La reprise d’activité vue par un chirurgien dentiste libéral

Le 11.06.2020 par Docteur Henri Chanéac chirurgien dentiste
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Dentiste témoignage

Le docteur Henri Chanéac est chirurgien dentiste à Montgeron, dans l’Essonne. Il exerce une activité libérale en cabinet avec un associé. Il raconte comment il a vécu la crise sanitaire et partage son retour d’expérience quelques semaines après le déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Nous avons été conscients dès le départ des risques liés à notre profession, par la proximité buccale, et la présence a priori du virus dans la salive. Nous avons donc été très vigilants. Néanmoins, l’annonce du confinement a été soudaine, et nous nous sommes retrouvés un peu délaissés : la veille du confinement, l’Ordre nous a prévenus de la fermeture des cabinets. Nous avons appelé les patients pour annuler les rendez-vous, sans vraiment savoir ce qui allait se passer derrière.

Rapidement, le Conseil national a mis en place une demande de service de garde, chapeauté par les Conseils départementaux et effectué par quelques praticiens volontaires, dont j’ai fait partie. L’Ordre départemental effectuait une régulation des patients par téléphone, et en fonction de ce que décrivaient les patients, ils pouvaient être adressés vers un praticien pour assurer le soulagement d’urgence. J’en ai fait quatre sur les deux mois. La difficulté venait du fait que nous ne disposions pas de recommandations claires sur ce que nous pouvions faire ou pas au cabinet. On nous disait de nous protéger, mais nous n’avions pas d’équipement. Cela s’est un peu amélioré au fil des semaines. 

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? À quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Le déconfinement a été accueilli favorablement, évidemment, bien qu’il y ait encore beaucoup de contraintes pour limiter les risques de contamination. À la reprise, nous avons reprogrammé tous les rendez-vous prévus et annulés durant le confinement, auxquels se sont ajoutés des rendez-vous supplémentaires, que nous aurions gérés en théorie progressivement. Il faut réussir à absorber cette surcharge rapidement. Nous ne pouvons pas demander aux patients d’attendre huit semaines de plus avant de les recevoir quand, par exemple, ils ont une dent cassée.

J’ai la chance d’avoir une pratique orientée vers la chirurgie : je n’ai pas eu autant de demandes que certains de mes confrères sur des soins classiques. Cela a limité donc les urgences à la reprise.

Je travaille davantage à la demande de certains de mes confrères. Ces confrères ont un pool de patients beaucoup plus important et sont sollicités en premier quand il y a un problème. Certains ont du mal à assumer la surcharge de travail. 

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

Depuis la reprise, nous sommes toujours en attente de masques et de surblouses. Ils arrivent au compte-gouttes. On organise notre stock au cas où surgisse un problème : par exemple, j’ai commandé 1000 masques fin avril, et début juin je ne les ai toujours pas reçus. L’État nous a promis 24 masques par semaine, mais les pharmacies ne peuvent pas en donner autant : elles n’en reçoivent pas assez. 

Deuxième souci, nous avons eu huit semaines d’inactivité. Quelques gestes ont bien été faits par la CNAM, l’Urssaf ou la Caisse de retraite, mais cela ne compense pas la perte sèche d’activités. C’est un problème économique : certains confrères, déjà en difficulté avant cet épisode, risquent de ne pas atteindre la fin de l’année. D’autres qui envisageaient la retraite dans les mois à venir vont devoir baisser le rideau plus vite que prévu…

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique…

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

Nous avons réorganisé le flux des patients et du personnel, pour éviter au maximum les allées et venues. J’ai condamné ma salle d’attente. Je demande aux patients d’arriver à l’heure et de ne pas venir accompagné. Nous fonctionnons beaucoup par email pour éviter l’échange de papiers. C’est du temps gagné au cabinet que nous consacrons à notre pratique et non à l’administratif. Une certaine logique s’est mise en place, nous aurons du mal à la lâcher puisque finalement, c’est plutôt bien comme cela !

Par contre, c’est plus contraignant sur la productivité. Notre capacité à recevoir les patients est en baisse de 40% par jour si nous voulons suivre les recommandations.

J’espère que nous en saurons plus courant juillet pour reprendre en septembre une situation plus classique. Cela ne dépend pas de nous directement, mais de l’évolution des recommandations. 

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Je n’aurai pas la prétention de leur dire quoi faire, mais il me semble important de prendre du temps pour réfléchir à ce qu’on veut faire, au niveau technique et organisation. Pendant ces huit semaines, nous avons fait avec les recommandations d’urgence, transitoires. Maintenant nous pouvons revenir à une pratique dans les règles de l’art, en pratiquant des soins conformes à la situation moins urgentissime. 

Cela me semble inutile de se précipiter en essayant de faire plaisir à tout le monde, nous n’y arriverons pas de toute façon. Au contraire, il faut prendre le temps. Les patients nous seront reconnaissants de leur avoir prodigué les soins les plus adaptés à leur situation. Se dire qu’en organisant bien les choses, on doit être capable de bien faire notre métier dans les meilleures conditions possible.

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