Pourquoi la vente de médicaments à l'unité fait autant débat

Le 10.12.2019 par HELENE GULLY

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Cette mesure, promesse de campagne d'Emmanuel Macron, a pour objectif de réduire le gâchis de médicaments. Car selon les chiffres de l'Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments, un Français gaspille environ 1,5 kg de gélules par an.

Qui n'a pas chez soi un endroit où s'empilent des dizaines de boîtes de médicaments, souvent périmées ? Ce problème est général et le Parlement tente de le résoudre.

Dans le cadre de la loi anti-gaspillage, un amendement de la majorité préconise ainsi la vente à l'unité de médicaments pour en finir avec le gâchis structurel.

Selon les chiffres de l'Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments, un Français gaspille environ 1,5 kg de gélules par an. Ce qui n'est pas vraiment stupéfiant, étant donné qu'il en achète en moyenne 48 boîtes par an, d'après un rapport de l'Agence nationale du médicament.

Au total, 3,1 milliards de boîtes de médicaments sont vendues en pharmacie chaque année dans l'Hexagone. Résultat, les armoires à pharmacie débordent, et des tonnes de pilules finissent dans les poubelles et les canalisations.

Système en vigueur dans certains pays anglo-saxons

La mesure défendue par l'exécutif prévoit que les pharmaciens se chargent eux-mêmes de donner aux patients le nombre exact de comprimés dont ils ont besoin. C'est ce qu'on appelle la dispensation à l'unité.

Pour l'instant, seul un certain type de médicaments sera concerné par le dispositif. « Les médicaments concernés par cette possibilité seront, dans un premier temps, limités à quelques antibiotiques, pour lesquels l'intérêt d'une dispensation à l'unité est le plus évident », explique ainsi l'amendement gouvernemental.

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Pour appuyer son propos, l'exécutif rappelle que ce système n'est pas inédit. Il est déjà en vigueur dans plusieurs pays anglo-saxons, comme les Etats-Unis où les officines délivrent aux clients les cachets dans des flacons orangés après les avoir reçus, en vrac, des laboratoires. Même chose au Royaume-Uni. Mais cette méthode fait débat.

Il y a cinq ans, Marisol Touraine, ministre française de la Santé de l'époque, avait lancé une expérimentation de ce style dans une centaine de pharmacies. Or « l'expérimentation de délivrance à l'unité de 14 antibiotiques, réalisée en 2014 dans 100 pharmacies françaises, n'a pas permis de confirmer une amélioration significative de l'observance », oppose le Leem, l'organisation professionnelle des laboratoires pharmaceutiques.

Problème de traçabilité

Selon l'organisme, la principale cause de gaspillage « ne provient pas des conditionnements mais de prescriptions inappropriées et d'un mauvais suivi du traitement prescrit par des patients ». Ensuite, la dispensation à l'unité poserait un problème de traçabilité.

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Car aujourd'hui, les étiquettes d'identification sont collées sur les boîtes. Mais il n'est possible de le faire sur chaque gélule. Il faudrait donc que le pharmacien fournisse à chaque vente un numéro d'identification, dit « blister », qui serait prédécoupé et « volant ». Outre les risques de traçabilité, cela impliquerait aussi une réadaptation fastidieuse et onéreuse de toutes les lignes de conditionnement, dénonce le Leem.

Or une directive européenne datant de février 2019 a déjà exigé des laboratoires qu'ils repensent leur système de traçabilité en instaurant une « sérialisation » par boîte et non plus par lots, à des fins de sécurité. Cela « a nécessité des dizaines de millions d'investissement sur les chaînes de production pour mettre en place des mécanismes de traçabilité et de sérialisation. Dix mois après, on va perdre ces efforts pour déconditionner les produits ? Cela n'a pas beaucoup de sens », s'énerve Philippe Lamoureux, directeur général du Leem.

Complication des procédures de rappel

La filière pharmaceutique insiste aussi sur un autre risque : celui des rappels de médicaments. En cas de défaut sur un produit, la vente à l'unité compliquerait la procédure de rappel, argumente-t-elle.

Enfin, les boîtes présentent un intérêt non négligeable puisque c'est là-dessus qu'on y inscrit souvent la posologie et les contre-indications. Si le système change, les pharmaciens devront imprimer les notices et les donner à chaque fois aux patients.

Les détracteurs au projet assurent également qu'il serait, en réalité, plus polluant et « énergivore » que le système actuel. D'après le Leem, « ces blisters prédécoupés […] sont susceptibles de générer 30 % de déchets supplémentaires (aluminium et PVC). »

Dans le camp d'en face, d'autres chiffres sont brandis : entre 2015 et 2017, une trentaine de molécules pharmaceutiques ont été repérées dans les cours d'eau français . Une pollution due au gaspillage, dit-on.

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