Le burn-out chez les médecins

Le 14.11.2018 par Jean-Jacques Cristofari

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un médecin en situation d’épuisement professionnel

L’épuisement professionnel ou burn-out n’est plus un phénomène qui se cantonne au seul monde des salariés. Il atteint depuis plus d’une décennie l’univers des professionnels de santé en général et celui des médecins libéraux ou hospitaliers en particulier. L’exercice en MSP peut être de nature à mieux protéger ses membres.

La MSP, un mode protecteur du burn-out des médecins

L’Ordre des médecins s’est emparé très tôt du sujet du burn-out chez les médecins. Un « Programme Aide Solidarité Soignant » (PASS) a été lancé en mars 2018 à la Clinique Belle Rive de Villeneuve-les-Avignon par 7 associations et structures d’aide aux soignants(1) en lien étroit avec l’Ordre. Le PASS est un dispositif structuré de prise en charge de la santé des soignants. Il repose sur des pratiques harmonisées au plan national et un réseau pour apporter des réponses de proximité.

L’association MOTS (Médecins Organisation Travail Santé), créée en 2010 à Toulouse(2) et membre du programme, s’est ainsi étendue sur huit régions françaises pour accompagner plus de 160 000 médecins en situation d’épuisement professionnel. Plus de la moitié des motifs de recours à cette association sont relatifs au burn-out, selon une enquête menée en 2016.

Peu de médecins s’arrêtent pour maladie

« La souffrance des médecins a aujourd’hui atteint un point de non-retour », souligne Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des Médecins dans un récent rapport consacré au sujet(3). Ce rapport retrace les résultats d’une enquête nationale menée auprès de 25 000 médecins de différentes spécialités, âges et modes d’exercice (libéral ou salarié). Il en ressort que 22 % des répondants confient que leur santé est moyenne, et pour 3,7 % qu’elle est mauvaise.

« L’analyse territoriale de l’évaluation de l’état de santé [des médecins] selon la densité médicale met en évidence de fortes corrélations entre une santé « moyenne et mauvaise » ainsi qu’une faible densité », note le rapport de l’Ordre.

De plus presque 70% des participants qui se déclarent être en mauvaise ou moyenne santé n’ont pas de médecin référent autre qu’eux-mêmes et seulement 30% se sont arrêtés de travailler alors que leur état de santé le justifiait.

Le professionnel de santé, un patient pas comme les autres

Les conclusions du rapport du Conseil de l'ordre rejoignent celles d'une étude MACSF réalisée en avril 2018, selon laquelle 3 médecins sur 4 pratiquent l'autodiagnostic et l'automédication.

Voir l'étude

Isolé ou en MSP, la réaction des soignants n’est pas la même face à un burn-out

Ce refus de s’arrêter s’explique notamment par les difficultés que rencontrent les médecins libéraux pour se faire remplacer, en particulier s’ils exercent en zone rurale profonde ou dans des quartiers urbains réputés difficiles.

L’enquête de l’Ordre des Médecins révèle ainsi que :

  • 41% des médecins qui se sont déclarés être en épuisement professionnel ont arrêté momentanément leur activité,
  • et sur ceux qui ne se sont pas arrêtés, 68% ont renoncé à le faire alors que leur état le justifiait.

Cet arrêt est rendu plus difficile en pratique isolée. En MSP, les professionnels de santé peuvent limiter le risque de burn-out en s’accordant pour soutenir un de leurs membres, le remplacer voire l’encourager à s’arrêter, s’ils le jugent nécessaire.

La présence d’un coordinateur peut notamment faciliter cette prise en charge.

« Les différentes caractéristiques des MSP paraissent maintenant être des lieux communs mais il paraît cependant souhaitable d’insister encore sur les garanties qu’elles apportent aux jeunes confrères qui recherchent ce confort et cette stabilité et qui les rassurent », souligne par ailleurs François Arnault, délégué général aux relations internes de l’Ordre des médecins(4).

Une moindre exposition des médecins au burn-out en MSP

« Je n’ai pas connaissance que des médecins spécifiquement membres de MSP aient en particulier eu recours à une association d’entraide », confie le Dr Didier De Labrusse, médecin généraliste à Saint-Chely d’Aubrac et président du Conseil départemental de l’Ordre de l’Aveyron.

« Selon les éléments de la littérature, il paraît assez évident que les médecins généralistes exerçant en maison de santé pluriprofessionnelle sont moins exposés au risque de burn-out », note de son côté le Dr Florent Didier, auteur d’une thèse consacré au sujet(5).

Différents éléments peuvent expliquer cette moindre exposition à l’épuisement professionnel chez les soignants en MSP :

  1. le travail en équipe,
  2. la coopération médicale et interprofessionnelle,
  3. l’apport d’un secrétariat complet et efficient qui permet de mieux gérer ses activités, d’une infirmière ASALEE ou d’un coordinateur,
  4. l’accès à des outils communs,
  5. ou encore l’ambiance de travail...

Au total, en matière de burn-out chez les médecins, le chantier est immense rappelle volontiers le CNOM dans son rapport : « Il y a encore beaucoup à faire pour développer des méthodes de gestion du stress et améliorer l’organisation et l’environnement de travail », souligne ce dernier. Et ici comme ailleurs, prévenir, c’est guérir ! 

(1) Il regroupe : AAPMS (Association d’Aide Professionnelle aux Médecins et aux Soignants), APSS (Association pour les Soins aux Soignants), ARENE (Association Régionale d’Entraide du Nord Est), le réseau ASRA (Aide pour les Soignants en Rhône Alpes), ASSPC (Association Santé des Soignants de Poitou-Charentes), ERMB (Entraide Régionale des Médecins de Bretagne), MOTS (Médecin Organisation Travail Santé). Le PASS met à disposition un numéro unique d’appel : 0800 800 854

(2) MOTS : https://www.association-mots.org/ Numéro unique d’appel : 0608282589

(3) “La santé des médecins : un enjeu majeur de santé publique. Du diagnostic aux propositions”, CNOM, 2018.

(4) « Améliorer l’offre de soins : initiatives réussies dans les territoires », rapport de mission, décembre 2016

(5) « Facteurs protecteurs de l’épuisement professionnel en maison de santé pluriprofessionnelle », thèse pour le diplôme d’Etat de Docteur en médecine, déc. 2013

 

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