Placements 2017 : les réponses aux 5 questions que vous vous posez

Le 26.01.2017 par LAURENCE BOCCARA

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Préserver son capital, préparer sa retraite, se procurer des revenus, payer moins d'impôts... Autant d'objectifs pour les épargnants. Quels sont les meilleurs placements pour 2017 alors que les certitudes d'hier sont ébranlées ?

1. Les contrats d'assurance-vie en euros sont-ils risqués ?

La loi Sapin 2 permet d'empêcher les retraits sur les fonds d'assurance-vie en euros (à capital garanti). Faut-il s'alarmer ?

Depuis plusieurs mois la question agite des millions d'assurés (les fonds en euros - à capital garanti - représentent encore 80 % des 1.624 milliards d'euros d'encours de l'assurance-vie !) qui, alarmés par le contenu de l'article 49 de la loi Sapin 2 du 10 décembre 2016, s'inquiètent pour l'avenir de leur épargne en cas de forte remontée des taux obligataires.

En donnant au Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) la possibilité d'empêcher temporairement une opération de retrait, en cas de risques pesant sur le système financier, ce texte jette en effet la suspicion sur ce qui constitue aux yeux des épargnants le fondement même du fonds euros : sa garantie en capital et sa liquidité permanentes. Selon l'économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne, il n'y a pourtant pas lieu « de tomber dans le catastrophisme car tout laisse à penser qu'en Europe, la remontée des taux sera progressive et non brutale. Cela devrait éviter des mouvements de retraits massifs des fonds en euros, et permettre aux assureurs d'adopter la gestion de leurs actifs généraux au fil de l'eau ».

Ainsi, même si le taux de rendement moyen des fonds en euros continue de s'effriter (il s'annonce inférieur à 2 % en 2016 et devrait perdre encore de 30 à 40 centimes par an à l'horizon 2020), les épargnants ont « d'autant moins de raisons de paniquer que, depuis 2012, les assureurs n'ont eu de cesse de consolider les provisions destinées à absorber les chocs boursiers », rappelle Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site d'analyse Good value for money (GVFM).

Selon les données réunies par cet expert indépendant, la fameuse provision pour participation aux bénéfices (PPB), qui permet aux compagnies de mettre en réserve une fraction des revenus dégagés par la gestion du fonds en euros avant de la redistribuer aux assurés dans les huit années qui suivent ce blocage représentait, fin 2015, l'équivalent de 2,62 % des encours sous gestion, contre 1,43 % en 2012. Et, précise Cyrille Chartier-Kastler, « si l'on majore cette PPB, de la réserve de capitalisation et des plus-values latentes immobilières et actions, on constate qu'en quatre ans les “réserves de rendement” de la place ont pratiquement doublé, passant de 3,87 % en 2012 à 7,1 % fin 2015 ! »

Cette solidité a d'ailleurs été ­confirmée mi-décembre par la publication des résultats des stress-test menés par l'Autorité européenne des assurances (l'EIOPA), qui témoignent d'un « marché français résilient ».

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2. Comment bien gérer un contrat d'assurance-vie multisupport ?

La cause est entendue : quiconque cherche à rentabiliser au long cours son contrat d'assurance-vie n'a d'autre alternative que d'y injecter une part d'UC (unités de compte). Mais la mise en pratique de ce principe est loin d'être évidente pour nombre d'assurés, trop longtemps habitués à la martingale rentabilité-sécurité des fonds en euros.

« Pour éviter les principaux écueils, quelques réflexes de base s'imposent », résume Antoine Delon, PDG du courtier en ligne Linxea. Le premier consiste à bien doser son allocation en fonction de son aversion au risque et de son horizon de placement. Sur huit ans, un taux d'UC de l'ordre de 20 % à 30 % est souvent recommandé pour doper son rendement et préserver son capital, une proportion qui peut grimper à 50-60 % dans une optique d'épargne retraite.

