Témoignage COVID-19 - seconde vague : Dr Trouiller, médecin-réanimateur

Le 11.12.2020 par Dr Pierre Trouiller
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Le docteur Pierre Trouiller est médecin-réanimateur, chef de service, à l’hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, un établissement de santé privé d’intérêt collectif. Il revient sur la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, et plus particulièrement la deuxième vague qui touche la France depuis le début de l’automne.

Quelles différences notez-vous entre la première vague de Covid-19 et la situation actuelle ?

Nous avons désormais l’expertise de ces patients et la connaissance des études qui ont été publiées. Lors de la première vague, nous étions dénués de données médicales précises sur la maladie.

Nous ne sommes plus surpris par la maladie et nous avons les idées claires sur les thérapeutiques à appliquer ou à ne pas appliquer. 

Autre caractéristique très importante : au niveau national, la deuxième vague a été à peu près équivalente à la première en termes de nombre de malades, mais la répartition sur le territoire est très différente. 

Beaucoup de régions ont été énormément impactées, alors que lors de la première vague, l’essentiel des malades était centré sur les régions de l’Est et l’Île-de-France. En Île-de-France, nous avons reçu moins de malades lors de cette deuxième vague, mais en contrepartie, les renforts venus des autres régions ont été moins nombreux également.

Vous considérez-vous mieux préparés, mieux organisés qu’au printemps pour faire face ? 

À l’hôpital Fondation Rothschild où je travaille, nous avions créé dans l’urgence toutes les procédures nécessaires pour la prise en charge de ces malades, aussi bien médicales qu’organisationnelles. Ce qui veut dire que nous n’avons eu qu’à réactiver tout ce que nous avions effectué pour la première crise. 

La cellule de crise était déjà constituée, nous avions déjà l’habitude de travailler ensemble. Cela a été assez simple au niveau logistique de se préparer pour cette deuxième vague et de mettre en place la réponse nécessaire.

Quelles sont vos conditions de travail actuelles, en comparaison avec la première vague de Covid-19 ? 

Nous avons pu anticiper toutes les problématiques de matériel et de médicaments. Nous n’avons pas eu à gérer de pénurie sur cette deuxième vague, même si nous avions eu la chance de ne pas manquer de matériel de protection lors de la première vague grâce au dynamisme des équipes de support. 

Il nous a fallu également gérer les problématiques de personnes contact, voire infectées, chez les soignants, avec des ajustements de plannings réguliers. 

Parallèlement, nous avons dû nous adapter aux nouvelles techniques, au dépistage par PCR puis au test antigénique rapide. Au niveau de l’hôpital, cela représente une organisation complexe à mettre en place, avec des circuits de patients précis. Il est évident que la mise à disposition d’une nouvelle technique diagnostique demande un travail important de mise en place et d’organisation des nouvelles stratégies de diagnostic et de dépistage.

Difficulté supplémentaire, nous avons eu moins de déprogrammation qu’au printemps, et une activité d’urgence de neurosciences soutenue. Il n’était plus possible de retarder davantage la prise en charge de patients annulés lors de la première vague. 

Nous avons tous constaté que la déprogrammation quasi totale imposée lors de la première vague a eu un retentissement sur les malades non-Covid. À l’hôpital Fondation Rothschild, nous avons répondu aux demandes de l’Agence régionale de santé sur l’augmentation de notre capacité d’accueil en réanimation et en médecine conventionnelle. Une unité entière de 18 lits de médecine a été créée et la capacité d’accueil en réanimation a été multipliée par deux. 

La deuxième vague était-elle inévitable ? Qu’est-ce qui n’a pas marché lors de la période de déconfinement ?

Nous avons toujours pensé que cette maladie ne pouvait pas s’éteindre complètement si rapidement. Même après la première vague, nous pensions garder une activité de réanimation régulière liée à la Covid, bien que beaucoup moins soutenue bien sûr. 

Globalement, l’intensité de la deuxième vague a été plus importante que ce qui était estimé. Un taux de contagiosité élevé et l’absence de vaccination expliquent que la page ne soit pas définitivement tournée.

C’est difficile de dire ce qui n’a pas marché, si le déconfinement a été trop rapide ou trop brutal, parce que nous ne maitrisons pas encore toutes les données de ce virus. Nous avons en revanche, une deuxième fois, mesuré l’efficacité du confinement.  

Quelles mesures concrètes, utiles aujourd’hui, ont été prises lors du Ségur de la santé ?

Les mesures seront très probablement utiles, mais il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité sur le long terme. Le Ségur a été positif sur la revalorisation des soignants (médecins et équipes paramédicales) travaillant dans les hôpitaux publics. 

Ce qui veut dire que nous, médecins d’établissement de santé privé d’intérêt collectif, sommes complètement oubliés du Ségur, sur ce chapitre-là tout du moins. C’est très surprenant parce que nous participons pleinement et complètement au service public hospitalier, conformément à notre statut. 

Typiquement, lors des deux grandes vagues de Covid, nous avons eu une participation majeure à la prise en charge de malades Covid. Nous avons le sentiment d’être les oubliés du Ségur. Concernant les autres éléments, nous ne pouvons que saluer les annonces de réouverture de lits et de meilleures adaptations des capacités d’accueil. 

Après, il nous faudra prendre un peu de recul pour apprécier la qualité de ces mesures. 

Quel est le sentiment dominant au sein des équipes de soignants ? 

Cette deuxième crise survient alors que les équipes soignantes sont déjà fatiguées. Nous sentons bien qu’au sein de la population, le soutien très fort présent lors de la première crise s’est estompé. Ceci est indépendant de notre métier, mais tout le monde est fatigué psychiquement et affaibli par le fait d’être reconfiné. Evidemment, cela joue aussi sur les équipes de soin. Elles aussi sont fragilisées par cette situation. Il nous a fallu les remobiliser. 

Nous avons réussi, au sein de l’hôpital Fondation Rothschild, à faire un travail important de remobilisation des équipes tout en sachant que nous aurions peu ou pas d’aides extérieures, du fait de l’atteinte de l’ensemble du territoire. Les équipes soignantes ont tenu le coup, elles ont été présentes, ont répondu avec un investissement permanent et de qualité au service des patients. 

Un souvenir fort ou émouvant à partager ? Un moment que vous avez trouvé particulièrement difficile ?

J’en ai deux. Le premier, c’est la très forte implication des équipes soignantes et leur dévouement, de jour comme de nuit. 

Le second, c’est la difficulté pour les proches de ne pas pouvoir entourer les membres de leur famille hospitalisés en soins critiques. J’ai par exemple vu des enfants dont les deux parents étaient hospitalisés dans des hôpitaux différents pour la Covid. C’est une période où les proches sont aussi en difficulté pour rendre visite aux membres de leur famille hospitalisés, les visites étant réglementairement interdites durant cette période. 
 

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Docteur Pierre TROUILLER
L’auteur

Dr Pierre Trouiller

Médecin-réanimateur, chef de service, à l’hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, un établissement de santé privé d’intérêt collectif

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