Santé des soignants : qu'en est-il à l'hôpital ?

Le 19.02.2020 par Dr Hélène Beringuier, Présidente de l’Association Nationale de Médecine du Travail et d’Ergonomie du Personnel des Hôpitaux (ANMTEPH)
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Service de santé au travail à l'hôpital

Après avoir présenté la situation de la médecine du travail dans les services interentreprises, nous avons interrogé la présidente de l'Association Nationale de Médecine du Travail et d'Ergonomie du Personnel des Hôpitaux (ANMTEPH) afin de connaître les spécificités de la médecine préventive à l'hôpital public. Dans un contexte de souffrance à l'hôpital, la santé de ses agents constitue un élément déterminant à prendre en compte pour tout projet de réforme.

Pouvez-vous nous présenter l'ANMTEPH et nous dire quel est votre rôle ?

J’ai exercé en tant que médecin du travail de 1985 à fin 2018.

Je participe activement à l'ANMTEPH depuis une dizaine d'année au sein du conseil d'administration et en assure la présidence depuis 4 ans.

L’ANMTEPH regroupe à peu près les trois quarts des médecins du travail hospitaliers du territoire et l’association compte entre 250 et 270 adhérents, composés :

  • De médecins du travail hospitaliers ;
  • De médecins du travail interentreprises qui suivent des cliniques et ont rejoint notre association ;
  • D’infirmiers en santé au travail, dont le nombre d’adhésions ouvertes depuis quelques années a sensiblement augmenté.

Notre objectif est de regrouper au sein de l'association non seulement des médecins et infirmiers du travail mais également l’ensemble des équipes pluridisciplinaires (ergonomes, psychologues…).

Nous assurons deux missions :

  • La partie associative

Elle permet les échanges entre professionnels, la représentation de l’association auprès du Ministère, de la CNRACL, des partenariats avec la Fédération Hospitalière de France (FHF) ou avec des mutuelles.

  • La partie formation

En plus des formations délivrées lors des journées nationales, nous proposons tout au long de l’année des formations thématiques. Des thèmes particuliers sont abordés comme l’entretien infirmier, la radioprotection, la pathologie psychiatrique, ou encore des modules infirmiers un peu plus généralistes pour expliquer le fonctionnement des hôpitaux, les accidents de travail…

Quelles sont les spécificités de la surveillance de la santé au travail à l’hôpital ?

Le chapitre IV du Code du travail s'applique à la fonction publique hospitalière (FPH). Depuis le décret n° 2015-1588 du 4 décembre 2015, des articles spécifiques FPH ont été modifiés. Par exemple, l'effectif de 1 médecin du travail temps plein est passé de 1 500 à 2 000 salariés pour les services de santé au travail avec pluridisciplinarité. Sans pluridisciplinarité, l'effectif suivi est resté de 1 500.

Cela peut paraître peu si l'on compare avec le secteur privé mais cela est sans compter que le médecin du travail en secteur hospitalier doit assurer nombre de visites qu'il ne peut déléguer aux infirmiers.

Chaque agent est rencontré avant sa prise de fonction.

L'ensemble du personnel hospitalier fait l'objet d'un suivi médical obligatoire réalisé par le médecin du travail lui-même tous les deux ans, et ce, quels que soient les risques inhérents à l'agent ou à certains services (radioprotection, services exposant aux anticancéreux, travailleurs handicapés…).

Un suivi médical renforcé intermédiaire peut être mis en place selon les risques rencontrés. Ces visites peuvent être déléguées à un infirmier en santé au travail.

En secteur hospitalier, le médecin du travail doit délivrer des avis d’aptitude lors des visites d'embauche, des visites périodiques et des visites de reprise.

Est-ce que les moyens donnés aux services de santé au travail sont les mêmes d’un établissement à un autre ?

Les moyens dont disposent les établissements sont disparates.

En pratique et selon les lieux, un médecin du travail de la fonction publique hospitalière peut suivre entre 800 et 6 000 salariés, avec une moyenne de 2 500.

Certains établissements n’ont plus de médecin du travail, ce qui crée des situations compliquées pour les infirmiers en santé au travail en termes de missions et de responsabilité.

Dans ce cas, il arrive que des directeurs d’établissements se tournent alors vers les médecins agréés dont le rôle est de formuler un avis d’aptitude à une fonction (capacités physiques, intellectuelles, psychiques). Ils ne sont cependant pas forcément au fait des vaccinations obligatoires ou des spécificités inhérentes aux postes de travail de l'hôpital…

Il s’agit là d’une situation marginale mais tout de même présente dans certaines régions.

Pour pallier cette disparité, le Ministère de la santé préconise la mutualisation des établissements, notamment pour uniformiser l’informatisation des services de santé au travail (STT) hospitaliers dans les régions. L’ARS Occitanie essaye ainsi de pousser dans cette direction en proposant des co-financements pour les établissements porteurs d’un projet de groupement hospitalier de territoire (GHT).

La situation de la santé au travail en secteur hospitalier est-elle analogue à celle du secteur privé, avec des missions infirmières étendues et des équipes pluridisciplinaires ?

Actuellement, nous rencontrons quelques problématiques dans certains établissements en termes de pluridisciplinarité. Il arrive qu'elle soit répartie dans plusieurs directions, comme par exemple un psychologue présent à la DRH, un ergonome rattaché au service technique ou un préventeur au service qualité… empêchant le service de santé au travail d'avoir une vision croisée des situations.

