Les 7 dossiers qui attendent les marchés au second semestre

Le 30.06.2017 par PIERRICK FAY

logo les échos

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn

Croissance, inflation, pétrole, élections : ces thèmes vont encore influer les marchés d'ici à la fin de l'année.

La croissance américaine

Si les prévisions restent optimistes pour la croissance dans la zone euro, celles concernant les Etats-Unis inquiètent, après un premier trimestre décevant et alors que les promesses de Donald Trump tardent à devenir réalité. « C'est la première source d'incertitude, reconnaît Hervé Goulletquer à La Banque Postale AM. Le marché anticipe un maintien de la croissance entre 2 et 2,5%. En l'absence de mesures de relance budgétaire et structurelle, elle pourrait être inférieure aux attentes. ». Michelle Meyer chez Bank of America Merrill Lynch, a déjà revu à la baisse son objectif de croissance de 2,5% à 2,1% en 2018, car « l'espoir d'un énorme stimulus fiscal s'est fané aux Etats-Unis » en ajoutant qu'il « est important de ce souvenir que l'économie américaine n'a, en soi, pas besoin d'un stimulus pour croître ». La consommation des ménages tient et les investissements redémarrent. Il n'y a pas de rupture dans les indices de confiance alors que les résultats des entreprises s'améliorent. La récession n'est donc pas pour demain. Mais l'affaiblissement du dollar témoigne des doutes du marché et pourrait peser sur les Bourses européennes.

La « reflation »

Le thème de la « reflation » (reprise de l'activité et hausse de l'inflation) a été l'un des moteurs de la hausse des marchés au premier semestre. Mais le ralentissement de l'inflation aux Etats-Unis et surtout en Europe est en train de gripper le mouvement. « L'inflation est partout, exceptée dans les statistiques officielles », note NN IP. « Alors que la croissance mondiale se rétablit, il y a toujours beaucoup de capacités non utilisées. Dans plusieurs pays développés, les anticipations d'inflation sont devenues sans ancrage, à la baisse », abonde Bank of America Merrill Lynch, qui ne voit plus « l'inflation stagner ou augmenter modestement, mais baisser légèrement ». Cette situation complique la tâche des banques centrales, avec le risque d'erreur de communication, à l'image du discours de Mario Draghi lors de la réunion de Sintra au Portugal. Il a d'abord dit que les « forces reflationnistes » étaient à l'oeuvre, laissant penser que son ton devenait moins accommodant, provoquant une hausse de l'euro et des tensions sur les taux. Ce qui l'a forcé à préciser sa pensée le lendemain. C'est aussi un souci pour la Fed, qui commence à avoir du mal à convaincre les investisseurs sur son programme de hausse des taux. « Les banques centrales s'inquiètent de la faible inflation, alors que les marchés semblent l'apprécier parce qu'elle remet à plus tard le resserrement monétaire et donc qu'elle allonge le cycle, estime Jan Loeys chez JP Morgan. Qui a raison ? Probablement les deux, mais les marchés ont un horizon à court terme, alors que les banques centrales sont obligées de voir plus loin ». Quoi qu'il en soit, l'idée s'installe progressivement que l'ère des taux bas touche à sa fin.

Le pétrole

La rechute du prix du pétrole véhicule trois idées négatives pour les marchés : le ralentissement économique chez les pays consommateurs (dont les Etats-Unis), le risque de déflation et enfin le risque de défaut pour les sociétés pétrolières les plus endettées. C'est ce qui avait fait plonger les Bourses début 2016, lorsque le prix du baril de brent s'était approché des 20 dollars. On n'en est pas encore là, mais le souvenir est ancré dans les mémoires. Par ailleurs si les prix du pétrole devaient rechuter, « cela pourrait être le principal vent contraire pour les marchés, si les fonds souverains des pays producteurs de pétrole devaient redevenir des vendeurs significatifs d'obligations et d'actions », avertit JP Morgan.

