La reprise d’activité vue par une sage-femme libérale

Le 11.06.2020 par Rocio Schwenke sage-femme libérale
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Rocio Schwenke est sage-femme libérale à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines. Elle exerce en cabinet avec une autre sage-femme. Elle explique comment elle a traversé la crise sanitaire et déroule son retour d’expérience sur les premières semaines de déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Il y a eu différentes phases : au début, des questionnements et de l’angoisse. Nos syndicats, le collège des sages-femmes, l’ARS, le Conseil de l'Ordre, les hôpitaux nous ont envoyé beaucoup de messages, parfois contradictoires. Par exemple, nous avons été confrontées à un gros flottement sur les consultations de grossesse : fallait-il continuer à les faire ? Ne pas les faire ? Puis, on nous a demandé si nous étions prêtes à accompagner les sorties précoces de maternité, à aller voir les patientes à domicile, et si nous étions d’accord pour rendre visite aux patientes malades COVID.

Avant même le confinement, j’avais commencé à porter un masque et à dire à mes patientes à risque que je préférais qu’on repousse la rééducation. Cela a mis un frein brutal à l’activité : tout s’est arrêté. La première semaine de confinement, j’ai travaillé à 20% de mon activité normale.

Puis, la deuxième semaine, une collègue a été touchée par le COVID ainsi que le conjoint d’une autre collègue. J’ai travaillé à 80 % : essentiellement, des visites à domicile, du suivi de grossesse pathologique et des sorties précoces de maternité. Habituellement, les visites à domicile ne représentent que 5 % de mon activité.

J’ai réalisé beaucoup de consultations de conseils pour rassurer les femmes enceintes. Il y avait une angoisse terrible ! J’ai passé du temps à leur parler. J’ai dû voir une de mes patientes quasiment toutes les semaines, car elle était très angoissée. Sans cela, elle serait allée aux urgences. Les urgences étant des clusters, il était préférable que je la voie à mon cabinet.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? A quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Quand le déconfinement a commencé, je travaillais à 60 % de mon activité normale. La 2ème semaine, à 80 %. Depuis la 3ème semaine, j’ai repris le rythme d’avant la crise.

Pendant le confinement, les patientes pouvaient déjà prendre rendez-vous en mai ou en juin, donc mon agenda était rempli à l’avance. Tous les rendez-vous urgents ont déjà été réalisés. J’ai aussi repris le suivi gynécologique et la rééducation. J’ai allongé d’un quart d’heure mon temps de consultation, passé de 30 à 45 minutes, afin d’éviter tout passage des patientes en salle d’attente.

Maintenant, la plupart des sages-femmes ont repris une activité normale, certaines sont même surbookées. L’activité des sages-femmes a été variable pendant le COVID : celles qui habitaient près des maternités ont eu énormément de travail, car les maternités anticipaient les sorties.

Je dirais que les rapports avec les patientes n’ont pas changé. Par notre profession, nous sommes déjà très proches d’elles. Nous les « cocoonons » beaucoup et elles comptent sur nous. La seule différence, c’est que j’étais beaucoup plus disponible durant le confinement dû à la baisse partielle d’activité.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

Dans le groupe WhatsApp réunissant les collègues du coin, nous constatons de grandes différences d’une sage-femme à l’autre sur l’interprétation des recommandations.

Nous attendons de savoir si nous allons pouvoir continuer la téléconsultation. Avant la crise, nous n’étions pas autorisées à la pratiquer. Par le biais d’un questionnaire, notre syndicat nous a demandé si cela nous avait plu et si nous souhaitions continuer. Je suis pour ! Avant le confinement, je réalisais 5 à 10 % de mes consultations gratuitement, car je ne pouvais pas les coter. Aujourd’hui, avec le TCG pris en charge à 100 %, je peux le faire. Pour l’instant, il n’y a pas de désaccord de la Sécurité Sociale pour continuer à coter le TCG.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique…

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

J’ai intégré en post-confinement des pratiques que je n’avais pas avant. Je travaille en blouse et avec un masque systématiquement. Je désinfecte entre chaque patiente et je leur donne des consignes avant de venir : elles viennent seules. Je vais attendre un peu avant d’autoriser les conjoints à venir au cabinet. Dans la salle d’attente, nous n’avons laissé que deux chaises, en plastique donc faciles à désinfecter. Les portes sont ouvertes pour que les patientes n’aient pas à les toucher. Nous avons changé la serviette dans les toilettes pour du papier jetable. C’est contraignant : actuellement, tous ces nouveaux gestes me prennent 1h30 par jour.

Personnellement, je continue de faire en visioconférence les cours de préparation à l’accouchement. J’estime que c’est plus sûr.

Pendant la crise, le groupe WhatsApp (qui comprend une quinzaine de sage-femmes du coin) était très actif. Chacune apportait son expérience et les infos collectées. On parlait de l’aide de l’ARS ou de la Région, des consignes à donner aux patientes. On s’échangeait des coordonnées de couturières qui confectionnaient des surblouses… Depuis le déconfinement, le groupe est moins utilisé, mais il restera un moyen très simple de poser des questions en cas de doute.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Il faut continuer à être prudent. Ce n’est pas parce que les choses vont mieux qu’il faut lâcher prise sur la désinfection. Sans exagérer non plus : je porte un masque au quotidien, une surblouse quand je suis en visite, mais pas de charlotte ni de visière. J’en porterai si je visite une patiente suspecte.

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