La reprise d’activité vue par un infirmier libéral

Le 11.06.2020 par Florian Tassin, infirmier
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Florian Tassin est infirmier depuis 17 ans. Il exerce en libéral avec un associé en cabinet, dans le IXe arrondissement de Paris, et fait beaucoup de visites à domicile. Il explique comment il a traversé la crise sanitaire et témoigne sur la reprise d’activités à la suite du déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Dans notre profession, nous avons continué à travailler, sept jours sur sept, samedi, dimanche et jours fériés inclus. Il y a eu une baisse d’activité les deux premières semaines, mais cela n’a pas changé vraiment au niveau du rythme. Nous avons dû prendre des dispositions sanitaires et nos tournées ont été adaptées : pour minimiser les risques de contamination et de transmission, nous passions voir les patients COVID en fin de tournée, par exemple. Nous faisions environ 10 passages COVID par jour, soit à peu près 20 % de nos visites. 

J’ai eu l’impression d’avoir été envoyé au front sous-équipé. Heureusement, des gens qu’on ne connaissait pas et des entreprises voisines nous ont contactés pour nous envoyer des masques FFP2, des blouses, des surblouses… La mairie de notre arrondissement nous a aussi fourni des visières, des blouses confectionnées par des bénévoles. Il y a eu un vrai système d’entraide, c’était touchant.

C’était une période très angoissante. Nous nous sommes sentis sûrs seulement à partir du moment où nous avons reçu des masques et où nous avons pu en fournir aux patients.

Les recommandations que nous recevions changeaient régulièrement. La question s’est posée de savoir si on n’avait été contaminé ou porteur sain. On a fait un test de sérologie qui s’est révélé négatif. C’est rassurant de savoir qu’en appliquant strictement les gestes barrières, nous avons réussi à passer au travers.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? À quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Les 15 premiers jours ont été plutôt calmes. Puis, actuellement, nous vivons un retour à la normale voire un surplus d’activité. Tous les patients qui logeaient chez leurs proches sont revenus : nous avons donc récupéré toute notre patientèle. Les actes de chirurgie, l’ambulatoire, etc. reprennent petit à petit. Je ne sais pas si nous allons pouvoir assurer toutes ces demandes.

Au niveau professionnel, je ne me sens pas trop en difficulté. Au niveau personnel, j’ai ressenti une fatigue à la fois physique et psychologique. Il y a des périodes où on ne sentira pas bien, c’est normal. Pour des professionnels comme nous, en période de confinement, il n’était pas désagréable d’être dehors. Nous nous sentions en sécurité, car nous étions seuls. Depuis le déconfinement, nous constatons que les gestes barrières ne sont pas toujours respectés, nous ne pouvons pas circuler sur les trottoirs confortablement, les gens ne mettent pas forcément de masques…

Les rapports sont très différents aussi selon les patients. Certains patients m’appellent pour me dire « Vous êtes en retard », tandis que d’autres nous remercient plus que tout. Nous avons quand même été très respectés par notre patientèle et par les gens en général. Quand on disait qu’on était infirmier, on nous déroulait le tapis rouge. C’était assez glorifiant.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

Nous avons été mis sur le devant de la scène et assumé nos responsabilités, et maintenant nous attendons des retours de la part de l’État.

Depuis des années, les soignants ne sont pas rémunérés à leur juste valeur. Pour donner un exemple, l’indemnité de déplacement d’un infirmier libéral est de 2,5 €. Cette crise, on espère, nous les soignants, que nous allons en voir les bénéfices. Ma femme est infirmière à l’hôpital, le travail est difficile, la paie n’est pas là. Il faut que ça change.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique…

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

La téléconsultation, nous avons essayé : sur des plaies chroniques par exemple, en demandant des photos régulièrement. On pouvait envoyer des ordonnances par email. Mais cela n’a pas représenté une activité énorme. Nous avons donné des consignes par téléphone pour équilibrer un diabète, par exemple.

La vraie téléconsultation, c’est impossible pour les nouvelles prises en charge. Ce n’est pas mon objectif aujourd’hui : nous avons besoin de voir les gens. 

Quant à l’organisation des tournées, avec le passage des cas de COVID ou des personnes à risque en fin de tournées, je pense que l’on va garder ce fonctionnement.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Si on se sent moins bien, que l’on rencontre des difficultés, il ne faut pas hésiter à en parler. Des cellules psychologiques ont été mises en place pour nous aider. Il faut garder à l’esprit les effets positifs de cette crise : le respect de la population, l’entraide, les gens qu’on ne connaît pas qui nous ont envoyé du matériel. Et surtout, continuer d’accentuer les gestes d’hygiène, et faire comprendre que se protéger soi, c’est aussi protéger les autres.

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