La Chine

A court terme, la Chine n'est plus perçue comme un risque, même si la volonté de Pékin de durcir les conditions de financement, afin de contenir la croissance du crédit, pourrait inquiéter les investisseurs. Si des analystes tablent sur un ralentissement au second semestre, le risque d'un « hard landing », qui faisait peur au marché en 2015, semble écarté. Selon Credit Suisse, « la qualité de la croissance chinoise s'est améliorée car la reflation soutient les bénéfices des entreprises et donc la gestion durable de la dette ». Il faudra surveiller les indicateurs comme les PMI, les prix à la production ou les réserves de change qui pourraient provoquer des secousses ponctuelles.

L'Italie

Le risque politique a diminué dans la zone euro pour rejoindre le monde anglo-saxon. « Le climat reste lourd à Washington et la situation manque de lisibilité au Royaume-Uni sur la forme du Brexit », note Hervé Goulletquer, alors que Theresa May sort affaiblie des législatives. Mais la rentrée pourrait être plus agitée en Europe avec l'Italie. Il y a quelques semaines, l'hypothèse d'élections anticipées avait provoqué un fort écartement entre les taux italiens et le bund allemand, rappelant la sensibilité des marchés à la question. D'abord, l'avenir des banques italiennes, plombées par des milliards d'actifs non rentables, n'est pas encore réglé, alors que selon Franck Dixmier chez Allianz GI, « à ma connaissance, aucun parti n'a de proposition de résolution du problème bancaire en Italie ». Ensuite, l'économie italienne tourne au ralenti (0,8 % attendu par le FMI en 2018). Enfin, parce que l'Italie est considérée comme le talon d'Achille de la zone euro.  « N'espérez pas un "moment Macron" lors des prochaines élections en Italie », prévient Nicola Nobile, chez Oxford Economics, pour qui le « soutien aux populistes reste élevé et ne semble pas vouloir diminuer à court terme. » Avec le risque d'une résurgence du débat sur une sortie de la zone euro. Même si, pour lui, « la différence de la France, où le nouveau gouvernement réformiste pourrait aider à décoincer la croissance, le scénario le plus probable est celle d'un gouvernement de coalition centriste faible, avec une croissance qui ne dépassera pas 1 % à moyen terme ».

La géopolitique

Les « épouvantails » du premier semestre seront toujours présents au second : la Corée du Nord et le Moyen-Orient. Ce risque semble bien géré par le marché, qui se concentre sur la reprise économique globale. Mais, souligne Christophe Morel chez Groupama AM, « si un environnement normal est constitué d'aléas géopolitiques, la résurgence de cet aléa fait suite, notamment, à l'élection de Donald Trump en lien avec les incertitudes entourant sa doctrine de politique étrangère ». Un président qui n'hésite pas à utiliser une diplomatie « virile ».

Les OPA

C'est un élément de soutien pour les marchés : les opérations de fusions acquisitions se multiplient en Europe et 2017 devrait être une année record. Pour Catherine Garrigues chez Allianz GI, un événement a changé la donne : la tentative d'OPA de Kraft sur Unilever. « Même si elle a échoué, elle a provoqué un réveil brutal du marché et un choc psychologique pour les investisseurs qui se sont rendu compte qu'il se passait quelque chose. » Plus globalement, « l'environnement financier est toujours favorable aux acquisitions, alors que les entreprises cherchent de nouvelles sources de croissance », constate la Société Générale. Des entreprises qui voient leurs marges remonter et leurs perspectives de croissance s'améliorer. Enfin, la chute de la livre, liée au Brexit, crée aussi des opportunités.

envoyer un email envoyer un email Partager sur LinkedIn

Découvrez les articles sur le même sujet

Le 06.07.2017 par logo les échos

En meilleure santé, les géants du CAC 40 se mettent en quête de croissance

Les stars de la cote sont aussi rentables qu'avant la crise. Désendettées, elles doivent renouer avec la croissance. L'investissement redémarre après quatre ans de baisse.

Le 13.06.2017 par logo les échos

L'or profite des incertitudes géopolitiques

Brexit, Moyen-Orient… l'instabilité favorise l'actif refuge. L'once d'or était la semaine dernière au plus haut depuis novembre.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour une navigation optimale et bénéficier de contenus et services adaptés.

×