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Les raisons de l'apparition des doulas
- 27 Jul 2009
- Auteur : Professeur Roger HENRION, Membre de l'Académie nationale de médecine.
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L’apparition des doulas correspond à la conjonction de plusieurs facteurs concernant le comportement de l’individu, l’évolution de la société, l’exercice de la gynécologie obstétrique.
L’individu donne une place de plus en plus importante aux prestations visant au développement de la personne, de son bien-être, de son épanouissement. L’engouement actuel pour le « coaching » et la floraison d’ouvrages qui s’y rattachent illustrent parfaitement cette tendance.
L’évolution de la société fait que les femmes sont ou se sentent plus souvent isolées qu’autrefois. Du fait des circonstances de la vie moderne, le soutien spontané qu’apportaient les mères, les sœurs, voire les maris, et d’une façon plus générale, la famille et les amis, au cours de la grossesse et de l’accouchement a peu à peu diminué. Le tissu familial est fragilisé. Nombre de familles sont éclatées. Les familles monoparentales, décomposées et recomposées, sont de plus en plus fréquentes. L’isolement peut aussi être géographique, pour les femmes arrivant dans une région où elles ne connaissent personne. Par ailleurs, la féminisation du travail a conduit à développer l’aide à domicile. Dans d’autres cas, ce sont des primipares, parfois fragiles et angoissées à l’idée d’être mères, ou des multipares ayant eu une expérience malheureuse, qui recherchent un soutien moral, une aide psychologique supplémentaire.
L’offre des soins en périnatalité s’est modifiée sous l’influence des progrès médicaux, de la maîtrise économique des soins de santé, de la législation du travail, de la « judiciarisation ». La fermeture pour des raisons de sécurité des petites maternités et la concentration des accouchements sur des centres mieux équipés, ont abouti à un éloignement des structures de soins qui n’est pas toujours compatible avec les possibilités de se déplacer de la femme enceinte, qu’elle soit sans moyen de locomotion ou soumise à des contraintes financières ou de temps. Le médecin généraliste n’a pas toujours reçu la formation suffisante pour combler cet éloignement. Le renfort en personnel, nécessaire dans les centres où se concentre l’activité, n’est pas toujours suffisant, loin s’en faut.
D’autre part, les progrès réalisés dans la surveillance du fœtus, la possibilité de diriger le travail, la réanimation du nouveau-né, ont abouti à une médicalisation parfois considérée comme excessive et mal supportée par les mères. Les sages-femmes surveillant plusieurs parturientes, absorbées par des tâches médicales et administratives, n’ont plus la disponibilité suffisante pour être constamment au chevet de chaque parturiente. Leur rôle est progressivement devenu plus technique et plus médical. La continuité du personnel soignant au cours d’une grossesse est plus difficile à obtenir qu’autrefois, spécialement dans les services universitaires.
La nouvelle législation du travail a contribué à désorganiser les services. La réglementation qui a introduit le repos de sécurité et la réduction du temps de travail rencontre des difficultés d’application considérables. La sortie précoce de maternité laisse les accouchées souvent seules, désemparées face aux soins à donner à leur enfant, à leur montée laiteuse, aux phénomènes d’engorgement mammaire, aux crevasses, aux épisiotomies douloureuses, ou tout simplement à la fatigue, à la dépression du post partum et aux tâches ménagères, malgré l’instauration du congé de paternité. Enfin, si le nombre des obstétriciens n’a pas réellement diminué, leur répartition sur le territoire est inégale, certains se sont orientés vers la gynécologie, ce qui donne une impression de pénurie.
En outre, après un formidable mouvement en faveur de l’analgésie péridurale il y a quelques années, soutenu par tous les mouvements féministes, obligeant à une véritable réorganisation des départements d’anesthésie, et aboutissant parfois à des excès, on assiste désormais à une résurgence non moins vigoureuse d’un autre mouvement revendiquant un accouchement plus physiologique et sans analgésie, la douleur ayant une fonction « psychique et physiologique », certains évoquant même « les fonctions primales, les réflexes instinctuels ».
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