Faire le bon choix, exige également de ne pas mettre toutes les UC dans le même panier estampillé « risqué ». « Il existe des UC défensives, peu volatiles, qui se situent dans le bas de l'échelle de risque de 1 à 7, qu'indique le DICI, le document d'information clef pour l'investisseur, un point de repère essentiel pour le client », note Antoine Delon. Dans la même veine, il est recommandé de bien identifier les frais du contrat (sur primes, sur encours, etc.) ainsi que ceux des supports qu'il contient, qui se révèlent parfois de véritables aspirateurs de performance. Avoir accès à une information digne de ce nom (reporting réguliers, analyses conjoncturelles, alertes, etc.) pour suivre son contrat et le cas échéant, arbitrer à bon escient est tout autant indispensable. Et le constat vaut pour ceux, fort nombreux, qui, plutôt que de s'interroger sur le bon « market timing », préfèrent confier le pilotage de leur contrat à un professionnel (au travers d'une gestion mandatée ou conseillée).

Quelques précautions d'usage s'imposent dans ce cas : éviter les fonds de fonds profilés maison et leur préférer des offres multigérantes et réactives, ouvertes sur une palette de FCP « purs », sélectionnés parmi les meilleures signatures du marché, et si possible orchestrées par une société de gestion extérieure ou un sélecteur de fonds indépendant comme Morningstar.

Si cette gestion a un coût, elle s'est maintenant largement démocratisée, grâce aux robo-advisors. Enfin, n'oubliez pas les options de gestion automatique comme la sécurisation des plus-values ou l'investissement progressif, deux bons outils pour optimiser la performance dans le temps.

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3. Le livret A est-il toujours un bon placement

Net d'impôts et de prélèvements sociaux, facile à utiliser, tirelire idéale, le livret A mérite-t-il toujours notre intérêt ?

Une solution parfaite pour le court terme. Le Livret A est un placement de choix pour les épargnants qui privilégient avant tout la souplesse au rendement. « Avec le Livret A, on a jamais fait fortune, mais au moins on fait fructifier son argent facilement et en toute sécurité », analyse Philippe Crevel, président du Cercle de l'épargne.

En plus d'être facile à utiliser, le Livret A offre un taux garanti. « C'est un placement sûr, avec un taux fixe de 0,75 %. C'est toujours mieux que de laisser son argent sur son compte-courant alors que ça ne rapporte rien », souligne Philippe Crevel. Cerise sur le gâteau, le Livret A offre un régime fiscal plus favorable que ses principaux concurrents, comme l'assurance-vie. Les épargnants n'ont ni impôts ni prélèvements sociaux à payer. A tel point qu'à fin 2016, l'encours total sur le Livret A et le livret de développement durable représentait pas loin de 360 milliards d'euros.

Evidemment le Livret A n'a pas le rendement le plus attractif. Avec un taux de 0,75 %, corrigé de l'inflation (+0,5 % en décembre, selon l'Insee), il figure même loin derrière ses ­concurrents, comme l'assurance-vie ou les placements plus financiers. Mais compte tenu des garanties qu'il offre, son rendement est intéressant, selon Philippe Crevel. « Aujourd'hui, le rendement du Livret A reste positif, ce qui n'était pas forcément le cas il y a encore quelques années. »

La rémunération du Livret A est d'autant plus intéressante que les taux d'intérêt restent à des niveaux relativement bas. Elle devrait en effet être plus proche de 0 % que de 0,75 %, que le gouvernement s'est par ailleurs engagé à maintenir au 1er février. Et pour l'heure, rien n'indique que son taux devrait baisser en 2017. Même si la nouvelle méthode de calcul de la rémunération du Livret A pourrait faire baisser sa rentabilité. A compter du 1er juillet, le Livret A ne garantira plus une rémunération supérieure de 0,25 % à l'inflation. De là à penser que les pouvoirs publics ne maintiendront pas le rendement de l'un des placements préférés des épargnants, il n'y a qu'un pas, que certains n'hésiteront peut-être pas à franchir. Mais pour l'instant, rien de plus commode pour placer ses liquidités.

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4. Faut-il toujours investir dans l'immobilier Pinel ?

Investir dans l'immobilier neuf tout en bénéficiant d'une réduction d'impôt : le principe est séduisant... La réalité plus contrastée.

Depuis son lancement en 2015, le dispositif Pinel a séduit des milliers d'investisseurs. Alors, aujourd'hui est-il trop tard pour s'y intéresser ? Non, c'est même la dernière ligne droite pour se lancer puisque ce régime s'arrêtera le 31 décembre prochain. Et le contexte général reste favorable. Même s'ils remontent, les taux d'intérêt des crédits sont encore bas, ce qui permet de disposer d'un pouvoir d'achat appréciable. Rappelons que le prêt est en partie remboursé par les loyers et les économies d'impôt liées au Pinel (cf. fiche Pinel). « Il est tout à fait possible de réaliser de belles opérations d'investissement grâce à ce dispositif qui constitue une réelle opportunité de réduire la pression fiscale tout en se constituant un patrimoine de rapport », affirme Fabienne Mauriol, responsable du pôle immobilier d'Hérez.

