La reprise d’activité vue par un anesthésiste réanimateur

Le 11.06.2020
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Réanimation covid 19

Pierre Trouiller, chef du service réanimation unité de surveillance continue à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild (Paris 19e), détaille à l’occasion de cette interview la manière dont la crise sanitaire du COVID-19 a impacté son activité et plus généralement celle des réanimateurs et anesthésistes.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Le département d’anesthésie-réanimation de l’Hôpital Fondation Adolphe Rothschild (FOR) s’est retrouvé, comme tous les autres services de ce type, au centre de la crise pour pallier la situation de saturation des services de réanimation conventionnels. L’anesthésie-réanimation a constitué une composante majeure de la réponse à cette crise. La mobilisation a été très importante pour permettre la mise en place de structures de réanimation hors les murs.  

À la FOR, nous avons multiplié par quatre le nombre de lits de réanimation permettant la ventilation mécanique et par cinq nos listes de garde impliquant la mobilisation des équipes de réanimation et d’anesthésie, internes, seniors et paramédicaux.  

Cet effort de grande ampleur a concerné aussi bien le privé que les établissements publics en Ile-de-France. Les établissements de santé privés d'intérêt collectif (ESPIC), comme l’Hôpital Fondation Rothschild, ont participé massivement à la mobilisation.  Des réanimateurs d’autres structures privées sont venus en renfort dans les structures qui en avaient besoin.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? À quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Avant d’évoquer la reprise, il est important d’assurer du repos à nos équipes, comme de s’assurer de la bonne tenue des stocks en matériel, médicaments et protections individuelles. Cela doit être fait tout en maintenant une offre de soins critiques modulable. Aujourd’hui, nous avons moins de patients-COVID en réanimation, mais nous ne sommes pas encore sortis du plan blanc. Nous pouvons être remobilisés, à tout moment, pour augmenter à nouveau nos capacités-COVID.

S’agissant de la réanimation et plus particulièrement du service de neuro-réanimation de la FOR , nous avons repris avec une capacité d’accueil moindre concernant les pathologies cérébrales aigües. Nous retrouverons progressivement notre capacité habituelle de fonctionnement de jour comme de nuit.

Les objectifs de la reprise sont doubles.  La reprise d’activité doit d’abord permettre de limiter les pertes de chance secondaires ou indirectes liées à la pandémie. Il faut soigner les patients pour lesquels un report supplémentaire entraine une vraie perte de chance. Ensuite, la reprise doit permettre d’assurer la sécurité tant pour les patients atteints par le COVID, que pour les autres patients et les soignants.

S’agissant de la sécurité des patients, à la FOR, nous avons mis en œuvre un protocole pour éviter tout risque d’acquisition du COVID dans l’établissement. Pour tous les patients, nous évaluons le rapport bénéfice-risque de l’intervention en fonction du statut COVID du patient. Quant à la protection des soignants, notre direction est extrêmement vigilante pour s’assurer que les équipes disposent des équipements de protection individuelle nécessaires.

L’objectif global étant qu’un patient non-COVID nécessitant des soins soit rassuré sur le niveau de sécurité de notre établissement et qu’il ne repousse pas son intervention au risque de voir son état s’aggraver ou d’enregistrer un retard dans son diagnostic.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

Nous avons eu des recommandations diffusées par les sociétés savantes, dont la société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR). Ces recommandations ont vocation à être adaptées à chaque structure, ce qu’a fait la FOR  pour se mettre en conformité.

Les anesthésistes et réanimateurs ont une culture de la sécurité « naturellement développée ». Cela a contribué à simplifier leur adaptation aux mesures de précaution. La reprise a également été facilitée parce que nous l’avons préparée et que nous disposons du matériel de protection individuelle en quantité suffisante.

D’un autre côté, la reprise a été compliquée par les contraintes organisationnelles, architecturales et d’hygiène qui l’accompagnent. Nous avons dû revoir tous nos circuits de patients, mettre en place les mesures de distanciation dans les salles d’attente, à l’accueil, pour la chirurgie ambulatoire. Il a aussi fallu aménager tous nos espaces de soins, réfléchir à l’organisation des salles de réveil, afficher les consignes pour nos soignants et nos patients, renforcer les équipes de nettoyage.

Nous avons entièrement revu le circuit d’évaluation préopératoire en incluant le risque COVID. Tout patient passe un test PCR 48h avant son intervention. Chacun de nos patients est « screené » au moins cinq fois, sous forme d’interrogatoire et de recherche d’éléments cliniques par le chirurgien, l’anesthésiste, l’infirmière et le médecin à l’admission et pendant l’hospitalisation à chaque fois que le médecin le voit.

L’important est de mettre en place un système dans lequel le patient est un partenaire invité au respect des mesures barrières en vigueur à l’hôpital.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique…

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

Une crise de cette ampleur va entrainer des modifications de pratique bénéfiques à notre profession. La télémédecine balbutiante avant la crise va certainement se trouver renforcée. Pour tous les soignants et les praticiens, la culture de la sécurité va se développer.

La pénurie de médicaments intervenue pendant la crise et qui conditionne aujourd’hui la reprise doit nous inciter à développer des techniques alternatives à l’anesthésie générale, comme par exemple l’anesthésie locorégionale.

Notre spécialité raisonne déjà en rapport bénéfice-risque et cela va sans doute aller en s’accentuant.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Pour la reprise, il me semble essentiel de développer avec beaucoup de précision un circuit COVID-safe, d’informer le patient des mesures de sécurité et du rapport bénéfice-risque et d’être vigilant sur les conditions de téléconsultation pour que la télémédecine ne diminue pas les objectifs de qualité de l’évaluation préopératoire.

Tout ceci permettra de s’assurer du soutien de notre assureur et peut-être de limiter le développement d’un contentieux sur les infections COVID acquises à l’hôpital.

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