Comment bien vieillir dans la Sarthe : Interview du Dr Audrey Bidault-Diallo

Le 04.11.2019
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Vieillir dans la Sarthe

En tant que médecin généraliste et gériatre, Audrey Bidault-Diallo sait que pour bien vieillir, mieux vaut être informé et préparé le plus tôt possible. Elle sait aussi que ce n’est pas souvent le cas. Alors avec d’autres professionnels de santé de sa région, elle a décidé d’agir pour prévenir. Via un site internet, www.bien-vieillir-en-sarthe.org, mais aussi via des Journées de prévention gratuites et une association, Prévention Fragilité Bien Vieillir. Et pour ça, elle n’a pas hésité à changer de vie.

Interview :

Pourquoi avoir décidé d’agir pour le bien vieillir, en particulier au départ sous la forme d’un site internet ?

Je travaille avec de nombreux professionnels de santé dans différents domaines (infirmières, psychologues, ergothérapeutes, assistantes sociales, etc.). Ensemble, on a constaté que nous intervenions souvent trop tard dans le parcours des patients en difficulté, qui arrivaient dans des situations déjà avancées de dépendance. Nous nous sommes dit qu’il faudrait que tout le monde ait accès le plus tôt possible à des conseils et des ressources pour bien vieillir. D’où l’idée d’une plateforme internet dédiée à la prévention.

C’est un outil qui peut surprendre, puisqu’on sait que les plus âgés n’accèdent pas forcément facilement à internet. Mais notre but est d’intervenir très en amont, sur des populations de jeunes seniors ou d’aidants et même encore plus tôt que ça. Par exemple, en allant dans les écoles parler de la nutrition, puisqu’elle joue un rôle dans le vieillissement.

L’intérêt d’une plateforme internet, c’est qu’elle permet de regrouper toutes les infos utiles au même endroit, au lieu qu’elles soient disséminées sur différents documents.

Justement, on trouve quoi, sur www.bien-vieillir-en-sarthe.org ? Quelle est la mission du site ?

On fait à la fois de la « prévention primaire », avec des conseils destinés à éviter les problèmes liés au vieillissement, et puis de la « prévention secondaire », quand les problèmes surviennent, pour savoir comment les résoudre et vers qui se tourner.

On sait que certains facteurs sont importants pour bien vieillir : garder un lien social, continuer à vivre des expériences nouvelles, adapter son logement pour pouvoir rester chez soi, continuer à faire de l’activité physique, bien manger, stimuler sa mémoire, bien dormir, garder un bon moral, etc.

Si ces éléments sont négligés, ils peuvent peu à peu entraîner une perte d’autonomie. Alors que si on agit sur ces facteurs, on peut revenir assez vite dans le vert.

L’objectif de notre plateforme est de donner au public des conseils sur ces différents aspects du « bien vieillir », selon un déroulé assez simple, et de lui présenter différents acteurs du territoire proposant des services et des activités en lien avec tout ça.

Comment vous sélectionnez les acteurs en question ?

J’en connais déjà pas mal de par mon travail, mais il en reste beaucoup à référencer. Comme on ne veut pas que la plateforme devienne un dictionnaire, on sélectionne. Et dès qu’on en identifie de nouveaux, on essaie de les rencontrer. On essaie aussi de bien les décrire sur la plateforme, pour que les gens s’orientent facilement.

Le but, c’est d’arriver à créer un maillage efficace. Parce qu’on sait qu’une fois le public adressé à un acteur de ce maillage, étant tous connectés, on arrivera à trouver des solutions pour une personne en demande.

En complément de la plateforme, vous organisez des Journées de prévention gratuites, c’est bien ça ?

Oui, la première a eu lieu en 2017, sur le thème du sommeil. Cette année, on a aussi abordé la thématique de la nutrition. Le but de ces Journées, qu'on organise avec d’autres acteurs du territoire, c’est que le grand public puisse mettre en pratique, rencontrer des professionnels, leur poser des questions, etc.

