Le point de vue d'une sage-femme sur sa pratique quotidienne

Le 05.07.2021 par Claire d'Arcangues
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Une sage-femme et sa patiente

Claire d’Arcangues est sage-femme à l’hôpital Delafontaine, l’un des deux établissements qui constituent le centre hospitalier public de Saint-Denis. Elle a accepté de répondre à quelques questions sur son exercice et la manière dont elle vit son métier.

SOMMAIRE

Pouvez-vous nous résumer en quelques mots votre parcours professionnel ? >
Quelles principales difficultés rencontrez-vous dans l'exercice de votre activité professionnelle ? >
La loi du 26 avril 2021 a fait évoluer les compétences des sages-femmes. Que pensez-vous de ces évolutions ? >
Qu'est-ce qui vous paraît le plus important dans la relation entre le patient et le professionnel de santé ? >
Comment abordez-vous la responsabilité que vous encourez en tant que sage-femme ? >

Pouvez-vous nous résumer en quelques mots votre parcours professionnel ?

J’ai commencé à travailler à l’hôpital Delafontaine juste après mon diplôme en 2012. J’ai ensuite pris une disponibilité d’un an pour travailler dans une ONG en Afrique en qualité de sage-femme dans un dispensaire.

Cette expérience m’a beaucoup apporté mais a été difficile puisqu’à à peine 24 ans, dans un pays étranger et seule sage-femme diplômée, je devais coordonner le service de maternité dont j’étais responsable, en dépit du manque de moyens (absence de forceps, de ventouse, tables d’accouchement cassées, pas de médecin pour pratiquer des césariennes, impossibilité de transférer les prématurés dans les hôpitaux publics) et des pratiques locales.

Quelles principales difficultés rencontrez-vous dans l'exercice de votre activité professionnelle ?

La première difficulté à l’hôpital Delafontaine réside dans la barrière de la langue et la communication avec les patientes pour assurer une bonne prise en charge médicale. Beaucoup de nos patientes viennent d’Asie, d’Afrique ou encore des pays de l’Est et ne comprennent ou ne parlent pas toujours le français. Cela complexifie les suivis de grossesse et l’information que nous devons à nos patientes.  

Il existe des documents d’informations traduits mais, le plus souvent, la patiente vient en consultation de grossesse avec son conjoint ou un proche qui se charge de traduire. Il est alors compliqué de s’assurer que la patiente a bien compris ce qui a été traduit par l’accompagnateur et que celui-ci n’a pas déformé involontairement nos propos.

Le recours à un traducteur est possible dans certains cas comme la programmation d’interventions chirurgicales ou dans des situations pathologiques mais, malheureusement, pas en situation d’urgence où il est difficile d’expliquer à la patiente le déroulement de l’accouchement, les éventuelles difficultés rencontrées, l’état d’avancement du travail, la nécessite de recourir à une péridurale ou encore la gestion de la douleur…

Ces problèmes de communication sont encore plus gênants quand les patientes sont porteuses de pathologies telles que l’hypertension ou le diabète gestationnel, qui nécessitent une grande vigilance pour éviter des événements dramatiques.

La seconde difficulté est liée à la précarité psychosociale des patientes et à leur parcours personnel parfois très complexe. Nous accueillons une population majoritairement émigrée, particulièrement fragile, avec des problèmes d’hébergement, de violence (excision, mariage forcé, viol, esclavage) et un parcours migratoire compliqué. Nous arrivons malgré tout à les mettre en confiance lors de la première consultation en leur posant des questions sur leur vécu.

Enfin, comme beaucoup de sages-femmes, je regrette la surcharge de travail liée au manque de personnel et de moyens, qui exige une énergie et une faculté d’adaptation constantes.

En ce qui concerne les délégations de compétence, je n’ai pas rencontré de difficulté particulière et je sais que je ne peux pas réaliser certains actes comme l’utilisation de forceps et de ventouse. Si cela ne relève pas de ma compétence je m’adresse au gynécologue de garde pour prendre le relais.

La loi du 26 avril 2021 a fait évoluer les compétences des sages-femmes. Que pensez-vous de ces évolutions ?

Ces dispositions nous confèrent davantage d’autonomie, avec une extension de nos compétences.

C’est une bonne chose, notamment l’augmentation de la durée de prescription des arrêts de travail qui ne sera plus limitée à 15 jours. Au-delà de cette durée, nous devions orienter nos patientes vers leur médecin référent.

La prescription des bilans et le traitement des IST (infections sexuellement transmissibles) chez les femmes et leurs partenaires participe également à la reconnaissance de notre profession et à son évolution.

Pour aller plus loin
> Sages-femmes : que change la loi Rist ?

Qu'est-ce qui vous paraît le plus important dans la relation entre le patient et le professionnel de santé ?

C’est indiscutablement la relation de confiance, d’égal à égal entre le patient et le professionnel de santé, sans hiérarchie.

Il s’agit de prendre en charge la patiente dans sa globalité et de tenir compte des problèmes psychologiques : l’objectif est qu’elle se sente mieux en sortant de la consultation, que son éventuelle détresse psychologique ait été prise en compte et qu’il ait été répondu à ses questions, avec empathie.

C’est une véritable prise en charge humaine.

Comment abordez-vous la responsabilité que vous encourez en tant que sage-femme ?

La pression médico-légale qui pèse de plus en plus sur les professionnels de santé impose des évolutions dans notre façon de travailler. Depuis mon arrivée dans le service il y a 9 ans, je suis par exemple plus vigilante dans la tenue des dossiers médicaux ainsi que dans la traçabilité de la prise en charge de mes patientes. Tout est minutieusement consigné.  

Cette pression médico-légale nous incite parfois à agir selon le principe de précaution en réalisant certains actes par prudence, pour tenter de nous prémunir contre toute mise en cause, alors que ce n’est pas forcément nécessaire dans certains cas : bilans sanguins, appel du médecin de garde alors que, parfois, l’interrogatoire médical et l’examen clinique pourraient suffire à établir un diagnostic…

Je suis consciente des risques de mon métier mais je n’y pense pas continuellement, sans quoi je ne pourrais plus travailler sereinement. J’ai la vie de deux personnes entre mes mains : la mère et son bébé. Les enjeux vitaux sont importants.

Le plus difficile reste de déterminer le moment où il est nécessaire d’appeler le gynécologue de garde (ni trop tôt, ni trop tard) pour ne prendre aucun risque et réussir à gérer la prise en charge médicale et l’accompagnement humain en même temps.

- Nous remercions Claire pour sa disponibilité et son partage d'expérience -

Le Centre hospitalier public de Saint-Denis est organisé principalement autour de 2 hôpitaux :

  • L’Hôpital Delafontaine qui bénéficie d’un centre de périnatalité de niveau 3 c’est-à-dire que le service de maternité dispose d’une unité de réanimation néonatale en plus d'une unité d'obstétrique et d'une unité de néonatalogie avec soins intensifs.
  • L’Hôpital Casanova avec une capacité de 819 lits et places. Ce centre propose des services d’hospitalisations et de consultations en médecine, en chirurgie, en obstétrique, en gériatrie, pédopsychiatrie mais également une unité dédiée aux urgences, soutenue par un service mobile d’urgences (SMUR) que régule le SAMU 93.
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L’auteur

Claire d'Arcangues

Sage-femme à l'hôpital Delafontaine - St-Denis

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