Près de 2 millions de patients disposent d'un dossier médical partagé

Le 16.11.2018 par SOLVEIG GODELUCK

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Pour atteindre l'objectif de 3,5 millions de dossiers ouverts à la fin de l'année, l'Assurance-maladie mobilise les pharmaciens.

Fin octobre, 1,88 million d'assurés sociaux français disposaient d'un dossier médical partagé (DMP). Autrement dit d'un coffre-fort électronique, où peuvent être stockées leurs données de santé, du diagnostic de spécialiste à la radio des poumons en passant par les comptes rendus d'hospitalisation et les résultats d'analyses biologiques.

Cet outil piloté par l'Assurance-maladie est déjà consultable par les soignants équipés du bon logiciel, avec l'autorisation du patient. Tout le monde peut désormais ouvrir son dossier en direct via Internet, sur dmp.fr. Il est également possible de se rendre à l'accueil de sa caisse de Sécurité sociale ou en pharmacie pour le créer.

« Le DMP est la pierre angulaire du système de santé de demain », insiste Jean-Baptiste Guillaume, associé du cabinet IAC Partners. Ce dossier numérisé va à la fois servir à mieux diagnostiquer les patients, à éviter des examens redondants et à poser les fondements de la médecine prédictive, souligne-t-il. La coordination entre professionnels de santé devrait aussi y gagner.

Les inscriptions vont crescendo

Les espoirs sont immenses. Mais encore faut-il que le DMP décolle. Depuis sa régénération par la loi Touraine en 2016, les inscriptions sont allées crescendo. Le cap du million de dossiers ouverts a été dépassé fin 2017, grâce au déploiement-pilote dans 9 caisses primaires d'assurance-maladie.

Depuis septembre 2018, la phase de généralisation a commencé. L'objectif de Nicolas Revel , le patron de l'Assurance-maladie, est de parvenir à 3,5 millions de DMP en 2018, 10 millions l'an prochain, et 40 millions en 2022.

Pour respecter cette trajectoire à marche forcée, il a fait appel aux pharmaciens. Depuis mars, ils touchent 1 euro par DMP ouvert par leurs soins. Leur force de frappe est considérable : chaque Français franchit le seuil d'une officine au moins une fois dans l'année. « Il s'ouvre près de 100.000 DMP par semaine, et depuis la rentrée, nous faisons plus de la moitié des ouvertures », vante Philippe Besset, président du syndicat de pharmaciens FSPF. « L'objectif, c'est 150.000 hebdomadaires. Nous en ferons 90 % », poursuit-il.

Un projet « bien loin du terrain »

Contrairement à son prédécesseur, le nouveau DMP est alimenté dès le départ par l'Assurance-maladie, qui y déverse l'historique des remboursements sur deux ans. Heureusement, car sans cela, les dossiers seraient bien vides. Les éditeurs de logiciels professionnels n'ont, pour la plupart, pas encore publié de mises à jour permettant d'alimenter les dossiers. Et rares sont les médecins traitants qui se sentent concernés à ce stade.

« Ce matin, j'ai eu deux patients qui avaient l'autocollant DMP sur leur carte vitale, mais je n'ai pas eu le temps de regarder ce qu'il y avait dans leur dossier et je sais qu'il n'y a rien dedans », raconte Béatrice Fazillaud, médecin généraliste en Charente. Un projet qu'elle juge « bien loin du terrain », même s'il lui paraît utile de disposer des directives anticipées pour la fin de vie, ou bien d'encoder les données médicales. Grâce à ce codage, les médecins pourraient en retour être alertés par leur logiciel en cas de risque d'interaction médicamenteuse.

Cependant, beaucoup reste à faire pour rendre le DMP réellement utile aux soignants. « Il faudra faire une synthèse médicale, et ce sera selon moi un temps dédié, avec le patient », ajoute la praticienne. La profession demandera une rémunération pour cela.

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