Bourse : pourquoi le temps joue contre les valeurs cycliques

Le 30.01.2017 par PIERRICK FAY

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La rotation sectorielle entamée l'été dernier perd de sa vigueur en ce début d'année. Les risques de déception sur la croissance américaine pourraient peser à terme sur les valeurs cycliques.

Ce n'était pas une vague, mais un raz de marée. Depuis septembre, les actions ont fait l'objet d'une rotation sectorielle brutale, au profit des valeurs décotées et cycliques. L'indice MSCI Europe Value a surperformé de près de 15 % l'indice MSCI Europe Growth (valeurs défensives) entre juillet et décembre 2016. « Ce rebond des titres "value" est le plus prononcé depuis la crise financière mondiale », constate Franz Weis chez Comgest. « L'amélioration des statistiques économiques et l'anticipation d'un regain d'inflation, favorisé en grande partie par un changement dans les politiques budgétaires, ont amené les investisseurs à délaisser les valeurs défensives et de croissance au profit des valeurs décotées et plus spécifiquement des valeurs cycliques et bancaires », explique Banque de Luxembourg Investments (BLI).

Mais, depuis le début de l'année, le mouvement perd en vigueur alors que le pétrole a cessé de monter, enlevant un peu de la pression inflationniste, et que les taux d'intérêt plafonnent, privant les valeurs décotées d'une partie de leur carburant. Depuis le 13 janvier, l'indice MSCI Europe Value stagne. La fête serait-elle déjà finie ? « Le marché action est monté beaucoup plus vite que les taux car les investisseurs ont commencé à valoriser la tendance long terme à la remontée des taux », reconnaît Régis Bégué, chez Lazard Frères Gestion. Celui-ci estime d'ailleurs qu'il ne faut pas sous-estimer le rebond des taux obligataires. « Il s'est quand même passé quelque chose. Le taux allemand à 10 ans est passé de -0,20 à +0,50 %… 70 points de base d'écart, c'est important. »

Dans ce contexte, il estime que la rotation devrait se poursuivre. « Elle est amenée à durer car les taux d'intérêt vont continuer de monter. C'est le moteur principal. Les taux sont en phase de normalisation après quatre ans qui ne reflétaient pas la réalité économique. » Une opinion confortée par un sondage de Bank of America-Merrill Lynch. 77 % des investisseurs interrogés continuent de miser sur la surperformance des cycliques, contre 14 % qui estiment que la rotation est déjà terminée.

L'effet Trump et ses limites

Le risque tient justement à un éventuel ralentissement du cycle américain au « moment où les taux se tendent à cause de la hausse de l'inflation. Cette séquence est loin d'être exclue », prévient Didier Saint-Georges chez Carmignac, qui rappelle que « l'amélioration du cycle économique ne date pas de l'élection de Donald Trump, mais du premier trimestre 2016. L'effet Trump n'est qu'un accélérateur, fût-il puissant. Par conséquent, il est plausible que ce cycle commence à ralentir vers le second semestre, alors que la performance des secteurs industriels, matériaux, énergie, a déjà été très forte depuis un an. » Le chiffre décevant de la croissance américaine au quatrième trimestre, publié vendredi, constitue de fait un premier avertissement pour les cycliques. Selon le sondage de BofA-ML, 41 % des investisseurs pensent d'ailleurs que, si la rotation devait se poursuivre, elle ne devrait pas survivre à la fin du premier semestre.

Les valeurs de croissance pourraient alors reprendre leurs droits, d'autant, reconnaît Régis Bégué, que « certains secteurs ont trop souffert de la rotation, à l'instar de la pharmacie, dont la sous-performance est sans doute excessive ». Mais pour lui, le plus important, c'est qu'au global la tendance pourrait rester favorable à la majeure partie de la cote : « On a retrouvé une dynamique de croissance en Europe, qui laisse espérer un allégement de la fiscalité, ce qui pourra relancer un peu plus la croissance. Si les multiples de valorisation peuvent paraître élevés à court terme, la perspective de rebond des marges laisse un beau potentiel de progression aux actions. » Seules exceptions, les actifs de rente (télécoms, pétrole-gaz, « utilities » et immobilier), « qui s'étaient substitués aux actifs de rendement comme les obligations, qui n'en versaient quasiment plus. C'est cette famille-là qui est appelée à souffrir » dans un contexte de remontée des taux.

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