On fait en sorte que lors de ces Journées, les participants soient les plus actifs possible. Donc en plus d’une conférence médicale, on propose des ateliers sur différents sujets : l’impact des médicaments sur le sommeil, la chambre à coucher idéale, les méthodes naturelles pour mieux dormir, une initiation à l’auto-hypnose, etc.

On en profite pour mettre en avant des acteurs proposant des activités intéressantes, pour que les gens sachent que ces ressources existent et puissent y accéder. Par exemple, le Comité Départemental Olympique, qui propose des séances de sport gratuites adaptées, des associations locales qui aident à l’aménagement du logement, etc.

Ça permet de nous faire connaître tous et d’avoir un impact plus important. On en revient à cette question du maillage…

Pour concrétiser tous ces projets, vous avez créé une association, Prévention Fragilité Bien Vieillir. Elle compte combien de membres et quel est leur profil ?

Notre équipe est composée de 7 bénévoles permanents : une infirmière, une ergothérapeute/kinésithérapeute, deux psychologues, une assistante sociale, moi-même… et ma mère, professeur d’informatique, qui s’occupe de la communication.

On est tous complémentaires, donc on essaie de travailler en pluridisciplinarité. Moi, en tant que Présidente, je joue un peu le rôle de chef d’orchestre de l’équipe.

L’association est toute jeune (2016), mais de nouveaux bénévoles nous rejoignent petit à petit et viennent nous aider ponctuellement sur nos journées.

D’après ce que j’ai compris, créer et gérer une association vous a poussés bien au-delà de votre zone de confort ?

En effet. Le reste nous paraissait assez simple à mettre en place, parce que c’était déjà notre quotidien. Mais gérer une association, aller chercher des financements, savoir comment remplir les dossiers, remplir un budget, chercher des bénévoles… Tout ça, ça n’est pas facile. Avec ma collègue infirmière et trésorière de l’association, on a passé des soirées entières à aller à des formations pour comprendre comment faire.

50% de l’activité de l’association passe dans la logistique. C’est très chronophage. Et comme on n’est jamais sûrs que les financements soient renouvelés d’une année à l’autre, s’organiser de façon pérenne n’est pas toujours évident. Donc, on investit tous pas mal de temps et d’argent. Mais c’est tellement important et c’est une telle source de satisfaction, qu’on continue.

Vous avez même dû diminuer votre activité salariée pour pouvoir vous consacrer à l’association, je crois ?

Oui ! Quand on a démarré, j’étais en poste à l’hôpital et j’avais déjà réduit mon temps de travail pour développer l’association. Mais par la suite, j’ai décidé de quitter mon poste et de faire uniquement des remplacements, pour avoir le temps et les moyens financiers de m’occuper du projet.

Ça été un vrai changement de vie, mais je m’éclate. Parce que cette structure nous permet de monter les projets qui nous tiennent à cœur comme on le veut. Elle nous donne une liberté et une souplesse qu’on n’a pas forcément dans d’autres structures.

Quel premier bilan dressez-vous aujourd’hui de cette aventure ?

Ultra positif. On est très heureux que le public adhère. Pour l’instant, notre action reste à petite échelle et on voudrait faire beaucoup plus, bien sûr, mais on se dit que si on aide à changer les choses pour quelques personnes, ce sera déjà ça.

Avec ce projet, on a l’impression d’être utile, d’être auprès des gens et on espère avoir un impact positif pour eux. Entendre « J’ai pu arrêter certains médicaments » ou « J’ai changé mon type d’alimentation », voir quelqu’un commencer une activité physique ou une prise en charge à la suite d’une de nos Journées… Tout ça, ce sont des réussites pour nous.

Est-ce que vous avez découvert des choses sur vous, que vous ignoriez avant de vous lancer dans ce projet ?

Oh oui ! Ça apprend sur soi et sur les autres. On apprend à ne plus avoir de limites. Et on découvre qu’on est capable de faire beaucoup plus de choses qu’on ne le pensait.

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