Prise en charge somatique d’un patient avec autisme : mieux communiquer pour mieux soigner

Le 26.03.2021 par Stéphanie TAMBURINI, Juriste MACSF
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autisme

De nombreux textes légaux et réglementaires l’affirment régulièrement : l’accès aux soins doit être garanti à tous. Pourtant, les personnes en situation de handicap rencontrent encore de nombreux obstacles pour se faire soigner « comme les autres ».
Parmi elles, les personnes avec autisme, dont les troubles dans la communication et les interactions sociales ont une incidence directe sur la relation de soins. Il est donc important, pour les professionnels de santé amenés à les prendre en charge sur le plan somatique, d’adapter leur communication pour faciliter la relation soignant/patient…et se préserver d’éventuelles erreurs de diagnostic !

Une communication difficile qui peut conduire à des errements diagnostiques

La HAS a souligné les difficultés liées aux soins somatiques aux personnes ayant des troubles de la communication dès 2009, dans son rapport « Accès aux soins des personnes en situation de handicap » : « Ce type de difficultés laisse souvent les soignants démunis et induit des errements dans le diagnostic ou l’orientation, voire aboutit à des négligences passives ».

Dans le cas d’un patient avec autisme, la relation de soins est compliquée par les manifestations du trouble, qui sont très différentes d’un individu à l’autre.

  • Absence ou difficultés de communication

 Comment réaliser l’interrogatoire d’un patient autiste non-verbal ? Comment lui faire formuler clairement ses symptômes ?

  • Dérèglements sensoriels

 Bien souvent, les personnes avec autisme présentent une hypersensibilité sensorielle qui peut compliquer, voire rendre impossible un examen clinique. Comment palper le ventre d’une personne qui ne supporte pas d’être touchée, ou examiner la vision alors que toute source de lumière trop vive est intolérable ? Comment faire prendre un comprimé à quelqu’un qui ne peut consommer que des aliments mixés et ne supporte pas la moindre aspérité ? Comment dispenser des soins dentaires avec du matériel bruyant ?

A l’inverse, il peut aussi arriver que les patients avec autisme ne ressentent pas la douleur, ou de façon très atténuée, ce qui peut faire ignorer certaines pathologies.

  • Troubles du comportement face à des situations inconnues ou inhabituelles

Très attachés aux rituels et aux routines, de nombreux autistes vivent très difficilement une visite chez le médecin ou le chirurgien-dentiste. Un lieu et un interlocuteur nouveaux, un temps d’attente trop long, une lumière trop vive peuvent déclencher des crises pouvant aller jusqu’à l’automutilation ou se traduisant par des cris ou des gestes brusques.

Ces difficultés peuvent amener les professionnels de santé, par manque de connaissance du spectre autistique, par manque de temps ou de disponibilité, ou tout simplement par impuissance, à faire l’impasse sur une partie de l’examen clinique ou de l’interrogatoire. Au risque de tarder à faire le bon diagnostic, voire de passer à côté d’une pathologie.

Des moyens simples pour améliorer la communication… et faciliter le diagnostic

Communiquer avec une personne autiste ne va pas de soi pour un professionnel de santé non spécifiquement formé à ce trouble.

Il existe cependant des moyens simples, pour la plupart mis en évidence par les associations de personnes autistes et de parents d’enfants autistes, pour faciliter la consultation et éviter certains obstacles qui peuvent nuire à une communication efficace.

Tous ces moyens ne sont pas toujours envisageables, en fonction des modalités d’organisation de chaque cabinet et de la disponibilité du praticien. Mais certains peuvent être facilement mis en œuvre, car ne nécessitant que peu d’adaptations.

  • Prévenir et atténuer la « peur de l’inconnu »

- une « consultation sans soins » pourrait être organisée avant la première prise en charge, afin que le patient se familiarise avec les lieux et les personnes, lorsque la prise en charge risque d’être longue (exemple : soins d’orthodontie).

- on peut autoriser le patient ou sa famille à prendre en photo la salle d’attente ou le cabinet afin de créer des repères visuels qu’il pourra consulter avant chaque rendez-vous pour se préparer à la consultation.

  • Diminuer les temps d’attente, propices aux troubles du comportement

- il est préférable de fixer des rendez-vous en début de consultation, afin d’éviter au maximum les retards qui s’accumulent au fil de la journée.

- en cas de retard, il est important de prévenir la personne du délai estimé d’attente et, le cas échéant, de lui permettre de sortir pour revenir à l’heure où la prise en charge pourra effectivement avoir lieu. En effet, les personnes avec autisme attachent généralement une très grande importance aux horaires.

  • Prévenir et atténuer les réactions liées à une hypersensibilité sensorielle lors de l’examen clinique

- il est primordial d’annoncer au patient les gestes que l’on va être amené à faire, au fur et à mesure, et quels instruments on va utiliser, voire en faire une rapide démonstration avant utilisation. Si c’est possible, il faut veiller à éviter ou atténuer tout contact désagréable, par exemple avec un instrument froid.

- on peut baisser la luminosité afin d’éviter les agressions visuelles, dès lors évidemment que cela ne gêne pas l’examen.

  • Adapter sa communication

- l’idéal est de s’informer sur le mode de communication de la personne autiste pour voir quelles sont les informations qu’elle peut donner et celles qu’elle peut comprendre. Beaucoup de personnes autistes développant des « intérêts particuliers » (les trains, les animaux, un personnage de dessin animé, etc), il peut être intéressant de s’en servir pour établir le contact.

- de manière générale, il est préférable de poser des questions courtes et simples, voire de s’aider de repères visuels si c’est possible.

- beaucoup de personnes avec autisme supportant mal la proximité avec des inconnus, il est souhaitable de ne pas imposer de contact physique plus rapproché que nécessaire, notamment lors de l’examen. A ce stade, il peut être utile de veiller à mettre hors de portée tout objet fragile ou dangereux dont le patient pourrait se saisir lors d’une réaction de peur ou de stress.

- Il est préférable d’ignorer et de ne pas relever les éventuels réactions et propos étranges du patient et, à l’inverse, de le féliciter (s’il s’agit d’un enfant) de façon disproportionnée en cas de bon comportement.

Au prix de quelques adaptations simples, le praticien peut donc améliorer la qualité de la communication avec son patient autiste et, ainsi, aboutir plus facilement à un diagnostic fiable et une prise en charge somatique adaptée. Ces quelques efforts peuvent aussi permettre de bâtir une relation de confiance solide, et unique, avec la personne avec autisme, gage de qualité des soins.

Sites à consulter :

Rapport de la HAS rapport « Accès aux soins des personnes en situation de handicap »

Petit Guide de l’Autisme à destination des professionnels de santé, Réseau Bulle France

http://www.handident.com/

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