Quels médecins libéraux et hospitaliers cumulent emploi et retraite… et pourquoi ?

Le 19.06.2019
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un professionnel libéral cumulant emploi et retraite

Nombre de professionnels de santé décident de continuer à travailler pendant leur retraite. On citera pour l’exemple ces quelque 315 médecins libéraux âgés de 80 ans et plus qui exerçaient encore au 1er janvier 2018 (chapeau bas !). Mais de manière plus représentative, qui sont ces médecins libéraux et hospitaliers qui ont décidé de cumuler emploi et retraite ? Combien sont-ils et quelles sont leurs motivations ? Décryptage.

Le cumul emploi-retraite séduit 1 médecin libéral sur 10

Selon une étude de la Drees1, près de 10% des médecins libéraux ou ayant une activité mixte cumulaient emploi et retraite au 1er janvier 2018.

Ce pourcentage tend à augmenter, en particulier depuis 2009, année de la suppression du plafond de revenu autorisé dans le cadre de ce dispositif. Entre 2011 et 2018, le nombre de médecins cumulant a ainsi presque triplé, passant de 4 500 à 12 100 environ.

A noter :

Pour travailler tout en étant en retraite, plusieurs conditions doivent être remplies.

Cumul emploi-retraite : quelles conditions ? Comment ça marche ? Quelles limites ?

Mais qui sont ces médecins qui ont décidé de travailler après leur retraite ? En voici un bref portrait-robot :

  • Age : dans leur grande majorité, les médecins libéraux retraités qui ont choisi de poursuivre leur activité ont entre 65 et 70 ans. Sachant qu’en moyenne, ils cessent définitivement d’exercer à 69,5 ans, soit un cumul emploi-retraite d’une durée de 4 ans environ ;
  • Sexe : les hommes sont ceux qui recourent le plus à ce dispositif (32% des médecins hommes âgés de plus de 60 ans et encore en activité ; contre 24% des femmes) ;
  • Discipline : le cumul emploi-retraite intéresse particulièrement les médecins spécialistes.
    La proportion variant selon les cas : les psychiatres et neuropsychiatres sont les plus concernés (22,4% des professionnels encore en exercice), suivis des gynécologues (14,2%) et des rhumatologues (13,3%). En bas du tableau figurent les anesthésistes (5,7%) et les chirurgiens (6,2%). Quant aux médecins généralistes, ils ne sont que 8,3% à avoir choisi de cumuler emploi et retraite ;
  • Lieu d’installation : les médecins spécialistes qui cumulent le plus emploi et retraite sont situés dans les zones où des confrères sont déjà nombreux. Les médecins généralistes concernés sont, eux, surtout installés dans les zones très peu denses.
    Une exception mérite d’être signalée : Paris, où les professionnels de santé libéraux cumulent davantage emploi et retraite (1 sur 5). Ils continuent d’exercer aussi plus longtemps qu’ailleurs (+1,7 an pour les spécialistes et +1,2 an pour les généralistes, en comparaison avec les professionnels installés dans des unités urbaines de 50 000 à 200 000 habitants) ;
  • Revenu global moyen : il s’élevait à environ 115 000€ en 2014, derniers chiffres disponibles (40 000€ de retraite + 71 500€ de revenu libéral + 4 000€ de revenus salariés). Un revenu quasiment équivalent à celui des médecins actifs.

Un recours encore marginal des médecins hospitaliers au cumul emploi retraite

Les praticiens hospitaliers perdent leur statut à la date de survenance de la limite d’âge sauf prolongation d’activité ou recul de la limite d’âge. Concernant un éventuel cumul emploi-retraite, ils doivent par conséquent être recrutés ou maintenus sous le statut de praticien contractuel.
En octobre 2017, le cumul emploi-retraite ne concernait environ que 2 300 médecins hospitaliers. Ces professionnels semblent en effet lui préférer un autre dispositif : celui de la surcote. Selon l’Ircantec, plus de 15 000 retraités ont ainsi bénéficié d’une majoration de leur pension complémentaire entre 2010 et 2017 (soit plus de 6 sur 10)2.
Mais ce constat pourrait évoluer, les règles du cumul emploi-retraite ayant fait l’objet de différents assouplissements :

  • en 2009, avec le déplafonnement de ce dispositif ;
  • en 2016, avec la possibilité pour les praticiens hospitaliers de travailler après la retraite jusqu’à 72 ans (contre 67 ans jusqu’alors). Cette règle est applicable jusqu’au 31 décembre 2022.

En 2017, le cumul emploi-retraite était surtout plébiscité par les hommes. Il était exercé essentiellement à temps partiel pendant une durée de 3 ans et 4 mois environ2.

Cumuler emploi-retraite : une réponse à des enjeux personnels mais aussi de santé publique

On vient de le voir, le cumul emploi-retraite attire une large catégorie de médecins, spécialistes, généralistes et hospitaliers. Et cela pour des raisons parfois très personnelles : il peut s’agir pour eux de maintenir leur niveau de vie ou encore de continuer à exercer un métier tant apprécié. Les médecins hospitaliers y voient l’occasion de continuer à partager leur expertise et leurs compétences, notamment au service de la recherche.

Enfin, pour d’autres médecins, les motivations peuvent revêtir un caractère contraignant. C’est le cas en particulier de certains médecins généralistes confrontés à la nécessité de trouver un remplaçant, avec la volonté de ne pas laisser leurs patients sans accès à un médecin traitant

De ce dispositif existant qui semble répondre à certaines attentes des professionnels de santé, le gouvernement a décidé de se saisir. Il souhaite en faire un outil à part entière de son plan de lutte contre les déserts médicaux, en renforcement des autres mesures déployées comme les CPTS, les infirmières en pratique avancée, les assistants médicaux, le recrutement de 400 généralistes en zone fragile…

Depuis février 2019, les médecins libéraux installés en zones sous-denses et ayant opté pour un cumul emploi-retraite à temps partiel bénéficient en effet d’une exonération de cotisations complémentaires vieillesse (ASV) si leurs revenus annuels d’activité étaient inférieurs à 40 000€. A compter du 1er janvier 2020, ce seuil devrait être relevé à 80 000€3.

1« Un médecin libéral sur 10 en activité cumule emploi et retraite », Etudes & Résultats n°1097, Drees, décembre 2018. 

2« Les praticiens hospitaliers, une population spécifique au sein de l’Ircantec », direction des retraites et de la solidarité de la Caisse des Dépôts, octobre 2017.

3Arrêté du 28 mai 2019 fixant le seuil d’affiliation au régime des prestations complémentaires de vieillesse des médecins libéraux

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