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Vagues de chaleur à répétition, pathologies émergentes, infrastructures inadaptées : le dérèglement climatique bouleverse le quotidien des soignants. Alors que les services sont déjà sous tension, le personnel médical et paramédical fait face à de nouveaux défis qui complexifient leur exercice. Panorama de l'impact de cette situation sur leur quotidien.
Fortes chaleurs : l'augmentation de l'activité médicale
Les épisodes climatiques extrêmes induits par la montée des températures impactent particulièrement le secteur de la santé. L'intensification et l'allongement des vagues de chaleur ont un effet direct sur la charge et la nature du travail des soignants. Durant ces périodes, les professionnels de santé, et notamment les personnels des services d'urgence, sont fortement sollicités pour des cas d'hyperthermie et de déshydratation.
Selon un rapport de l’OMS datant de 2025, ces épisodes entraînent également une augmentation des troubles rénaux et neurologiques.
Lors des vagues de chaleur intervenues entre 2014 et 2022, Santé publique France a recensé 33 000 décès liés à la chaleur, majoritairement au sein des populations âgées. Un tiers des décès concernaient cependant les moins de 75 ans. En août 2025, au plus fort de la canicule, ce sont près de 300 passages aux urgences par jour pour des pathologies directement liées à la chaleur qui ont été recensés par l’indicateur iCanicule, dans les départements touchés par les vigilances orange et rouge.
L'évolution des pathologies liées au climat
Le changement climatique favorise l’émergence de nouvelles pathologies et renforce la prévalence d’autres. L’allongement de la saison pollinique accentue l’intensité des pollens et la pollution atmosphérique : autant de conditions propices au développement des allergies et des pathologies respiratoires.
La hausse des températures contribue aussi à l’expansion de maladies à transmission vectorielle jusqu’alors absentes du territoire métropolitain.
On relève des cas autochtones de dengue, du chikungunya et du zika, qui s’expliquent par la présence du moustique tigre désormais attestée dans plus de 70 départements français. Récemment apparues sur le territoire, ces pathologies nécessitent une vigilance accrue et une familiarisation continue des soignants.
L'éco-anxiété, nouveau défi de santé mentale en France
Par leur violence et leur impact sur la santé, comme sur les habitats et les infrastructures, les tempêtes, inondations et vagues de chaleur liées au dérèglement climatique ont une incidence sur la santé mentale des populations.
De plus en plus présente, l'éco-anxiété requiert une prise en charge adaptée. Les données récentes montrent l'ampleur de cette problématique :
- 2,1 millions de Français sont très fortement éco-anxieux (1),
- plus d'un Français sur deux, âgé de 16 à 25 ans, se dit très ou extrêmement inquiet du changement climatique (2),
- 35 % des Français affirment que l’éco-anxiété a un impact négatif sur leur façon de vivre (3).
Face à ces patients en demande, quatre psychologues et psychiatres sollicitent la mise en place de politiques publiques plus ambitieuses, sur le plan environnemental, mais aussi en matière de santé publique.
Les évolutions possibles pour faciliter l'exercice des soignants
Améliorer le confort thermique des établissements
Cette nouvelle réalité climatique bouleverse radicalement l'exercice du métier de soignant et met à rude épreuve un système de santé déjà fragilisé.
En plus de la gestion des patients, les équipes médicales doivent travailler dans des lieux de travail souvent non adaptés à ces épisodes extrêmes. Salles d'attente surchauffées, situation de sous-effectif, manque de lits disponibles et absence d'équipements de refroidissement compliquent fortement la prise en charge.
Dans le secteur de la grande vieillesse, par exemple, l’état des lieux établi en 2024 est alarmant : seuls 13 % des EHPAD disposent d'un système de rafraîchissement et 60,7 % sont thermiquement inconfortables.
Face à cela, des mesures fortes doivent être engagées en faveur de la rénovation énergétique de tous les établissements de santé. Ce défi implique des décisions d'investissement relevant du législateur, des ARS et des directions d'établissements. Son coût est estimé entre 27 et 67 milliards d’euros sur la période 2025-2050.
Intégrer la santé-climat dans les cursus
Pour être en mesure de répondre aux défis posés par le climat, les professionnels de santé doivent y être formés. Cela implique une évolution des cursus et l’intégration d’enseignements spécifiques. Malgré l’introduction depuis 2023 d’un module de six heures sur la santé environnementale en deuxième ou troisième année de médecine, la formation dans ce domaine reste insuffisante.
Une étude conduite auprès de 3 400 étudiants en santé indiquait que moins d'un tiers bénéficiait d'un enseignement sur les enjeux climatiques et environnementaux, alors que 84 % des étudiants se disaient inquiets pour l’avenir du système de santé face aux enjeux climatiques.
Améliorer la coordination ville-hôpital
L’adaptation du système de santé passe aussi par la mise en place de mécanismes de coordination des acteurs avec un renforcement du maillage ville-hôpital. Médecins généralistes et maisons médicales jouent un rôle central pour assurer l’efficacité de ces mécanismes et la fluidité du parcours de soins lors des périodes de crise.
Pourtant, les difficultés de coordination persistent. Selon la Cour des Comptes (novembre 2024), une meilleure organisation de la médecine de ville et un accès facilité à l'offre de soins non programmés seraient nécessaires. Des initiatives émergent sur le terrain : l'AP-HP a ainsi développé la plateforme Direct AP-HP dont le nombre d'utilisateurs a doublé en 2025, passant de 2 500 en janvier à 5 060 en novembre, facilitant la coordination entre professionnels de ville et services hospitaliers.
Face aux évolutions climatiques et à leurs effets sur la santé, les professionnels de santé sont appelés à s’adapter et à anticiper de nouveaux enjeux sanitaires. Plus que jamais, ils ont besoin de soutien, de moyens et de reconnaissance. La MACSF réaffirme son engagement aux côtés des professionnels de santé dans cette transition écologique indispensable en investissant plus de 6 milliards d’euros dans la lutte contre le dérèglement climatique à fin 2025.
(1) https://www.vie-publique.fr/rapport/298255-eco-anxiete-en-france-etude-2025
(2) https://www.ifemdr.fr/chiffres-cles-sur-leco-anxiete/