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Kinésithérapeute : comment le métier évolue-t-il face aux nouveaux besoins de santé ?

Kinésithérapeute : comment le métier évolue-t-il face aux nouveaux besoins de santé ?

Publié le 02/10/2026

Démographie en hausse, inégalités territoriales, vieillissement de la population, prévention, accès direct aux soins… Le métier de kinésithérapeute connaît de profondes transformations. Sébastien Guérard, président de la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR) et kinésithérapeute praticien, dresse un état des lieux de la profession pour Ça ira mieux demain, le podcast MACSF qui explore les futurs de la santé.

 

Des effectifs en hausse mais une répartition territoriale inégale 

CIMD : La France compte aujourd’hui environ 105 000 kinésithérapeutes et les projections annoncent près de 133 000 professionnels à l’horizon 2040. Comment analysez-vous cette dynamique démographique ? 


Sébastien Guérard : La dynamique est très forte et elle n’est pas nouvelle. Depuis une trentaine d’années, le métier attire beaucoup de jeunes. Les capacités de formation étant limitées en France, certains vont se former à l’étranger, notamment en Espagne, en Roumanie, en Belgique ou en Suisse, avant de revenir exercer en France. 

Cette croissance est évidemment une chance pour l’accès aux soins. Mais elle pose aussi des questions de soutenabilité économique, puisque chaque professionnel supplémentaire génère mécaniquement de nouveaux besoins de prise en charge. 

Surtout, le véritable sujet aujourd’hui est celui de la répartition territoriale. 

 

CIMD : Des dispositifs ont été mis en place pour essayer de rééquilibrer cette répartition. Est-ce que cela fonctionne ? 


Sébastien Guérard : Des dispositifs conventionnels cherchent à la fois à encourager l’installation dans les zones les moins dotées et à limiter les nouvelles installations dans les zones déjà très pourvues. 

Mais le dispositif est encore récent et il est trop tôt pour mesurer pleinement son efficacité. On constate même que certaines zones considérées comme non prioritaires ont tendance à s’élargir. Nous sommes donc encore loin d’un véritable rééquilibrage entre les territoires. 

 

Vieillissement, sédentarité, maladies chroniques : les besoins de soins évoluent

CIMD : Le vieillissement de la population et les nouveaux modes de vie transforment les besoins de santé. Qu’est-ce que cela change concrètement pour les kinésithérapeutes ? 


Sébastien Guérard : Les patients que nous accompagnons aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ans et cette transformation est très rapide. 

La sédentarité, l’obésité ou encore le télétravail génèrent de nouvelles problématiques : mauvaises postures, manque d’activité physique, stress… Tout cela contribue notamment au développement des troubles musculo-squelettiques. 

À cela s’ajoute l’explosion des maladies chroniques et le vieillissement de la population. La France compte aujourd’hui environ 1,3 million de personnes de plus de 85 ans et ce chiffre devrait atteindre 5 millions à l’horizon 2040. 

 

CIMD : Comment la profession s’adapte-t-elle à cette augmentation des besoins ?
 

Sébastien Guérard : Les kinésithérapeutes élargissent notamment leurs horaires pour répondre à la demande. Mais cela ne suffit pas. 

Il y a surtout un paradoxe concernant les soins à domicile. Le vieillissement de la population devrait conduire à davantage de prises en charge au domicile. Pourtant, l’activité des kinésithérapeutes à domicile diminue. 

Le problème est notamment économique : avec des revenus qui stagnent, se déplacer au domicile d’un patient représente du temps et peut être financièrement pénalisant par rapport à une activité au cabinet. Le sujet dépasse donc largement la seule kinésithérapie : il faut repenser l’organisation des soins à domicile pour permettre aux professionnels de santé d’accompagner une population qui souhaite rester chez elle le plus longtemps possible. 

 

La prévention, un nouveau rôle pour le kinésithérapeute ? 

CIMD : Face à ces évolutions, le rôle du kinésithérapeute doit-il évoluer vers davantage de prévention ? 
 

Sébastien Guérard : Oui, et cela ne va pas encore assez vite. Aujourd’hui, notre système de santé reste principalement organisé autour du soin et de la maladie. Il faut parvenir à passer à un modèle davantage tourné vers la prévention. 

