La reprise d'activité vue par un médecin expert

Le 19.06.2020 par Richard Devidal, Médecin expert
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Richard DEVIDAL, Médecin expert pour les compagnies d’assurances en libéral, explique comment il a vécu la crise sanitaire et partage son retour d’expérience après quelques semaines de déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Les Associations de Médecins Conseils nous ont incités à suivre les recommandations du Conseil National de l’Ordre des Médecins nous demandant de fermer nos cabinets pour ne pas nous exposer inutilement ainsi que les personnes que nous recevons, aux risques de contamination par le Covid-19, ce qui est complètement logique et parfaitement louable.

Pour ma part, après avoir prévenu toutes les personnes pour qui une expertise était programmée, mon cabinet d’activité d’expertises a donc été fermé le 16 mars au soir pour une durée indéterminée.

Je pense que tous mes confères ont également respecté ces recommandations.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre profession ? A quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ?

Le 24 avril 2020, le Conseil National de l’Ordre des Médecins a autorisé la reprise des expertises médicales.

Pour ma part, je n’ai rouvert mon cabinet que le 11 mai car il fallait le temps de me réorganiser afin de pouvoir respecter les consignes sanitaires et fixer les nouveaux rendez-vous en demandant à chaque personne si elle était d’accord pour venir dans ce contexte-là, après avoir expliqué les modalités du déroulement de l’expertise et les contraintes inhérentes au contexte sanitaire. A noter que je n’ai eu à faire face à aucun refus à ce propos.

De plus, toutes les convocations envoyées devaient intégrer le fait que la personne à expertiser devait venir seule, à une heure fixe et précise, avec une durée d’expertise définie, qu’elle devait se munir d’un masque, de gants et, dans la mesure du possible, qu’elle devait nous transmettre son dossier de façon numérisée pour éviter toute manipulation.

J’ai repris progressivement mon activité, qui était moins soutenue au début, pour retrouver un rythme à 80 % de ce que je faisais habituellement avec élargissement des plages horaires.

Je pense que tous mes confrères ont dû faire à peu près la même chose.

Actuellement, toutes les expertises qui n’ont pas été faites pendant la période de confinement sont reprises, notamment dans le cadre de la garantie prévoyance où les délais sont relativement courts. Je dois donc jongler avec le calendrier en m’adaptant au mieux, le but étant de passer en priorité les expertises ayant un caractère urgent. Il va donc forcément y avoir un petit décalage pour les nouvelles demandes d’expertises reçues.

S’agissant des demandes d’expertises dans le domaine de la prévoyance qui doivent être priorisées au maximum au vu des enjeux financiers importants lorsque les indemnités journalières ne sont plus payées, certaines compagnies d’assurances nous appellent directement pour connaître nos délais et éventuellement prendre date, plutôt que d’envoyer des courriers et de voir un allongement des délais de convocation.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

En amont, j’ai recontacté par téléphone toutes les personnes dont l’expertise avait été annulée en leur expliquant toutes les consignes sanitaires que j’ai détaillées en réponse à votre première question ; je les invite même à amener leur propre stylo. Le port du masque est obligatoire mais peut toutefois être retiré s’il faut examiner la zone qu’il couvre.

Par ailleurs, la présence des accompagnants "non-médecin" dans le cabinet n’est pas souhaitée, y compris les avocats. Ces derniers sont autorisés à participer aux expertises judiciaires ou CCI.

Une fois l’expertise terminée, j’aère et je désinfecte le mobilier et les poignées de porte avant la prochaine expertise dont j’ai fixé le rendez-vous 30 minutes après la précédente. Ce délai ralentit le rythme et alourdit un peu l’organisation mais cela est nécessaire pour réduire le risque de contamination.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique… A votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise ?

La télé-expertise est une solution qui est "dans les tuyaux" depuis quelques temps et qui, à mon avis, est réalisable dans des cas bien établis. Nous n'en sommes cependant qu’aux prémices.

Pour l’évaluation du dommage corporel, nous serons toujours obligés d’examiner les victimes car il est difficile de faire un examen clinique à distance.

Par contre, pour des expertises du type psychiatrique ou pour faire le point sur un dossier prévoyance, s’il n’y a pas d’examen clinique à pratiquer, je ne vois pas ce qui pourrait empêcher une télé-expertise, sous couvert du respect des obligations règlementaires.

Certaines compagnies ont d’ailleurs mis en place, pendant cette épidémie, des consultations médicales à distance.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Sur les pratiques, il ne faut pas céder à la pression de vouloir vite rattraper son retard et de reprendre un rythme de croisière un peu trop rapidement en passant outre les consignes sanitaires qui nous ont été données, car il serait dommage d’exposer les gens inutilement.

Je pense qu’il est indispensable de tenir le cap, même si cela est un peu plus long et contraignant.

Quant à la télé-expertise : pourquoi pas, lorsque cela est faisable, c’est une piste à creuser.

 

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