Pandémie Covid, à propos de déclarations de sinistres atypiques en ophtalmologie

Le 28.04.2021 à 12:00 par Dr Valérie Ameline, ophtalmologiste conseil
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Un ophtalmologiste pratiquant un examen

La pandémie Covid a impacté et impacte toujours très lourdement l'activité de tous les praticiens. La surcharge des services de soins conduit à retarder certaines prises en charge, pouvant être à l'origine d'une certaine perte de chance. Analyse de deux situations rencontrées en ophtalmologie qui viennent à l'appui de cette constatation.

Sommaire 

Cas n° 1 – Déprogrammation d'une chirurgie de la cataracte >
Cas n° 2 – Chute suite à une injection intravitréenne >
Désorganisation des soins en période de pandémie : comment se protéger ? >

Cas n° 1 – Déprogrammation d'une chirurgie de la cataracte

Dans le premier cas, une sociétaire ophtalmologiste libérale exerçant son activité chirurgicale à l’hôpital dans le cadre d’un GCS a été amenée à suivre une patiente adressée pour hypertonie oculaire secondaire à une uvéite herpétique récidivante unilatérale droite. 

La patiente, née en 1953, était suivie régulièrement par son ophtalmologiste médical pour uvéite herpétique hypertensive unilatérale droite fin décembre 2018, avec réponse satisfaisante au traitement local et général antiviral incluant un traitement par collyre hypotonisant au long cours en raison d’une tension oculaire droite restée élevée. 

La patiente a récidivé en février 2019 puis en novembre 2019 avec décision d’une intervention pour cataracte et glaucome en raison d’une hypertonie oculaire persistante. Une iridotomie bilatérale avait été réalisée par notre sociétaire début 2020.

La chirurgie combinée droite devait avoir lieu en avril 2020 mais, en raison de la pandémie Covid, tous les programmes d’ophtalmologie ont été annulés par l’hôpital où opère notre consœur, avec report de date sans que la patiente et son chirurgien puissent influer sur la nouvelle date opératoire. 

La chirurgie combinée a donc été repoussée au mois de septembre 2020. Or, la patiente a été revue fin août 2020 avec une perte totale de l’acuité visuelle droite, a priori en rapport avec une élévation progressive tensionnelle malgré un traitement local bien conduit et une observance satisfaisante de la patiente qui ne s’est plainte ni de douleur ni de rougeur. Bien qu’opérée en urgence, aucune récupération fonctionnelle n’a eu lieu.

La patiente reproche à son chirurgien le report de date opératoire qualifié de faute professionnelle bien que le chirurgien ait été contraint de respecter les annulations de chirurgie programmée lors du premier confinement et n’ait pu librement reprogrammer ses patients.

> A lire aussi : Covid-19 : déprogrammation et responsabilité médicale

Cas n° 2 – Chute suite à une injection intravitréenne

Dans le second dossier, un confrère ophtalmologiste libéral suivait une patiente née en 1936 pour DMLA ou dégénérescence maculaire liée à l’âge avec injections intravitréennes effectuées régulièrement, réalisées dans une salle dédiée de la clinique, où il intervient au premier étage de cet établissement.

La patiente était habituellement accompagnée de son époux mais, lors de l’injection intravitréenne du 26 mai 2020, il a été demandé à l’époux de bien vouloir patienter à l’extérieur de la clinique, les mesures sanitaires prévoyant l’absence d’accompagnant.

Notre sociétaire ophtalmologiste a donc accueilli la patiente, a procédé à l’injection intravitréenne dans les règles de l’art puis a raccompagné la patiente à la porte de la salle dédiée, lui conseillant de rejoindre son époux par l’ascenseur. 

La patiente a décidé de prendre les escaliers et est tombée, gênée par sa malvoyance majorée encore dans les suites immédiates de l’injection. La chute a occasionné une fracture de hanche et une fracture du poignet gauche ayant nécessité une chirurgie avec prothèse totale de hanche gauche et ostéosynthèse du poignet gauche.

Se pose donc le problème de la responsabilité médicolégale : qui est responsable de la chute ? La patiente devait-elle attendre l’ascenseur face à la salle dédiée comme le lui conseillait le praticien ? Le praticien devait-il raccompagner la patiente jusqu’à son époux à l’extérieur de la clinique alors qu’il est conseillé aux ophtalmologistes d’éviter les sorties de salle dédiée, de bloc… pour minorer le risque d’infection nosocomiale ?

La clinique, qui appliquait les recommandations sanitaires de ne pas accueillir les accompagnants, devait-elle prévoir du personnel pour accompagner les patients déficients visuels non accompagnés ? 

Désorganisation des soins en période de pandémie : comment se protéger ?

Ces deux sinistres ne reflètent pas les mises en cause habituelles en ophtalmologie. Nos deux sociétaires se sentent démunis devant les reproches de leurs patientes, alors qu’eux-mêmes ont subi la désorganisation des soins imposée en période de pandémie Covid.

Nous ne savons pas encore quelle sera l’issue de ces deux dossiers et restons à l’écoute de nos sociétaires afin de défendre au mieux leurs intérêts alors qu’ils se dépensent sans compter pour délivrer des soins diligents et conformes à l’ensemble de leurs patients.

Nous conseillons donc à nos sociétaires de :

  • documenter au mieux leurs observations médicales par un mot dans le dossier rappelant la situation lors des faits au cas où la réclamation survienne plusieurs années plus tard ;
  • garder les mails ou directives de la clinique, des ARS ou du CNOM mettant en place ces restrictions ou organisations afin de pouvoir démontrer si nécessaire que les conditions d’exercice leur étaient imposées et non choisies ;
  • recontacter tous les patients ayant dû être décommandés afin de prendre de leurs nouvelles, assurer la continuité des soins ou de la prise en charge (même en e-suivi) pour établir un ordre de priorité dès la réouverture des blocs et en garder une trace au cabinet ou dans les dossiers patients.

Pour aller plus loin
> Dossier spécial sur la Responsabilité civile professionnelle de l'ophtalmologue
> Covid-19 : la MACSF toujours à vos côtés

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