Soins dentaires et occlusion de l’artère centrale de la rétine

Le 28.05.2021 par Catherine Blanc
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chirurgien-dentiste

Des soins dentaires non invasifs peuvent-ils être à l’origine de l’occlusion de l’artère centrale de la rétine et engager la responsabilité du praticien ? Nous verrons au travers d’un cas clinique et à l’issue d’une expertise judiciaire que la proximité temporelle des deux événements ne saurait constituer à elle seule un lien de causalité direct et certain mais relève de "la pure coïncidence".

Perte d’acuité de l’œil gauche à la suite de soins dentaires 

A la suite d’un traumatisme sur la dent 21 subi quelques années auparavant, une jeune patiente consulte son praticien pour procéder à la pose d’une couronne céramo-métallique destinée à remplacer le composite de l’époque. Les soins sont prodigués le 26 septembre 2018 (taille, forage du tenon pour l’inlay-core, pose de la dent provisoire et prise d’empreinte).

Le 3 octobre, la couronne provisoire est retirée puis désinfection à la chlorhexidine, pose de l’inlay-core et collage de la couronne définitive avec de la résine de collage (relyx).

La patiente présente dès le lendemain une importante céphalée frontale qui la conduit à aller au lit à 18 h pour ne se réveiller que le lendemain à 7 h avec une perte d’acuité visuelle de l’œil gauche.

Elle consulte immédiatement son médecin traitant qui l’adresse aux urgences ophtalmologiques du CHU.

Après une consultation, les médecins constatent "une fragmentation de l’embol avec atteinte au niveau de la bifurcation supérieure" et "une occlusion de l’artère centrale de la rétine".

La patiente n’a pas récupéré malgré une prise en charge rapide d’anticoagulant, de diamox et de massages.

Elle impute son état actuel aux soins dentaires et assigne le chirurgien-dentiste en référé expertise. Un collège d’experts est désigné avec un chirurgien-dentiste et un ophtalmologue.

Absence de lien de causalité direct et certain entre l’occlusion de l’artère centrale de la rétine et les soins dentaires 

A l’issue de cette expertise, les experts considèrent que les soins ont été prodigués dans les règles de l’art et sont conformes aux données acquises de la science.

Ils expliquent que cette occlusion de l’artère centrale de la rétine est "emboligène", c’est-à-dire due à la migration d’un thrombus le long d’un trajet artériel qui est venu se bloquer dans l’artère centrale de la rétine.

Selon eux, la fragmentation de ce thrombus, constatée le 9 octobre, puis sa disparation 3 jours après, à la suite de la mise en place d’une héparinothérapie curative, traduit l’apparition d’un caillot de sang dont l’origine est endogène.

Ils rappellent que lors des soins "litigieux" aucun médicament ni anesthésiant n’a été injecté, qu’il n’y a pas eu de saignement actif et que le traitement prodigué n’était pas invasif. 

Dans ses conclusions en défense, la patiente faisait référence à une thèse de 2004 à l’appui de sa demande qui fait état de la survenue d’une neuropathie optique inflammatoire présentant un kyste maxillaire associé à de nombreux kystes apicaux.

Celle-ci a été écartée par les experts car les faits décrits sont trop éloignés du cas clinique présent, puisqu’il s’agit du nerf optique et non de l’artère centrale de la rétine.

Les experts considèrent que l’apparition d’une occlusion de l’artère centrale de la rétine gauche emboligène et endogène survenue dans la nuit du 4 au 5 octobre, soit plus de 24 h après, ne peut être reliée aux soins dentaires non invasifs compte tenu : 

  • de l’absence d’injection de quelque substance que ce soit,
  • du mécanisme emboligène et non vasospatique,
  • du délai de plus de 24 h entre les soins et l’occlusion.

Ils concluent que la proximité temporelle des deux évènements ne saurait constituer à elle seule un lien de causalité direct et certain et relève de "la pure coïncidence".

Ces conclusions mettent donc hors de cause le praticien dont la responsabilité ne peut être engagée.

EN RÉSUMÉ
Cet accident médical n’engage pas la responsabilité du chirurgien-dentiste et ne relève pas, non plus, d’un aléa thérapeutique mais de l’apparition d’une pathologie sans aucun lien avec les soins dentaires ou la pathologie traitée.
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Catherine Blanc
L’auteur

Catherine Blanc

Catherine Blanc, juriste expert à la MACSF, a une expérience de 30 ans dans le domaine de la responsabilité médicale. Au-delà de la gestion des dossiers de sinistres, elle participe à des formations auprès d’étudiants ou de congrès, est chargée d’enseignement dans le cadre des cours de DU d’expertise et est membre des Commissions de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux depuis 2003.

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