Mireille Tourrette, coordinatrice d’une Unité mobile de soins bucco-dentaires

Le 14.11.2019
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Chirurgien dentiste

Quand on lui a un parlé d’un projet d’Unité mobile de soins dentaires initié par le président de La Croix Rouge de l’Ain, Mireille Tourrette s’est proposée sans hésiter pour en coordonner le volet médical. Aménager un cabinet dentaire dans un semi-remorque ? Défi accepté. Avec un matériel transposable dans une chambre en moins d’une heure ? Ok aussi. Tout cela, en impliquant une multitude d’acteurs différents ? Pas de problème. Il faut dire que pour cette chirurgienne-dentiste hospitalière, une aventure ne se refuse jamais. Surtout quand elle est socialement utile.

On connaît tous les camions de don du sang, mais les cabinets dentaires mobiles ne sont pas très courants… Comment est né ce projet ? 

C’est un projet de La Croix Rouge de l’Ain, qui l’a mis en place et financé en partie. Des équipes avaient déjà tenté de monter un cabinet mobile dans un autre département, mais l’expérience n’avait pas abouti. La Croix Rouge de l’Ain a hérité du camion à réaménager.

Le Président du Conseil de l’Ordre m’a parlé de l’idée pour la première fois début 2017. Un confrère à la retraite très engagé dans l’accès aux soins, le Dr Gérard Berthier, connaissait le projet de la Croix Rouge et voulait le faire aboutir. Pour cela, il lui fallait un praticien en activité, capable de coordonner le projet.

L’accès aux soins est un sujet qui me touche. J’ai exercé en prison. Je suis actuellement missionnée pour mettre en place les soins buccaux-dentaires dans les EHPAD et à la Permanence d’Accès aux Soins de Santé (PASS), pour prendre en charge par exemple les demandeurs d’asile ou les personnes non encore immatriculées à la CPAM. Quand le Président du Conseil de l’Ordre m’a parlé de ce projet d’UMSBD comme étant « difficile et compliqué », j’ai tout de suite eu envie de relever le défi.

Vous n’avez pas du tout hésité, alors même qu'on vous présentait le projet comme difficile et compliqué ?

J’apprécie de relever des défis. Je n’ai donc pas hésité. J’avais de plus les clés pour faire aboutir ce projet. J’ai analysé les raisons des échecs des tentatives antérieures après avoir écouté ceux qui ont osé se lancer avant moi. J’ai compris pourquoi des initiatives de ce genre avaient pu échouer. J’ai donc tenté de respecter ce qui ne l’avait pas forcément été (accord du conseil de l’ordre, de l’ARS, de la CPAM, réglementation stricte...)

Et puis je pouvais me permettre de m’engager, parce que je n’ai pas les mêmes contraintes que mes confrères libéraux. J’ai un revenu fixe, des horaires plus réguliers, et un travail à temps partiel. Je peux consacrer du temps à un projet comme celui-là.

Pourquoi ce projet d’Unité mobile pour la santé bucco-dentaire s’annonçait-il si compliqué à mettre en place ?

La mise en place d’un cabinet dentaire mobile est très contraignante, de part l’activité de chirurgie par exemple. Ce qui est moins vrai pour une unité médicale. La réglementation dentaire en termes d’hygiène et de sécurité est très rigoureuse et non prévue pour l’exercice mobile.

Par exemple, on n’a théoriquement pas le droit de travailler sur un fauteuil qui ne soit pas fixé au sol. Cette exception nécessite une dérogation. Mettre en place la radiographie numérique au sein de l’unité était aussi un énorme défi. Fallait-il « plomber » le camion ou pas, par exemple ? Le projet était tellement inédit, que l’Agence de sûreté nucléaire (ANS) ne pouvait pas nous fournir de réponse standard. Il nous a fallu six mois pour obtenir notre autorisation. On a dû régler la question de l’informatisation, de la décontamination et de la stérilisation à bord… Il y avait énormément de problèmes techniques et juridiques à résoudre pour concrétiser le projet.

De l’extérieur, on ne s’imagine pas qu’un cabinet dentaire mobile implique une telle complexité…

Il n’existe de ce fait que très peu d’initiatives du même genre. Il s’agit d’une véritable horloge suisse, dont tous les rouages doivent tourner en même temps. Croix Rouge, ARS, CPAM, Centre Hospitalier, odontologistes… Chaque acteur concerné doit être impliqué et consulté dès le début. Chacun doit donner son accord. Les autorisations des différents partenaires doivent arriver au bon moment… Au total, il nous a fallu deux ans pour faire aboutir le projet.

Le camion a été inauguré en juin 2019. Il est opérationnel, aujourd’hui ?

Pas encore tout à fait. Pour l’instant, le camion est utilisé pour faire de la prévention. Il a effectué sa première sortie en septembre, au Forum Santé Nantua, et d’autres sorties sont prévues prochainement, notamment auprès des enfants.

Pour le volet interventions, tout le matériel est disponible et nous devrions obtenir les signatures des conventions nécessaires pour la stérilisation hospitalière dans quelques semaines.

À terme, l’USBD sera capable d’intervenir sur tout le territoire de l’Ain ?

Ce serait le fonctionnement idéal, oui. L’idée de la Croix Rouge, serait de pouvoir desservir en priorité le secteur d’Oyonnax, parce qu’il y a énormément de besoins dans cette ville, puis de s’étendre aux autres zones.

Il y a un défaut de prise en charge des urgences de patients en situation de précarité. Qui prend en charge ces personnes ? Très peu de services dentaires sont mis en place pour eux, surtout dans les villes non universitaires.L a plus proche se situe à Lyon, à 80km. Il faut des structures pour les accueillir. Personne en France aujourd’hui, au 21ème siècle, ne devrait encore souffrir de douleurs ou d’infections dentaires.

Ma priorité est que dans ce camion, nous soyons au minimum capables de traiter ce qui fait mal (urgences infectieuses, pulpites…). Ceci en attendant de trouver des solutions pérennes pour les patients, puisque les soins plus compliqués doivent absolument être réalisés en milieu hospitalier ou en cabinet de ville.

Le soin mobile peut aussi être très utile pour la prise en charge de personnes à mobilité réduite ou isolées.

J’espère que ce projet va créer un précédent et qu’il ouvrira la voie à des expériences similaires. Parce que c’est un projet humaniste, qui rendra de très nombreux services aux populations, mais aussi à nos confrères, qu’il peut soulager de certaines missions chronophages et peu compatibles avec la gestion d’un cabinet libéral.

Vous auriez un conseil à donner, à ceux qui, comme vous, auraient envie d’oser ?

L’enthousiasme et la puissance du rêve positionnent sur notre chemin les bonnes personnes, qui à leur tour donnent tout ce qu'elles peuvent pour créer du beau, de l'utile et de l’humain. Même si le parcours semble à priori tortueux, le fait de se lancer déclenche la volonté de personnes qui nous épaulent et qui n’étaient pas impliquées de prime abord.

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