Médéric Dupoué, 43 ans, ou l’aventure Maison médicale

Le 15.11.2019
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Maison médicale

Quand après plusieurs années de bougeotte, Médéric Dupoué a posé sa mallette d’infirmier dans une petite commune de l’ouest, il y a trouvé le poste libéral qu’il cherchait, mais aussi un petit groupe de professionnels de santé proches de ses valeurs et de ses envies. En 2012, ils dé-cidaient de se regrouper pour mieux soigner. En 2015, ils inauguraient ensemble leur Maison médicale et paramédicale. Entre les deux : pas mal de rebondissements et de découvertes.

Pourquoi avoir décidé de créer une maison médicale ? Quel a été le déclic de ce regroupement ?

Des affinités entre professionnels de santé : avec les deux autres infirmiers du cabinet libéral que j’avais intégré au Pouliguen et un petit groupe de médecins de la commune.
C’est de nos rencontres qu’est née l’idée de monter un rassemblement de professionnels de santé ici.

On savait déjà à l’époque que le vieillissement de la population et des médecins allait poser problème. Surtout dans un village comme le nôtre où il n’y a que des personnes âgées. On a donc souhaité simplifier la vie des patients, en leur permettant d’avoir sur place un kiné, un infirmier et un médecin. On a ouvert notre Maison médicale le 16 novembre 2014. À l’époque, elle comptait 9 pros de santé : 5 médecins, 1 kinésithérapeute et 3 infirmiers.

D’après ce que j’ai compris, le projet a été long, mais vous avez toujours réussi à préserver vos volontés d’origine, à savoir une maison médicale à taille humaine et indépendante.

Oui. Quand on a lancé le projet, en 2012-2013, nous avons contacté l’ARS pour éventuellement monter une MSP (c’était le tout début des Maisons de santé Pluriprofessionnelles) et quelques années plus tard, alors que notre Maison médicale tournait depuis déjà deux ans, on nous a sollicités pour créer une maison satellite avec un village voisin.

Mais dans les deux cas, ça ne correspondait pas à ce qu’on recherchait. C’était soit, perdre en liberté et en indépendance dans notre projet, soit partir sur une structure plus grosse, avec des règles de fonctionnement plus compliquées… Nous, on recherchait une structure à taille humaine, qui fonctionne de façon plus instinctive, avec des gens qu’on avait choisis et avec qui on avait des affinités.

Dans votre projet, ce qui semble avoir été le plus difficile à gérer, au final, c’est le volet immobilier ?

On était motivés, on savait ce qu’on voulait, où on voulait travailler et comment, mais la plus grosse difficulté, ça été de trouver un terrain, en effet.

Quand on a fait une demande de terrain auprès de la mairie, on s’attendait à devoir peut-être s’installer dans un village voisin plus accessible. On a fini par tout de même avoir la possibilité d’acheter un terrain appartenant à la mairie, sur le site d’un ancien magasin de matériaux.

Mais la suite a été complexe et coûteuse. Notre terrain est au bord des marais salants, sur un sol sablonneux et boueux. Il a donc fallu commencer par planter des pieux à des dizaines de mètres de profondeur dans la roche pour pouvoir construire.

Malheureusement, faute de modèle sur lequel se baser, à l’époque, on n’a pas pensé à certaines choses, et aujourd’hui, on se retrouve un peu coincés : on voudrait intégrer d’autres professionnels de santé (tout en restant à taille humaine, encore une fois), mais notre terrain est réduit, on manque de place.

Pour éviter des galères évitables, il ne faut vraiment pas hésiter à contacter d’autres personnes ayant réalisé des projets similaires au sien. Parce que c’est comme construire une maison en couple. Quand on se lance, on n’anticipe pas forcément les obstacles ou les désaccords qu’on va rencontrer. Les mêmes problématiques qu’on a en couple dans la construction d’une maison, on les a aussi, sauf qu’au lieu d’être deux, on est six, dix, etc.

C’est un risque en soi, de se lancer dans un projet de maison médicale avec des collègues, même amis…

Oui, et s’il y a bien un conseil à donner à ceux qui se lancent, c’est de s’entourer de professionnels pour vous accompagner : avocats spécialisés, comptables, etc. Nous, c’est ce qu’on a fait, et on a bien fait. C’est le meilleur moyen d’éviter des tensions inutiles et des conflits. J’insiste là-dessus.

Il faut s’armer de patience et encadrer correctement toute la structure dès le départ. Ne pas se dire : « On s’entend bien, pas la peine de noter. » Il faut cadrer, poser les choses et tout mettre sur papier, si on ne veut pas de problème par la suite.

Une maison médicale, c’est un petit bébé que vous mettez au monde, mais avec d’autres collègues. Et ça n’est pas toujours évident d’avoir la même dynamique de groupe, les mêmes objectifs. On se découvre les uns les autres, on découvre nos caractères, nos problématiques… Mais c’est bien. C’est une découverte humaine et une aventure humaine.

Quel a été votre rôle dans la genèse de ce projet ? Et aujourd’hui ?

D’un point de vue statut, il a fallu créer une SCI et une SCM, et quatre personnes pour les gérer. Ça s’est bien équilibré : une de mes collègue médecin et mon collègue infirmier se sont désignés pour gérer la SCI et une autre collègue médecin et moi-même nous sommes désignés gérante et co-gérant de la SCM. C’est donc nous quatre qui sommes sollicités pour les papiers, animer les réunions, payer, rappeler à l’ordre ceux qui ne paient pas, etc.

Au sein même de la structure, on s’est répartis les charges et les responsabilités de façon la plus équilibrée possible, pour éviter que les mêmes s’en occupent toujours. Ça aussi, c’est compliqué. Ce sont des questions à se poser dès le début, sans les minimiser, en particulier l’aspect financier.

Il faut l’avoir à l’esprit, qu’à un moment, certains membres ne pourront peut-être plus faire face aux charges nécessaires pour rester dans la structure, à cause d’un changement dans leur vie, par exemple. D’où l’intérêt d’avoir bien cadré les choses au départ et d’avoir bien choisi les gens avec qui vous travaillez. Pour être capable de s’arranger entre vous, et de trouver des solutions.

Est-ce que ce projet a changé des choses dans votre pratique professionnelle ?

Ça a simplifié la prise en charge des patients, et c’était ça l’objectif. C’est assez génial, de pouvoir transmettre une info facilement en discutant avec le médecin que vous connaissez bien et qui exerce juste à côté de vous. C’est un vrai plus. Vous répondez plus vite et ça fluidifie les choses.

C’est super de pouvoir travailler comme ça en cohésion et de pouvoir compter sur d’autres professionnels aux compétences complémentaires des vôtres. Si par exemple, je constate qu’un patient à domicile ne va pas bien, je peux facilement appeler un médecin de la Maison médicale ou passer à son cabinet pour lui demander de venir voir le patient. C’est plus simple, on communique mieux.

Il faut dire aussi, que le fait d’être une structure à taille humaine nous permet d’avoir des relations vraiment fortes, ce qui n’est pas forcément le cas quand on est plus nombreux.

Quel bilan dressez-vous aujourd’hui de cette aventure ? Si c’était à refaire, vous feriez les choses différemment ?

Sur le plan architectural, oui. Mais pour le reste, je ne regrette absolument rien. C’est un projet fabuleux, avec des gens généreux, humains, une bonne équipe… On a fait le bon choix. On a recruté de nouvelles personnes qui nous correspondent, mais on essaie de rester à taille humaine et de préserver notre objectif de soin et d’humanité. C’est ça le plus important.

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