Les kinésithérapeutes ont déjà un rôle dans l’éducation thérapeutique et les conseils de prévention, mais ils interviennent souvent une fois que le problème de santé est installé. Il faudrait pouvoir agir davantage en prévention primaire. 

Nous avons notamment toute notre place à l’école, pour repérer précocement certaines problématiques comme les scolioses, sensibiliser les enfants à l’activité physique et lutter contre la sédentarité. 

Nous avons également un rôle à jouer dans les entreprises, notamment pour prévenir les troubles musculo-squelettiques. La progression des arrêts de travail liés à ces troubles montre qu’il y a un véritable enjeu de prévention. 

 

« Mon Bilan Prévention » : quelle place pour les kinésithérapeutes ? 

CIMD : Le dispositif « Mon Bilan Prévention » peut-il justement contribuer à ce changement ?
 

Sébastien Guérard : La kinésithérapie doit prochainement intégrer ce dispositif. Nous sommes favorables au principe des bilans de prévention, notamment aux âges clés de la vie. Mais leur mise en œuvre doit encore évoluer. Pour réussir le virage préventif, il faut parvenir à embarquer l’ensemble des professions de santé et à construire ces dispositifs avec elles. 

 

L’accès direct : le kinésithérapeute peut-il devenir une porte d’entrée dans le parcours de soins ? 

CIMD : L’accès direct au kinésithérapeute, longtemps débattu, est désormais expérimenté. Où en est-on sur le terrain ?
 

Sébastien Guérard : La situation reste assez complexe parce que plusieurs dispositifs coexistent. 

Dans certains établissements de santé, les maisons de santé pluriprofessionnelles et les centres de santé, l’accès direct est déjà possible. Une expérimentation existe également dans le cadre des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), et des protocoles de coopération permettent par ailleurs à des médecins de déléguer certaines compétences aux kinésithérapeutes. 

Le problème, c’est que cette organisation manque encore de lisibilité. Le grand public ne sait pas forcément qu’il peut, dans certaines situations, consulter directement un kinésithérapeute. 

 

CIMD : Pourtant, les premiers retours semblent plutôt encourageants ?
 

Sébastien Guérard : Oui. Les craintes exprimées au départ, notamment sur une éventuelle augmentation de la sinistralité ou des dépenses de kinésithérapie, ne se vérifient pas dans les premières observations. 

Au contraire, lorsque les patients consultent directement leur kinésithérapeute dès l’apparition des symptômes, leur prise en charge peut être plus courte. Ils évitent parfois que le problème se chronicise avant d’arriver jusqu’au kinésithérapeute. 

 

CIMD : L’accès direct pourrait donc aussi contribuer à la prévention ?
 

Sébastien Guérard : Oui, car il permet d’intervenir plus tôt, de rassurer le patient et, si nécessaire, de le réorienter vers le professionnel de santé le plus adapté. 

Il peut également contribuer à désengorger les cabinets médicaux et les urgences. Par exemple, près de 6 000 patients se dirigeraient chaque année vers les urgences hospitalières pour une simple entorse de la cheville. 

Pour nous, le kinésithérapeute est déjà un acteur du premier recours. L’enjeu est désormais de faire connaître cette place et de la reconnaître pleinement dans le parcours de soins. 

  

Une profession déjà en pleine transformation 

La kinésithérapie fait donc face à plusieurs transformations simultanées : une démographie professionnelle en forte croissance mais encore très inégalement répartie, des patients dont les besoins évoluent, une augmentation des maladies chroniques, le vieillissement de la population et la nécessité de développer davantage la prévention. 

Dans ce contexte, la place du kinésithérapeute dans le parcours de soins est elle aussi appelée à évoluer. Accès direct, prévention, prise en charge à domicile : autant de sujets qui interrogent l’organisation actuelle du métier. 

Mais à quoi ressemblera concrètement le kinésithérapeute de demain ? Jusqu’où ira la spécialisation ? Quelle place prendront l’intelligence artificielle, les exosquelettes, la réalité virtuelle ou la télérééducation ? Et ces nouvelles technologies pourront-elles renforcer, plutôt que remplacer, la relation entre le kinésithérapeute et son patient ? 

 

Pour découvrir la vision de Sébastien Guérard sur le futur de la profession et savoir si « ça ira mieux demain », écoutez l’intégralité de l’épisode Le kiné du futur sur toutes les plateformes d'écoute.