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Pour certaines personnes, prendre le volant n’a rien d’un geste banal. Conduire peut déclencher une peur intense et difficile à contrôler : on parle alors d’amaxophobie. Ce trouble anxieux reconnu, qui se manifeste notamment par des palpitations, des bouffées de chaleur, voire des crises d’angoisse, peut compliquer le quotidien des professionnels de santé souvent amenés à se déplacer ou de leurs patients amaxophobes. D’où vient cette peur, et comment la surmonter ? Des clés pour comprendre ce trouble et des pistes pour y remédier.
Amaxophobie : au-delà de la simple anxiété au volant
L’amaxophobie désigne une peur intense et irrationnelle de conduire, parfois même simplement de se trouver dans un véhicule. Reconnue comme un trouble anxieux, elle se distingue d’une appréhension passagère : la personne concernée sait que sa peur est excessive, sans pour autant parvenir à la maîtriser. Cette phobie peut toucher aussi bien le conducteur que le passager.
Selon l’étude PANIC de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière menée en 2022, près de 8 automobilistes sur 10 (79 %) déclarent ressentir une forme d’anxiété liée à la conduite. Un chiffre confirmé par une enquête de l’Université Gustave Eiffel (2021), qui évalue à 79 % la part des Français concernés par cette anxiété, dont 15,6 % la jugent difficile à vivre. Ces deux études portent sur l’anxiété liée à la conduite au sens large, de la simple appréhension ponctuelle à une gêne plus installée. L’amaxophobie désigne la forme la plus sévère et la plus caractérisée de cette anxiété.
Pourquoi développe-t-on une peur de conduire ?
Expériences personnelles, contexte psychologique ou environnement, plusieurs facteurs peuvent expliquer l’apparition de l’amaxophobie :
- un événement traumatique (accident vécu ou témoin, même mineur) : le cerveau a enregistré l’événement comme une menace grave et reproduit automatiquement la réaction de peur à chaque situation similaire ;
- un manque de confiance en soi et envers le comportement des autres conducteurs, parfois après une longue période sans conduire ;
- un apprentissage difficile de la conduite (stress, moniteur peu pédagogue, échecs répétés à l’examen, etc.) ;
- un terrain anxieux préexistant (anxiété généralisée, attaques de panique).
Reconnaître les symptômes de l'amaxophobie
Chez les personnes concernées, l’amaxophobie ne se limite pas à une simple appréhension. Elle se traduit par des réactions à la fois physiques, émotionnelles et comportementales, souvent intenses et invalidantes.
Ces manifestations peuvent survenir avant même de monter dans un véhicule, ou se déclencher une fois au volant. Il peut s’agir de :
- symptômes physiques : palpitations, accélération du rythme cardiaque, vertiges, bouffées de chaleur, transpiration excessive, boule dans la gorge, maux de ventre, bourdonnements d’oreilles ;
- symptômes émotionnels : peur de perdre le contrôle du véhicule, tendance à imaginer des scénarios catastrophe (provoquer un accident, blesser quelqu’un), ou encore une sensation de solitude ou de vide face à la situation ;
- comportements d’évitement : refus de prendre l’autoroute, réduction excessive de la vitesse, vérifications répétées des rétroviseurs, voire abandon total de la conduite.
Chez les professionnels de santé amenés à effectuer des visites à domicile ou à intervenir dans plusieurs établissements, ces manifestations, parfois paralysantes, peuvent perturber fortement la vie professionnelle, puisque leur activité implique des déplacements fréquents en voiture.
La crainte de prendre le volant peut alors compliquer l’organisation des tournées, rendre certains trajets particulièrement difficiles et, dans les situations les plus marquées, conduire à reporter ou à annuler des visites. Elle peut également accroître la fatigue et le stress du professionnel, tout en affectant sa disponibilité auprès des patients.
Accompagner et traiter l'amaxophobie, pour soi comme pour ses patients
Qu’il s’agisse de sa propre amaxophobie ou de celle d’un patient qui aborde le sujet en consultation, plusieurs approches permettent de surmonter progressivement ce trouble, parmi lesquelles :
- la thérapie cognitive et comportementale (TCC), qui combine restructuration cognitive et exposition progressive aux situations anxiogènes ;
- la thérapie par réalité virtuelle : avec un casque, un volant et des pédales, cette méthode innovante tend à se développer ;
- les stages spécialisés en auto-école : pour une reprise progressive de la conduite, accompagnée par des professionnels spécialement formés à ces troubles ;
- les exercices de respiration : utilisés en complément, ils aident à réduire les symptômes physiques comme les tremblements ou la sensation d’oppression.
Repérer ces signaux chez un patient, en parler sans les minimiser et l’orienter vers l’une de ces approches peut suffire à initier une prise en charge.
Au-delà de l’approche individuelle, l’amaxophobie qui touche les soignants itinérants soulève un enjeu collectif : dans les territoires déjà fragilisés par les déserts médicaux, l’incapacité à se déplacer peut compromettre la continuité des soins pour des patients qui en dépendent. Prendre en charge ce trouble anxieux, c'est aussi préserver une offre de soins de proximité essentielle à la cohésion du système de santé.
| La MACSF s’engage pour la sécurité routière des professionnels de santé La MACSF place la prévention routière au cœur de ses priorités, en proposant des ressources pour mieux comprendre et surmonter différents troubles. Parce que la sécurité sur la route est un enjeu majeur pour les professionnels de santé, son engagement inclut des actions dédiées à la prévention des risques et à l’accompagnement des conducteurs, comme en témoigne son approche responsable en matière de sécurité routière. |
Si l’amaxophobie touche tout type de conducteur, ce trouble prend une résonance particulière chez les professionnels de santé itinérants, pour qui la voiture est un outil de travail quotidien. Pour eux comme pour tous, consulter n’est pas un aveu de faiblesse. C'est un acte de prévention, au même titre que tout autre suivi de santé, au service de l’autonomie et de la sécurité.