La reprise d’activité vue par un chirurgien digestif

Le 11.06.2020 par Jean-Luc Bouillot chirurgien digestif
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Jean-Luc Bouillot, exerce la chirurgie viscérale et digestive au sein de l’Hôpital Saint-Joseph à Paris (14e). Il revient sur l’impact de la crise sanitaire du COVID-19 sur son activité

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Même si on a pu entendre que la situation n’avait pas été la même partout, en ce qui concerne l’hôpital où j’exerce (et plus généralement à Paris et en Ile-de-France), toute notre activité a été arrêtée avec la mise en place du plan blanc qui a notamment transformé les salles réveil en salles de réanimation. 

Les blocs ont été fermés pour la « chirurgie à froid » qui a donc complètement été stoppée. Seules ont été maintenues les interventions relatives à des urgences ou concernant des patients souffrant de cancer.

L’ensemble de la profession, malgré une certaine lassitude, s’est bien pliée à cet état de fait. Nous avons tous arrêté notre pratique selon les recommandations de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et de la Haute Autorité de Santé (HAS), sans discussion. Un certain nombre de collègues chirurgiens ont pris en charge des patients COVID+ dans les lits habituellement dédiés à la chirurgie, en soutien de leurs collègues médecins.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? À quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Pendant le confinement, j’ai pu voir certains de mes patients en téléconsultation. J’ai également contacté mes autres patients pour annuler leurs consultations et les reprogrammer. Les patients ont été assez sensibles à ces appels.

Actuellement, la reprise d’activité reste très partielle dans notre région. Les consultations en présentiel n’ont pas pu reprendre avant la dernière semaine du mois de mai. Certaines consultations ont pu avoir lieu en téléconsultation, mais en chirurgie, il reste important de voir les patients et de pratiquer des palpations, notamment dans notre spécialité. La télémédecine se prête davantage au suivi des patients.

S’agissant des chirurgiens digestifs dans leur ensemble, la situation est variable selon les régions. L’ouest de la France ayant été beaucoup moins impacté, l’activité a pu y reprendre plus pleinement que chez nous où ma première vraie journée opératoire n’a eu lieu que le 3 juin. Pour beaucoup d’entre nous, l’attente a été longue…

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

De nombreuses recommandations ont été faites. Il m’a semblé qu’elles allaient un peu dans tous les sens. Sociétés savantes, académie de chirurgie, centres nationaux professionnels, ministère, toutes les mesures émanant de ces différents organismes se recoupaient plus ou moins. Dans l’ensemble, il manquait une ligne claire à suivre : nous ne disposons pas de recommandations strictes et identiques. Et, c’est à nous qu’il revient d’aller chercher les informations nous concernant.

Progressivement, au fur et à mesure que nous avançons dans cette période de déconfinement, il faut que nous nous adaptions à l’évolution de la situation sur le terrain. Actuellement, tous les blocs n’ont pas été rouverts pour préserver les stocks de produits, curare et produits hypnotiques notamment, en cas de deuxième vague. Nous sommes encore dans une période incertaine où nous devons continuer à nous adapter en permanence.

Dans ces conditions, il n’est pas évident de reprogrammer nos interventions, tout le monde est encore très hésitant. Nous sommes, du moins en région parisienne, dans une période de transition. Si les choses continuent d’évoluer dans le bon sens, je pense que tous les blocs pourraient être rouverts avant la fin du mois de juin.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique…

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

Pour la téléconsultation, je pense qu’elle peut être utile dans le suivi de nos patients, mais difficile à généraliser pour les consultations de chirurgie.

Dans la pratique, pour la chirurgie, la crise ne change pas la façon dont nous travaillons. Elle nous oblige, en revanche, à adopter une nouvelle organisation pour nos rendez-vous. Pour éviter qu’il y ait trop de patients dans la salle d’attente, les créneaux sont espacés toutes les 30 minutes. Nous respectons aussi les gestes barrières et les mesures de distanciation dans les lieux d’accueil et d’attente.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Je pense que nous devons faire preuve de patience en raison du risque que peut représenter une infection COVID pour un patient en phase post-opératoire d’une chirurgie lourde. La prudence est donc de mise pour les cas pouvant présenter des complications post-opératoires.

Il me semble préférable de redémarrer la chirurgie avec des interventions bénignes. Et, pour les chirurgies plus lourdes, lorsqu’elles peuvent attendre, je pencherais pour une programmation en juillet voire en septembre. Je pense notamment aux opérations liées à l’obésité ou à la pariétologie. Dans le cas de certaines pathologies, et particulièrement des cancers, repousser la chirurgie n’est pas souhaitable et l’état de santé du patient justifie alors pleinement la nécessité d’intervenir malgré un contexte encore compliqué, dont le patient aura bien évidemment été informé.

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