunis. Le suivi des résultats de la démarche sera riche d'enseignements et permettra d'ajuster un dispositif dont le caractère novateur mérite d'être souligné.
Guy BOUDET, Marie-Ange COUDRAY, Christine LEMEUX.
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