Face à une abondance de programmes neufs éligibles à ce dispositif, la vigilance reste plus que jamais de mise. Pour réaliser le maximum de ventes auprès des investisseurs, certains promoteurs tentent de construire vite et sont parfois plus négligeants sur la qualité du site. « Plus que jamais, il faut faire un tri sélectif de l'offre car tout ce qui est proposé n'est pas bon », affirme Christine Vassal-Largy, directrice du pôle immobilier de Thésaurus.

Deux études publiées ces derniers mois ont pointé les dérives du Pinel. Le site Trouver-un-logement-neuf a signalé une inflation générale des prix du neuf sur la base de 900 programmes analysés en Ile-de-France. Une seconde étude, émanant du Laboratoire de l'Immobilier, a même dressé une liste noire des villes en Pinel. Il faudrait éviter 39 agglomérations (Dieppe, Sens, Vichy, etc) et surveiller 25 autres (Gap, Saintes, Arras, etc). Il ne faut surtout pas se laisser séduire par des rendements irréalistes affichés par certains promoteurs. Avant d'acheter, il convient de se poser les bonnes questions concernant la qualité et l'attractivité de la localisation du futur immeuble. La demande locative doit exister et être pérenne. Les locataires potentiels ne seront séduits que s'ils trouvent à proximité de leur futur lieu de vie, des écoles, des commerces, une bonne desserte par les transports en commun et éventuellement un bassin d'emploi. En ce début d'année, le timing est encore jouable pour engager une telle opération, mais la prudence reste de mise.

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5. Ya-t-il une bulle sur les SCPI ?

Avec un rendement annuel moyen 2016, qui devrait s'établir à 4,68 % contre 4,85 % en 2015, la SCPI surclasse les placements plombés par des taux d'intérêts anémiés. Les épargnants les plébiscitent, mais les SCPI risquent-elles d'être victimes de leur succès ? En 2016, un rapport du Haut conseil à la stabilité financière avait alerté sur ce point en évoquant le risque potentiel d'une bulle.

Depuis, rien n'a changé. La collecte reste exponentielle. Cela signifie pour les gestionnaires de SCPI toujours plus d'argent à injecter dans de l'immobilier d'entreprise (bureaux, commerces, logistiques). Cette abondance de liquidités, à placer dans un temps limité, contraint certaines SCPI à faire leurs emplettes coûte que coûte. C'est la porte ouverte à deux scénarios. Faute de produits de bonne qualité disponibles sur le marché, certains gérants acceptent de payer le prix fort et donc d'écraser davantage le rendement. D'autres pourraient aussi avoir l'idée de débusquer des actifs plus rentables, mais plus risqués car de moins bonne qualité.

Rappelons qu'en SCPI, les performances ne sont jamais garanties. « Les résultats dépendent de la stratégie du gestionnaire et notamment de sa façon d'acheter, de céder et de gérer ses actifs », souligne Frédéric Puzin, président de Corum Asset Management. Observateurs et opérateurs sont conscients d'un risque de surchauffe. Pourtant, ces derniers affirment maîtriser la situation. Pour réguler les montants à placer, beaucoup ont adopté des parades. Certains n'hésitent plus à stopper un temps les souscriptions. D'autres déterminent une enveloppe annuelle de collecte et ferment le fonds dès l'objectif atteint. Des acteurs ont choisi d'élargir leur spectre d'investissement. « La diversification géographique permet des acquisitions dans la zone euro (Allemagne, Belgique, Espagne…) », souligne Jacqueline Faisant, présidente du directoire de BNP Paribas REIM France.

Les SCPI investissent aussi dans de nouveaux univers comme les résidences gérées, l'hôtellerie, les établissements de santé et de loisirs. « Combinées ou pas, ces différentes orientations permettent d'absorber une bonne partie de la collecte », affirme Christian de Kerangal, directeur général de l'IEIF. Reste à voir si ces stratégies de niches seront vraiment rentables sur la durée. Plus que jamais la prudence reste de mise et mieux vaut ne ­consacrer qu'une petite partie de son patrimoine aux SCPI.

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