Mme Lecocq, s'est vu confier, à l'instar du rapport qu'elle a rendu pour le secteur privé, une mission sur la santé au travail dans la fonction publique hospitalière. Lors de son intervention à nos journées nationales, elle a annoncé que son rapport abonderait vers la pluridisciplinarité des services de santé au travail, et a rappelé que les GHT constituent l'avenir des services de santé au travail hospitaliers.

S'agissant des GHT, il faudra prévoir une informatisation sécurisée des dossiers médicaux pour en permettre l'accès quel que soit le lieu.

Et, d'une manière générale, une relation de confiance entre le médecin du travail et l'infirmier ne pourra être établie qu'au moyen d'une formation effective et complémentaire en santé au travail.

Quelle est l'observance des médecins face à la médecine du travail ?

Les directions adressent les nouveaux médecins au service de santé au travail dès lors qu'ils prennent leurs fonctions, ce qui crée et favorise la suite de la relation.

De plus, au vu des conditions de travail qui se sont dégradées, les médecins sont un peu plus enclins à faire appel au médecin du travail. Il n'est pas rare également qu'un collègue ou un chef de service nous contacte pour nous signaler un confrère en difficulté.

Nous essayons de mettre en place un suivi régulier. Il arrive que nous ne voyions les médecins que tous les trois ou quatre ans mais nous sommes attentifs à toutes les alertes (visites de reprise, congé de longue maladie, alertes relayées par l'entourage, le service RH…).

On parle beaucoup de la souffrance des internes en médecine. S'agit-il d'une population que vous suivez ?

Les internes en médecine sont suivis par le médecin du travail de l'établissement où ils réalisent leur internat. Souvent, une information sur les missions du service de santé au travail est délivrée lors de la journée d'accueil des internes, organisée par le président de la CME.

Selon le nombre de soignants suivis par le médecin du travail au sein des établissements, les internes peuvent être reçus :

  • Soit individuellement,
  • Soit collectivement à l'aide d'un questionnaire pour repérer les soucis de santé. S'il manque des vaccinations, par exemple, ou qu'un problème de santé a été déclaré, une convocation individuelle est alors organisée.

Quelle est votre mission face au soignant victime de violences au travail ?

Cela fait partie de notre quotidien.
Nous recevons les déclarations d'accident du travail ainsi que les fiches d'évènements indésirables des personnels soignants.

Lorsqu'un accident du travail est déclaré suite à une agression, nous sommes attentifs au moment de la reprise du travail et nous pouvons mettre en place une prise en charge thérapeutique.

Nous restons en alerte sur les petites agressions récurrentes par le biais notamment des déclarations d'événements indésirables. Lorsqu'un soignant établit plusieurs fiches, nous pouvons solliciter un entretien pour en discuter.

S'agissant des agressions dans des services plus exposés que d'autres, une analyse de la situation est réalisée pour en trouver les causes (délai d'attente, manque d'information, patients asociaux…) et mettre en place les solutions adaptées (vigiles, boutons d'appel d'urgence…).

Y-a-t-il des tendances ou des signaux d'alerte relatifs à certaines pathologies liées au travail ?

Il y a trois problématiques liées aux risques avec un impact sur la santé :

  • Les troubles musculo-squelettiques, en particulier constatés chez les aides-soignants, liés notamment à leurs conditions de travail et à un rythme extrêmement soutenu.
  • Les risques psychosociaux, liés aux agressions et à la pression qui pèse sur les soignants.
  • Les horaires alternants qui ont un impact certain sur la santé.

Qu'en est-il des vaccinations obligatoires et recommandées du personnel soignant ?

Un très bon taux de couverture est constaté en termes de vaccinations obligatoires d'une manière générale. Si besoin, un agent qui ne satisfait pas à ses obligations vaccinales peut être mis en inaptitude le temps qu'il soit immunisé.

S'agissant des vaccinations recommandées, nous communiquons pour expliquer pourquoi il est important de se faire vacciner pour se protéger soi-même ainsi que l'entourage et les patients. Cela a permis d'enregistrer de très bonnes réactions sur la vaccination contre la coqueluche et par le ROR notamment.

La périodicité annuelle du vaccin contre la grippe constitue un frein. Cependant, si la grippe représente un risque relativement limité dans le cas de séjours courts, il devrait à mon sens être rendu obligatoire dans les secteurs prenant en charge des personnes âgées, où la probabilité que la grippe passe par le soignant est vraiment très forte. Notre association communique en ce sens auprès des EHPAD et des services de longs séjours gériatriques.

Le médecin du travail est-il consulté sur l'organisation de travail ?

Les questions d'organisation de travail sont discutées en Comité Technique d'Etablissement (CET) où le médecin du travail est invité chaque fois qu'il y a des sujets qui peuvent avoir un impact sur la santé.

Il émet un avis non contraignant sur les points de vigilance qu'il identifie.

Les garanties de sécurité en termes d'informatique sont-elles satisfaisantes, notamment par rapport à la DRH ?

Oui, la sécurité informatique paraît satisfaisante.  Si nous récupérons les données RH, aucun élément du dossier médical ne filtre. Et l’informatisation des services de santé au travail est vraiment indispensable pour assurer le suivi individuel des personnels mais aussi pour permettre des enquêtes épidémiologiques.

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