Mission de renfort en Guadeloupe en anesthésie-réanimation : le témoignage du Professeur Mertès

Le 27.10.2021 par Pr Paul-Michel Mertès, chef du pôle d'anesthésie réanimation et médecine périopératoire du CHU de Strasbourg
Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
Mission de renfort en Guadeloupe en anesthésie-réanimation

Le Professeur Paul-Michel Mertès, chef du pôle d’anesthésie réanimation et médecine périopératoire du CHU de Strasbourg, s’est porté volontaire pour intervenir en renfort en Guadeloupe en août-septembre 2021, dans un contexte de vague épidémique majeure.
Il nous raconte son expérience.

Quelles raisons vous ont conduit à vous porter volontaire pour cette mission ?

Juste au moment où je m’apprêtais à les contacter pour proposer mon aide, j’ai été sollicité par des amis médecins militaires et militaires retraités qui étaient venus en renfort à Mulhouse, lors de la première vague en mars-mai 2020, pour ouvrir une antenne supplémentaire. Ils m’ont proposé de participer à l’ouverture d’une unité éphémère de réanimation à Pointe-à-Pitre.

J’ai tout de suite accepté, et je suis parti dans le cadre d’une mission, sous le régime de la réquisition. J’étais accompagné d’un autre médecin de mon établissement (Dr Levy, médecin responsable de l’unité fonctionnelle d’anesthésie cardio-vasculaire et thoracique) et d’une interne en anesthésie-réanimation.

Sur place, nous avons constitué une équipe de cinq médecins ayant pour mission de monter une unité de 20 lits de réanimation

Quelle était la situation à votre arrivée ?

Nous nous sommes d’abord rendus au CHU de Pointe-à-Pitre pour recevoir les consignes quant à l’ouverture de l’unité à laquelle nous devions travailler, et notamment quels allaient être les critères d’admission en réanimation. Nous avons visité les unités créées dans l’hôpital et nous sommes mis d’accord sur la meilleure manière de développer l’activité. 

Le CHU était "plein", de sorte que l’unité éphémère a été installée dans la Polyclinique de Guadeloupe, proche du CHU, où nous avons installé les lits de réanimation et créé une unité ex nihilo. Nous étions secondés par les deux anesthésistes réanimateurs et les deux cadres IADE de l’établissement. La clinique disposait déjà de moyens renforcés puisqu’elle avait accueilli le service de pédiatrie du CHU après l’incendie qui y était survenu en 2017. 

L’installation des lits et du matériel s’est faite au fur et à mesure de leur livraison. 

La coopération public/privé a vraiment été excellente. L’équipe était réduite mais motivée et désireuse de trouver des solutions, avec beaucoup de bonne volonté. 

Y a-t-il eu des difficultés d'acheminement du matériel depuis la métropole ?

Il n’y avait pas de stock de matériel sur l’île, à l’exception de respirateurs de très bonne qualité dont nous avons pu nous servir d’emblée. Puis, des lits de réanimation sont arrivés.

L’acheminement a été globalement rapide, mais le matériel arrivait en pièces détachées au port, puis était acheminé et monté, ce qui prenait du temps. En attendant, nous utilisions les "moyens du bord" disponibles à la clinique. 

L'unité de 20 lits a-t-elle été remplie rapidement ?

Quand je suis parti le 2 septembre après 12 jours, 12 lits étaient déjà installés complètement et ont pu être utilisés. 

A présent, avec le retour au calme auquel nous assistons depuis quelques jours, l’unité va être fermée. La vague a été brutale, mais la décroissance semble actuellement très rapide.  

Ne serait-il pas souhaitable de pérenniser ces unités, dans la perspective de nouvelles vagues de l'épidémie de Covid-19, voire de nouvelles pandémies ?

Aucun système de santé ne peut être calibré pour supporter et absorber une situation comme celle que nous avons vécue lors du pic de cette nouvelle vague.

Je crois vraiment qu’il faut concevoir les hôpitaux de manière modulaire, avec par exemple des circuits de débit de gaz qui permettent d’installer ce genre d’unité très rapidement. Dans l’unité que nous avons créée en Guadeloupe, le réseau de distribution ne permettait pas des débits suffisants de gaz pour réaliser une oxygénation à haut débit sur une trentaine de malades, elle était clairement sous-dimensionnée. 

De manière générale, je plaiderais pour davantage de lits (déjà rendus nécessaires, en dehors de tout contexte épidémique, par le vieillissement de la population), davantage de maintien des compétences, davantage de coopérations public/privé

On a assisté, et on assiste encore, à des transferts de patients vers la métropole avec de longs vols et une grosse mobilisation de moyens. Cette solution vous paraît-elle viable ?

Les patients transportables ne sont pas les plus graves. Ce peut être une arme de régulation des flux, mais c’est insuffisant en cas d’afflux de patients très graves.

Ces transferts ont indéniablement aidé, mais ils ne me semblent pas être une réponse stratégique pertinente à eux seuls.

Quels sont les faits marquants que vous retenez de cette expérience ?

En Guadeloupe et Martinique, contrairement à la métropole où on a pu l’éviter, il a fallu limiter l’accès à la réanimation pour certains malades et faire des choix très difficiles. C’était nouveau et déstabilisant pour moi, car dans le Grand Est, même au plus fort de la première vague, nous n’avions jamais eu à opérer ce type de choix. Nous avons toujours réussi à maintenir des critères d’admission raisonnables. 

Outre-Mer, les choix étaient très bien organisés, avec une cellule éthique et une collégialité des décisions, mais les critères étaient très restrictifs. C’est une situation à laquelle les médecins militaires peuvent être habitués, mais qui était inédite pour moi.

Autre point marquant : le fatalisme que l’on pouvait ressentir chez certaines familles de patients. Heureusement, contrairement à ce qui avait été décidé en métropole au plus fort de la première vague, les familles étaient admises à visiter leur proche (une personne par jour), ce qui facilitait les échanges avec elles. 

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
Les solutions MACSF
RCP-PJ

Indispensable pour vous défendre en cas de mise en cause, le contrat RCP-PJ facilite le règlement de vos litiges d'ordre privé ou professionnel.

Formations

Nos juristes et médecins vous proposent un large choix de formations adaptées à votre situation professionnelle.

Le plus : elles sont illustrées par l'analyse des situations réelles issues de nos dossiers.

À lire aussi

Coronavirus : toute l’information médico-juridique dédiée aux professionnels de santé

Plus que jamais mobilisée à vos côtés, la MACSF vous donne des informations, analyses et conseils d'experts pour vous aider dans votre exercice...

Anesthésiste

Responsabilité civile professionnelle de l'anesthésiste-réanimateur

Anesthésistes, retrouvez dans ce dossier ce qu'il faut savoir sur votre responsabilité médicale. Quels sont les risques encourus dans votre...

La communauté MACSF

Un forum avec des professionnels de santé prêts à échanger sur vos pratiques professionnelles, votre mode d’exercice ou votre matériel…

Solliciter la communauté

L'application MACSF

Accédez à votre espace personnel et toutes ses fonctionnalités sur votre mobile !

Les newsletters

Recevez toute l’actualité sur votre profession/spécialité ainsi que nos offres dédiées.

S'abonner