Pourquoi la pression retombe sur la dette française

Le 09.02.2017 par ETIENNE GOETZ

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L'écart entre le taux à 10 ans de la France et de l'Allemagne se réduit depuis mercredi. Les investisseurs réalisent qu'ils exagèrent le risque Marine Le Pen.

Et si les marchés s'étaient un peu emballés? Le fameux "spread" -l'écart entre le taux à 10 ans de la France et de l'Allemagne - a grimpé jusqu'à près de 80 points de base en début de semaine sous l'effet de l'affaire Fillon et de la récente présentation du programme du Front National, qui prône explicitement la sortie de l'euro. Depuis mercredi, l'écart de taux se réduit et atteint actuellement 66 points de base.

A quoi cela est-il dû? "Nous n'avons pas repéré d'informations nouvelles qui justifient ce mouvement", explique Société Générale qui rappelle que "le risque d'un Armageddon avant l'élection française est exagéré. Le marché a enfin réalisé que les positions short [pari à la baisse dans le jargon des marchés NDLR] sur l'OAT étaient juste allées trop loin".

Ceux qui ont pris des positions de vente à découvert de façon tactique, pour bénéficier d'un mouvement du marché sans forcément croire à l'hypothèse d'une victoire du FN, sentent peut-être qu'il est temps de déboucler ces positions. En 2012, des hedge funds et d'autres investisseurs s'étaient en effet brûlé les ailes en pariant trop longtemps à la baisse sur la dette française.

Les sondages sont meilleurs que les bookmakers

Les investisseurs ont donc compris que le risque que Marine Le Pen accède réellement au pouvoir demeure limité . "En dépit d'une entrée en campagne tardive de Macron, les derniers sondages le donnent vainqueur face à Le Pen au second tour avec 64% des voix contre 36 % pour le FN", détaille ING.

Société Générale souligne également que la hausse du taux français a été trop corrélée aux paris de bookmakers et de la probabilité implicite d'une victoire du FN qui en découle. "Souvenez-vous que dans le cas du Brexit et de Trump, les paris étaient faux. Les sondages étaient plus ou moins bons. Ici aussi, nous faisons plus confiance aux sondages." Selon un sondage Elab (datant d'il y a une semaine) pour "Les Echos", Fillon serait éliminé dés le premier tour , et Le Pen serait perdante au second tour face à Macron et même face à Fillon.

Rumeurs au sein de la BCE

Enfin, des bruits de couloirs au sein de la Banque centrale européenne ont pu également apaiser les tensions sur les dettes européennes. "Il y avait une histoire qui faisait le tour sur Bloomberg mercredi, concernant une réunion interne de la BCE, explique Jim Reid de Deutsche Bank, Draghi aurait dit qu'il voyait la BCE maintenir une politique accommodante jusqu'à la fin de son mandat en 2019. Compte tenu du fait que la perspective d'un taperinghttp://www.lesechos.fr/05/10/2016/lesechos.fr/0211361096847_la-fin-du-qe-commence-a-inquieter-les-marches.htm(baisse progressive des rachats) explique en grande partie la sous-performance des obligations souveraines, on peut comprendre pourquoi les marchés ont bien répondu".

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Pour rappel, les taux de la France et des Etats périphériques (Italie, Espagne etc.) se sont tendus en raison d'un risque "Marine Le Pen". La candidate du Front National a présenté son programme dans lequel elle prône un retour au franc et veut soumettre aux Français un référendum sur l'appartenance de la France à l'Union européenne. L'application d'un tel programme déclencherait un éclatement de l'UE et de la zone euro et une flambée des « spreads » non seulement français, mais aussi italien, comme l'a analysé JPMorgan dans une note du 3 février.

Sans oublier que l'affaire Fillon attise les craintes des investisseurs comme l'explique Aurel BGC : "les révélations de la presse sur les pratiques de François Fillon l'affaiblissent incontestablement. Les investisseurs jugent que le « risque Marine Le Pen » augmente par conséquent. Or ce risque dépasse la France, il s'agit d'un risque sur l'ensemble de l'Union Européenne et plus particulièrement sur la zone euro. D'où la réaction des marchés obligataires « du sud » à « l'affaire Fillon ».

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