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Un oubli regrettable : une amputation évitable
- 22 Mar 2007
- Auteur : Catherine BONS-LETOUZEY
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Il n'y a pas de petite chirurgie, celle de l’ongle traumatisé ou incarné ne fait pas exception. Après une intervention habituellement en ambulatoire, sous anesthésie locale ou loco-régionale, le patient regagne rapidement son domicile. La persistance de douleurs importantes, parfois insomniantes, mal calmées par les antalgiques habituels, peuvent l’amener à consulter non seulement son chirurgien mais aussi l’urgentiste ou le généraliste de garde. Lorsque ces douleurs sont dues à un « oubli regrettable », différents professionnels de la santé sont donc susceptibles d’être concernés. De quoi s’agit-il ? Pour le savoir…
Défaire le pansement
Après s’être coincé les doigts dans une porte, une jeune fille est opérée un jeudi après-midi d’une lésion complexe unguéale. Elle se serait plainte dès la salle de réveil de la clinique de douleurs du doigt opéré, mais le personnel a considéré qu’il s’agissait d’une suite logique après l’intervention. Avant la sortie de la clinique le vendredi, il n’y a pas de contrôle du pansement. Dans la nuit du samedi au dimanche, l’enfant souffre de douleurs intolérables et les parents téléphonent pour demander conseil au médecin de garde de la clinique où l’enfant a été opérée. Celui-ci indique que les douleurs post-opératoires sont normales et conseille un antalgique. Les parents téléphonent dans un autre centre chirurgical : une réponse identique leur est faite. Inquiets, ils appellent le médecin généraliste de garde. Celui-ci se rend à domicile pour établir une autre prescription d’antalgiques… sans défaire le pansement. De nouveaux appels téléphoniques dans la journée de dimanche aboutiront à la même réponse.
C’est le lundi matin, qu'à sa consultation, le chirurgien constate une nécrose du doigt nécessitant une amputation en urgence. Le chirurgien n'a jamais été l'interlocuteur de la famille pendant le week-end. Le document de sortie précisant les numéros de téléphone utiles où il était joignable personnellement, ainsi que des consignes extrêmement détaillées, n’aurait pas été remis à la famille. Le pansement, n’ayant pas été enlevé pendant ces trois jours, personne n’a pu constater précocément que le garrot digital, fait avec un morceau de gant chirurgical, et posé au moment de l’intervention, était resté en place.
Cette observation n’est pas unique. Trois autres plaintes après chirurgie d’un ongle incarné, dues à un garrot oublié, nous sont connues (1998, 2003, 2004). Dans un cas, le patient n’a pas eu de séquelle, la découverte du garrot responsable de douleurs insomniantes ayant été précoce… dès le lendemain de l’intervention. Chez un enfant de trois ans a persisté une raideur importante et définitive de l’orteil concerné. Une nécrose du gros orteil chez un adulte jeune n’a pu être évitée du fait du retard à l’identification de la cause des douleurs, plusieurs jours après l’acte chirurgical. Il faut donc se garder d'un diagnostic hâtif de douleurs post-opératoires banales, en les attribuant à la pusillanimité du malade avant d’avoir vérifié, en défaisant le pansement, qu’il n’existe pas une cause évidente à un simple coup d’œil : l'oubli du garrot.
Un garrot pincé, pas noué
Ces observations prouvent qu’un fin garrot placé à la racine du doigt, coloré par la Bétadine, voire enfoui dans l’œdème, peut être oublié. Dans plusieurs dossiers, c’est un gant chirurgical en latex qui a été utilisé pour réaliser ce garrot noué. Pour éviter ce genre d’accident, il faut conseiller aux chirurgiens de mettre une pince sur leurs garrots digitaux et non pas faire un nœud. Ainsi, au moment du pansement, on ne pourra oublier ce dangereux garrot et masquer ce corps étranger sous le pansement. Cet oubli peut avoir des conséquences extrêmement sérieuses et engage la responsabilité des auteurs des soins et, en premier lieu, du chirurgien.
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