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Comment dire non à une demande de délivrance d'un certificat médical ?

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Bien que sortie depuis longtemps de l’ère du paternalisme, la médecine demeure encore aujourd’hui dans un schéma traditionnel qui fait du médecin le principal décideur des soins dispensés à son patient.


Cependant, il se dessine depuis déjà plusieurs années une tendance à une plus grande autonomie du patient dans les décisions médicales qui le concernent, une volonté de devenir co-auteur de sa propre santé.


Si cette tendance est légitime, elle ne doit pas conduire le malade à décider à la place du médecin, dont on n’attendrait plus alors qu’une caution ou un aval. Il est donc des cas où le médecin doit résister aux demandes de ses patients.

La compagne d'un patient vient en consultation demander pour son futur mari un certificat médical attestant de la possibilité de sauter en parachute. Le médecin répond qu'il veut voir le futur époux pour l'examiner, car « c'est uniquement dans ces conditions qu'il accepte de faire les certificats ».
La jeune femme précise alors que ce saut en parachute est une surprise que ses amis veulent lui faire avant son mariage.


Que va faire ce médecin ?


La question éthique se double d'une responsabilité réelle.

En l’absence du patient, il est fondamentalement anti-déontologique d’accepter de rédiger un certificat de ce type, comme d’ailleurs pour tout certificat. Il est tout aussi invraisemblable d’assumer une telle responsabilité médicale sans examen clinique préalable.
Par ailleurs, l'idée de cette « surprise » potentiellement dangereuse déplaît au médecin qui connaît ce patient qui lui apparaît plutôt craintif et pusillanime ; il se demande donc si sauter en parachute sans y être préparé ne risque pas d’être particulièrement traumatisant pour lui…

Est-il bienvenu, lorsque l'on va se marier - et le médecin fera part de cette réserve à la « fiancée » - de commencer sa vie de couple par une « surprise dangereuse », et surtout par un mensonge ? La confiance réciproque, base de toute vie commune, ne risque-t-elle pas alors d'être ébranlée de façon durable ? Et qu’advient-il du secret professionnel, dans ces conditions ?
   
Pour preuve de sa compréhension, le médecin se dit cependant prêt à rédiger un certificat, à condition que le futur époux soit informé du « saut », l’accepte et vienne consulter pour être examiné correctement.
D’abord peu convaincue, la jeune femme semble finalement comprendre les arguments du praticien et prendre conscience des risques de cette initiative peu courante ; elle souhaite abandonner ce projet… tout en laissant entendre que son ami viendra sans doute consulter, car elle tient malgré tout, et pour des raisons personnelles (?), à lui faire cette proposition de saut...
Quelques jours plus tard, son ami se rendra à la consultation, et le médecin jugera alors de l’opportunité de rédiger ce certificat.

Bien qu’apparemment inhabituelle, une telle situation n’est pas rare en médecine générale où un certificat, parfois ésotérique voire totalement surréaliste, est demandé et même exigé avec la plus grande insistance.
Bien souvent, l’appréciation du praticien n’apparaît pour ceux qui le réclament que comme une formalité supplémentaire, inutile et coûteuse. Or, s’il s’agit bien d’une sorte de « formalité », elle n’en engage pas moins la responsabilité de celui qui signe le certificat ! Le médecin, en l’occurrence…
Combien de patients connaissent la réalité de cette responsabilité et comprennent le véritable enjeu de cet acte, médical au même titre que les autres ?
Combien de médecins connaissent les risques potentiels des certificats qu’ils rédigent quotidiennement ? Et même la nature exacte des risques encourus par le demandeur ?

Dans le cas rapporté, le médecin a-t-il déjà sauté en parachute ? Et sinon, que sait-il de la nature du « traumatisme psychique » ressenti ? la peur ?, la sienne ?, celle de l’autre ?

Ce cas illustre bien les difficultés pluri-quotidiennes posées par ce que d’aucuns considèrent comme une tâche administrative de plus.
Que se cache-t-il en réalité derrière ces papiers en tous genres que l’on signe souvent trop facilement ? Les compagnies d’assurances ? Les dangers réels d’atteintes à la santé ?

Les deux sans doute ; et c’est pour ces raisons qu’il faut toujours se montrer particulièrement vigilant avant de rédiger un certificat !
Il faut aborder ce type de consultation de façon positive et y voir avant tout une occasion de dépistage, surtout chez les adolescents qui ont tant de mal à se rendre chez le médecin !

Une occasion donc, un moment de mise au point et de confiance ; un moment aussi de responsabilité vraie pour le praticien, de courage parfois, de dignité en tout cas, lorsqu’il faut dire non.
Pas toujours facile…mais indispensable pour l’idée même que l’on se fait de soi-même, et de la médecine.

Dr François BAUMANN, Médecin généraliste, Fondateur de la société de Formation Thérapeutique du Généraliste, Vice- Président chargé des sciences humaines et sociales, Membre du Comité scientifique international de l'UNESCO (Chaire de Bioéthique - Mis à jour le 05/07/2010