Podcasts Portraits d’infirmières - Abdelaali, entrepreneur d'intérêt général

Le 22.05.2019
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Avec la série de podcasts Portraits d'infirmières, des soignants partagent au micro de la MACSF leur parcours, leurs idées, leurs projets et les valeurs qui les ont amenés à choisir ce métier. Notre journaliste, Anne Dhoquois, part, dans ce deuxième épisode des podcasts Portraits d'Infirmières,à la rencontre d’Abdelaali Elbadaoui, qui milite depuis plus de dix ans contre la précarité médicale et sociale.

Sur son compte twitter, Abdelaali El Badaoui se décrit comme un « Entrepreneur d’intérêt général ». L’intérêt général, cet infirmier libéral de 36 ans y tient tellement qu’il en a fait la mission de son ONG, Banlieue Santé. Basée à Bobigny en région parisienne, l’association agit pour un meilleur accès à la santé dans les banlieues et les déserts médicaux en général. 

« Le premier sujet, c'est l’information : qu’elle arrive au bon moment à la bonne personne, pour l’accompagner au mieux dans sa prise en charge médicale. »

« La vraie valeur ajoutée de ce projet, c’est qu’on connaît les habitudes des gens qu’on accompagne. On sait comment ils fonctionnent, on sait leur parler. »

En parallèle de votre activité d’infirmier libéral, vous avez créé l’association Banlieue Santé. Quelles sont ses missions ?

C’est une initiative qui est née il y a plus de 10 ans, pour agir contre les inégalités de santé et les inégalités sociales et promouvoir une santé publique inclusive. On a ensuite décidé de créer officiellement une association en juin 2018.
L’objectif, c’est d’accompagner des patients sortis du parcours de soins, ou qui y ont difficilement accès. En France, on a énormément d'offres de soins, mais qui ne sont pas forcément coordonnées. Le premier sujet, c'est donc l’information : qu’elle arrive au bon moment, à la bonne personne, pour l’accompagner au mieux dans sa prise en charge médicale.

Ça passe par quels types d’actions, concrètement ?

C’est par exemple prendre en charge sur le plan social une personne dont les droits CMU ou ALD sont arrêtés. Ou accompagner un patient illettré qui cherche à voir un médecin rapidement, mais ne sait pas où aller ou ne sait pas qu’il lui faudrait un spécialiste. 
On organise aussi des ateliers d'éducation thérapeutique (dans des centres sociaux, des maisons de quartier, au pied des immeubles…) pour sensibiliser la population : sur le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension, le dépistage…

« Les plupart des bénévoles de l’association sont issus des banlieues, et ont décidé de s’engager pour redonner du temps là où ils ont grandi. »

L’une des particularités de Banlieue Santé, c’est de regrouper toutes sortes de professionnels : médecins, infirmières, sages-femmes, kiné, aides-soignants, auxiliaires de vie, ambulanciers… Pourquoi ?

Notre objectif, c'était de rassembler différentes compétences pour les mettre au service de la population. La plupart des gens qui ont rejoint Banlieue Santé sont issus des ban-lieues. Leur engagement, parce qu’ils ont grandi dans ces banlieues, c’est de redonner du temps là où ils ont grandi.
La vraie valeur ajoutée de ce projet, c’est qu’on connaît les habitudes des gens qu’on accompagne. On sait comment ils fonctionnent, on sait leur parler.

« On travaille notamment sur un projet de camion mobile de dentisterie, pour proposer des soins dans les quartiers, mais aussi dans les communes rurales. »

Le projet implique aussi des patients, des professionnels du social, de la technologie… Vous avez même créé des startups en lien avec la mission de Banlieue Santé. En quoi elles consistent ?

En créant l’écosystème de l’association, on s’est rendu compte qu’on pouvait réfléchir tous ensemble à créer des solutions innovantes. 
On a notamment un projet de télé-médecine inclusive, alliant l'intelligence artificielle et l'intelligence humaine ; on est en bêta-test sur un projet de bracelet connecté, pour lutter contre l'isolement social ; on porte un projet de camion mobile de dentisterie, qui pourra proposer des soins au pied des quartiers, mais aussi dans les villages et les communes rurales. 
On a aussi comme projet de déployer cette année des cabines de télé-consultation fixes, qui seront installées dans les quartiers. On proposera à des jeunes de se former à l'utilisation de ces cabines pour pouvoir se réinsérer. 
On fait aussi un travail de tutorat et de mentorat pour aider des jeunes à devenir médecin, infirmière, kiné, sage-femme, etc.

« L’objectif en 2019, c’est de trouver des partenaires qui vont porter le projet et nous mécéner. »

La structure date de 2018, mais le projet remonte à beaucoup plus longtemps que ça… Où en est l’association, aujourd’hui ?

Jusqu'à maintenant, elle était basée uniquement sur le bénévolat. Mais le projet a pris tellement d’ampleur que nous sommes surchargés de demandes. On ne peut pas faire ce travail au quotidien en étant bénévole, donc il nous faut des personnes salariées. 
L’objectif de cette année 2019, c’est justement de trouver des partenaires qui vont porter le projet et nous mécéner. Il nous faut aussi davantage d'aide et d'accompagnement de la part des pouvoirs publics.

Qu’est-ce que toutes ces activités vous apportent en plus de votre métier ?

Une richesse d’esprit, une richesse du cœur… Et puis le projet nous permet d'avoir accès à des personnes et des organismes qu'on n’aurait pas pu toucher sans cet engagement associatif.
Finalement, ce projet-là, c'est un projet de vivre ensemble. Tout le monde peut vivre et travailler ensemble autour de ce sujet de la santé, qui nous touche tous.

« Le premier soin, ce n’est pas le médicament : c'est la bienveillance, c'est le sourire, c'est le bonjour. »

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants infirmiers aujourd'hui ?

Ne vous dites pas que le premier soin, c'est le médicament. Dites-vous que le premier soin, c'est la bienveillance, c'est le sourire, c'est le bonjour.

Le mot de la fin ?

La santé est un message universel. Je pense que nous, professionnels de santé, en nous engageant davantage sur le plan social et médical, nous pouvons contribuer à un meilleur monde.

Banlieue Santé en quelques chiffres 

  • 60 000 patients accompagnés en banlieue et en milieu rural
  • 225 000 visites à domiciles en dix ans
  • 2000 bénévoles
  • XX cabines de téléconsultation fixes en cours de développement
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