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Prescriptions informatiques
- 22 Mar 2007
- Auteur : Carole GERSON
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Premiers pas informatiques
Aujourd’hui pour une somme relativement modique, vous avez acquis un équipement informatique suffisant pour archiver en un minimum de place le dossier médical des centaines de patients rencontrés lors de votre longue carrière, pour consulter rapidement toute la bibliographie disponible sur un problème donné, pour interroger tel spécialiste ou telle société savante, correspondre avec vos confrères et même…vous connecter sur le site de votre assureur ! L’assureur en question en est ravi. Car en cas de litige, il n’aura plus à produire à l’expert et aux juges sous l’intitulé de « pièces médicales » la laborieuse photocopie d’un amas de feuilles de format varié, pas toujours déchiffrables, le bon docteur voyant avec les années son écriture inexorablement se pencher, les abréviations et autres signes par lui seul compris se multiplier et le bon vieux papier tout aussi inéluctablement se décolorer…
Et puis de toute évidence, une fois l’outil informatique maîtrisé, le dossier apparaît souvent plus complet, plus ordonné, plus facile à consulter et visiblement réactualisé. Si en plus, du fait de sa lisibilité, il permet d’attester efficacement de la réalité de vos consultations, de leur teneur, de vos prescriptions… tout le monde est content ! Sauf que parfois les prescriptions en question, précisément parce qu’elles ont été saisies un peu trop machinalement ou l’attention trop concentrée sur les touches du clavier (AZERTYUIOP, c’est assimilé mais après ???), vont parfois générer quelques ennuis…
... Premières chutes
Ainsi, à une femme consultant en vue d’une contraception orale, un de nos sociétaires remit une ordonnance de neuroleptique (MELLERIL) en lieu et place d’un oestroprogestatif (MELIANE). L’effet contraceptif du neuroleptique ne se fit pas sentir, la femme « tomba » enceinte et choisit de recourir à une IVG. Son mari, quant à lui d’abord tombé de haut avec la nouvelle et pas même calmé par le MELLERIL, tomba ensuite à bras raccourci sur notre sociétaire pour lui extorquer quelques milliers de francs de dédommagement.
Plus dramatique même si elle finit bien l’histoire de cet adolescent de 15 ans qui se retrouva en réanimation pour avoir absorbé 6 comprimés de NIVAQUINE à 300 mg en lieu et place des 6 comprimés de 100 mg amplement nécessaires, à la suite d’une simple erreur de saisie de son ordonnance par son généraliste…
Quelle ne fut la surprise des réanimateurs amenés à prendre en charge une vieille dame littéralement « vidée » quand ils découvrirent dans son sac une prescription informatique associant de manière certes proportionnée, un diurétique et sa supplémentation potassique, mais selon un schéma quelque peu inhabituel, l’ordonnance étant ainsi libellée : « LASILIX 40 mg : 1 comprimé le midi, 8 le soir, 3 jours par semaine ; NATI-K : 1 comprimé le midi et 8 le soir, 3 jours par semaine ». Fort heureusement, la vieille dame qui en plus avait eu bien du mal à avaler tous ces comprimés survécut…
Quelle fut encore la surprise de ce même praticien quand il s’aperçut qu’à une jeune femme souffrant d’une infection génitale, il avait prescrit un traitement de choc consistant à prendre le jour J, « 1 ovule gynécologique le midi et… 8 le soir ». Médicaments qui encore une fois avaient été délivrés sans sourciller par le pharmacien peu regardant. Fort heureusement, cette fois, la jeune femme avait décidé de surseoir à ce traitement, préférant préalablement se faire expliquer de vive voix les détails et « modalités pratiques » d’administration du traitement. Hospitalisation en réanimation pour un surdosage en AVK lié à une erreur de saisie informatique…
Plus récemment, un sociétaire ORL remettait aux parents d’un enfant de 4 ans qu’il venait d’opérer une ordonnance type d’antalgiques « après amygdalectomie chez l’adulte» et non comme il l’escomptait « après amygdalectomie chez l’enfant ».. Une erreur de ligne sur l’écran, un clic avaient ainsi suffi pour que l’enfant soit hospitalisé dès le lendemain de la prise des médicaments délivrés pour surveillance au vu de sa somnolence.
... Avant d'apprendre à courir
On le savait : avant de prescrire, il faut réfléchir et parfois lire. Comme on l’aura compris au travers de ces quelques exemples, après, il faut aussi également se relire. Car parfois, nos malades sont étonnamment observants, nos confrères pharmaciens particulièrement obéissants et négligents. Quant à nos ordinateurs bien que savants, ils ne sont pas davantage intelligents !
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