Etre médecin au XXIe siècle

Le 03.09.2019 par GUY VALLANCIEN

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Quoi de plus désespérant que d'assister aux querelles entre les médecins hospitaliers publics et leurs confrères libéraux ? Quoi de plus navrant que de constater les bisbilles entre syndicats médicaux, de plus rageant que d'observer une tutelle uniquement braquée sur ses comptes, alors que tout est à refonder afin que les médecins assurent à la population la meilleure santé possible en étroit partenariat avec les autres professionnels de santé : pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes, orthoptistes, psychologues, nutritionnistes, tous métiers utiles et responsables, jusqu'aux assistantes sociales ?

Malheureusement, nous exerçons encore la médecine avec la vision passéiste du « bon docteur », maître du monde, qui n'a toujours pas intégré les progrès scientifiques et leur complexité dérangeante depuis l'émergence de l'intelligence artificielle, l'accélération des neurosciences, le développement de la robotique, jusqu'à la génomique, l'écologie et la climatologie, en passant par l'agroalimentaire. Chacun se préoccupe de sa petite boutique sans même réfléchir à établir la spécificité du médecin du XXIe siècle dans une nouvelle répartition des tâches au quotidien entre professionnels. C'est pourtant cette transformation radicale de notre métier à laquelle il faut s'atteler au lieu d'en rester à négocier à l'euro près le tarif de la consultation ou du personnel en plus ! Le système conventionnel actuel est mort, étouffé sous une normalisation et un précautionnisme délétères. La puissance colossale des techniques et des outils balaie nos vieux modes de penser et d'agir. Nous ne pourrons donc faire l'impasse sur une révision complète de la formation des carabins ni éluder une réflexion sans concession sur nos modes d'exercice et de rémunération dans une approche collaborative des malades beaucoup plus affirmée.

Quand oserons-nous nous mettre à table pour définir de véritables critères objectifs de qualité des résultats de nos actes professionnels, qu'il s'agisse de diagnostic ou de thérapeutique, en faisant appel aux sociétés savantes européennes de spécialités médicales ?

Quand cesserons-nous de hurler à l'agonie de la médecine libérale et au sac programmé de l'hôpital sans proposer d'alternatives innovantes ?

Quand aurons-nous enfin le courage de répondre point par point au « bashing » détestable des industries de la santé orchestré par des officines anticapitalistes bien relayées par certains médias complaisants, au lieu de faire le dos rond ?

Tant qu'un front uni reposant sur la raison et la cohésion des acteurs de santé ne s'élèvera pas contre les prophètes de la « fin du monde d'ici dix ans », contre les fake news et autres ragots colportés sur les réseaux, les cris d'orfraie des militants contre la vaccination et les promoteurs de médecines miraculeuses et sans danger, nous resterons figés, incapables de développer une politique sanitaire holistique prenant en charge chaque personne dans sa réalité physico-psychique et sociale propre. Ce qu'attendent les malades, au-delà des traitements efficaces, repose sur une écoute, une compassion, des explications, un devenir personnel et non pas statistique. Si le médecin n'est plus capable de répondre à ces inquiétudes légitimes, retranché derrière son ordinateur dans des consultations trop rapides et déshumanisées, d'autres s'en chargeront.

Le temps nous est compté sous peine de disparaître, emportés par l'efficacité croissante de l'intelligence artificielle, déroutés par nos divisions et cernés par la montée en puissance des autres professionnels de santé dont il faut saluer la qualité, l'empathie et le dévouement ! Une indispensable et urgente remise en question de notre rôle et place dans le monde sanitaire de demain devrait nous inciter à dessiner le profil du nouveau médecin du XXIe siècle. Mais pour ce faire nous devrons quitter nos vieux oripeaux de « Gaulois réfractaires » et accepter de nous réunir pour proposer des solutions concrètes à nos gouvernants. Chiche !

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