Témoignage COVID-19 - seconde vague : Dr Arbouet, médecin urgentiste

Le 11.12.2020 par MACSF
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Le docteur Elsa Arbouet est médecin-urgentiste au centre hospitalier de Narbonne (Aude). Elle revient sur la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, et plus particulièrement la deuxième vague qui touche la France depuis le début de l’automne.

Quelles différences notez-vous entre la première vague de Covid-19 et la situation actuelle ?

La différence majeure entre les deux vagues, c’est que cette fois nous étions prêts. Le secteur Covid était déjà en place depuis la première vague, fonctionnel. Nous nous étions organisés, et nous attendions le déclenchement du plan blanc par l’Agence régionale de santé, pour pouvoir recruter du personnel en fonction du nombre de cas. 

En Occitanie, tous les hôpitaux commençaient à être débordés, mais ici à Narbonne, la crise a mis plus de temps à arriver. Nous avons ouvert le secteur Covid après tout le monde. Par conséquent, nous étions vraiment prêts, ce qui change tout dans l’approche et la prise en charge. 

Pour nous urgentistes, comme pour les réanimateurs, l’autre grande différence vient du fait que l’on connait mieux la maladie : on sait par exemple que les malades sont susceptibles de développer la forme grave de la maladie entre sept et dix jours, quels sont les critères à surveiller, comment les traiter.

Quelles sont vos conditions de travail actuelles, en comparaison avec la première vague de Covid-19 ? 

Nous avons organisé deux secteurs Covid à l’hôpital : un secteur d’hospitalisation et un secteur aux urgences. Les deux avaient fermé pendant l’été, car nous n’avions plus assez de patients hospitalisés pour justifier leur maintien. À ce moment-là, les patients Covid étaient en chambre individuelle. 

Au niveau du matériel, nous avons manqué de masques FFP2 par moment. Mais ils ne servent finalement que pour réaliser des gestes très invasifs. Hormis cela, nous n’avons manqué de rien : surblouses, charlottes, masques chirurgicaux, lunettes… La différence aussi, c’est qu’au premier confinement le reste des urgences était complètement à l’arrêt. Alors que là, l’activité a légèrement baissé, mais continue quand même. Nous avons du travail des deux côtés. Cependant, nous ne sommes pas submergés comme dans d’autres régions, bien que nous accueillions des patients du Gard et des Pyrénées-Orientales. 

Nous avons décidé de ne pas pratiquer les tests antigéniques aux urgences. Ils présentent une forte contrainte pour le fonctionnement des urgences : il faut lire la réponse entre 15 et 20 minutes après l’avoir pratiqué. Dans notre fonctionnement, il est impossible de rester 15 minutes devant la bandelette en attendant le résultat. Et si l’on fait autre chose en attendant, cela peut être compliqué d’être disponible à coup sûr durant le laps de cinq minutes durant lequel il faut lire le résultat. On trouvait que ce n’était pas adapté aux urgences. 
Ça simplifie le dépistage, mais aux urgences on n’est pas censé faire du dépistage. 

Donc soit les gens arrivent avec des symptômes, et on pratique un test PCR, soit ils n’ont pas de symptômes et vont faire le test en ville. 

La deuxième vague était-elle inévitable ? Qu’est-ce qui n’a pas marché lors de la période de déconfinement ?

Pour moi, la deuxième vague était inévitable. Je pense que les gens ont moins peur, et donc se protègent moins. La plupart des cas que nous avons traités venaient de regroupements familiaux : mariage, fêtes de famille, etc. On rencontre peu de cas où les gens ont été contaminés dans les transports en commun, à l’école ou au travail. 

On constate que même au sein de l’équipe de soignants, il y a plus de malades. Lors de la première vague, un seul médecin avait été contaminé. Là, les cas sont plus nombreux, et ces personnes ne l’ont pas forcément attrapé à l’hôpital. 

On constate également que ceux qui avaient des pathologies psychiatriques ont beaucoup décompensé, tandis que les autres ont souffert du confinement. Les gens n’étaient pas bien, avaient besoin de sortir et de voir d’autres personnes. 

Le déconfinement va probablement avoir lieu en début d’année, et je m’interroge sur le déroulement de ce déconfinement. Lors du premier, nous étions en période estivale, les gens se regroupaient à l’extérieur. Tandis que là, les gens vont se regrouper à l’intérieur, et donc le risque que l’épidémie reprenne encore plus vite est grand

L’idée de confiner les personnes à risque me parait bonne, bien que pas idéale. Les jeunes développent en majorité des formes bénignes, donc pourquoi les confiner, avec toutes les complications sociales, économiques que cela entraîne ? Après, il est difficile de déterminer à partir de quel âge une personne est considérée à risque, à partir de quel poids, à partir de quel facteur, etc. 

Certaines personnes, notamment les personnes âgées qui vivent seules, nous disent clairement qu’elles préfèrent mourir du Covid que de ne pas voir leurs proches. 

Quelles mesures concrètes, utiles aujourd’hui, ont été prises lors du Ségur de la santé ?

Pendant la première vague, il y a eu tout ce soutien envers les soignants, mais le Ségur de la santé qui a suivi a débouché sur peu de mesures concrètes. Les infirmiers travaillant à l’hôpital public ont mal vécu ce qui est ressorti du Ségur. Ils ont obtenu une hausse des salaires, c’est vrai, mais leur statut n’a été que peu revalorisé. 

On attendait une politique de recrutement, d’ouverture de lits. Nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de décisions prises en direction de l’hôpital public, alors qu’on avait le sentiment que la première vague avait entraîné une prise de conscience dans ce sens. 

Quel est le sentiment dominant au sein des équipes de soignants ? 

Nous avons une grande chance à Narbonne : nous sommes à effectif plein et l’ambiance d’équipe est très bonne. Quand du personnel est malade, nous réussissons à nous remplacer entre nous, mais nous ne faisons pas beaucoup d’heures supplémentaires. Nous sommes 25 médecins. Pour l’ouverture de l’unité Covid, nous avons fait une journée de plus chacun, par mois, ce n’est pas grand-chose. Donc le moral est bon.

Un exemple : un des aide-soignants est diabétique, et atteint de polyarthrite. Il est vraiment inquiet quant à une éventuelle contagion. Sur le premier confinement, son médecin l’avait arrêté, mais il l’avait mal vécu. Il avait ressenti un peu de culpabilité de « lâcher » l’équipe. Et bien pour cette deuxième vague, il ne s’est pas fait arrêter, mais il travaille hors unité Covid, et tout le monde a compris sa demande. 

L’équipe soignante ne ressent pas de lassitude ou d’usure, aussi, car nous n’avons pas vécu l’arrivée massive de patients graves. Dans la durée et l’intensité, ici en Occitanie, la crise a été moins violente que dans beaucoup d’autres régions. 

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