Ce que les grands investisseurs devront surveiller cette année

Le 03.01.2017 par SOPHIE ROLLAND

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Reprise économique, remontée de l'inflation et des taux longs, incertitudes politiques… L'année 2017 devrait encore réserver des surprises aux investisseurs.

Après une année 2016 riche en surprises , les gérants de portefeuilles abordent 2017 avec la plus grande prudence. Plus qu'au Brexit et à l'élection américaine, les marchés ont surtout réagi aux signes annonciateurs d'un raffermissement de la reprise mondiale. Les taux longs ont poursuivi leur remontée. Six mois après le Brexit, le FTSE 100 a terminé l'année à son plus haut historique. Et Donald Trump a gagné la confiance des investisseurs. Le « Trump rally » va-t-il se poursuivre ? Passé le test des premières semaines, les investisseurs risquent d'être confrontés à de nombreux défis. En voici quelques-uns.

Un nouveau régime obligataire

La hausse des taux d'intérêt à long terme entamée au second semestre a toutes les chances de se poursuivre. Toute la question, pour les gérants, est de savoir jusqu'où. Dans les portefeuilles obligataires, le portage procuré par certaines classes d'actifs devrait permettre de continuer d'engranger des performances positives, même en cas de remontée des taux. « C'est notamment le cas du "high yield" américain ou européen ainsi que, dans une moindre mesure, du crédit de bonne qualité », signale Ibrahima Kobar, codirecteur des gestions en charge des taux chez Natixis Asset Management (NAM). « Deux facteurs joueront : le portage rapporté au risque et la corrélation avec les bons du Trésor américains. La dette émergente, la dette émise par le secteur financier et les obligations indexées sur l'inflation devraient être favorisées dans les portefeuilles, même s'il faudra rester sélectif », renchérit Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Peu de professionnels adhèrent au scénario d'une grande rotation des obligations vers les actions. En revanche, la rotation sectorielle entamée ces derniers mois, des valeurs défensives vers les valeurs cycliques - notamment les financières - pourrait se poursuivre au moins début 2017. « La croissance attendue des bénéfices par action des valeurs pétrolières est particulièrement attrayante », souligne Yves Maillot, directeur des gestions actions européennes chez NAM. Selon lui, la seconde partie de l'année pourrait être marquée par un retour vers les secteurs défensifs les plus lourdement attaqués récemment comme la pharmacie et l'alimentation-boisson.

Un contexte politique incertain

Jusqu'ici, les marchés ont choisi d'ignorer les incertitudes liées aux surprises politiques, mais en 2017 ils pourraient déchanter. « Les baisses d'impôt, le plan de relance des infrastructures et les incitations pour les entreprises à rapatrier leur cash sont en partie bien intégrés dans les cours. En revanche, ce qu'implique la rhétorique protectionniste de Donald Trump n'a pas été pris en compte par le marché », indique Roland Kaloyan chez Société Générale CIB. Le coresponsable de la stratégie actions européennes conseille donc de miser sur des secteurs de consommation cycliques offrant une bonne visibilité et de préférence une exposition à la demande domestique dans la zone euro, « en restant à l'écart des valeurs qui ont déjà bien progressé ces dernières années ». « Le contexte de marché est favorable aux secteurs automobile et media. » Les indicateurs économiques des prochains mois devraient également permettre de commencer à évaluer l'impact réel du Brexit sur l'économie britannique. Et, du côté des échéances électorales, la montée des populismes, si elle se confirme, pourrait à nouveau entraîner des accès de volatilités.

Le retour de l'inflation

Jamais, depuis la crise, les risques d'une remontée de l'inflation n'avaient été aussi élevés. Pour Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez NAM, la dynamique d'inflation est toutefois limitée et le rythme de hausse des prix devrait rester « en dessous ou au voisinage de la cible de 2 % des banques centrales ». Le prix du pétrole reste la principale inconnue. « Il reste à démontrer que l'accord sur la production pétrolière sera effectivement respecté dans un cadre où la demande est modérée et les stocks très abondants. » Mais si les craintes de « Trumpflation » - un cocktail de croissance et d'inflation - sont probablement déjà bien intégrées dans le niveau des taux longs, les risques inflationnistes font néanmoins partie des sujets de vigilance souvent évoqués par les gérants. « L'inflation sera tirée par la politique budgétaire américaine, les tensions sur les salaires, la dissipation des pressions déflationnistes en Chine et potentiellement la mise en place de mesures protectionnistes », explique Nadège Dufossé, responsable de l'allocation d'actifs chez Candriam. Conséquence ? « Nous sommes surpondérés sur les emprunts d'Etat indexés sur l'inflation, nous réduisons les durations et favorisons les actions. »

L'endettement en Chine

La Chine est peu à peu sortie du radar des investisseurs. La bulle du crédit reste cependant d'actualité comme le rappellent régulièrement les institutions internationales. Le niveau des créances douteuses au bilan des banques atteint des sommets, sans parler de l'essor des prêts cachés. « Il n'y a aucun moyen de savoir si 2017 sera l'année de l'éclatement de la bulle du crédit chinoise, mais il s'agit du risque le plus important que nous identifions pour 2017, même si notre scénario est plutôt optimiste », indiquent David Lafferty et David Reilly, en charge de la stratégie d'investissement de NGAM

La liquidité des portefeuilles

La bonne tenue des actions et des obligations étant conditionnée à l'ampleur de la remontée des taux, les investisseurs diversifient de plus en plus leurs portefeuilles. « Les perspectives de rendement des actifs traditionnels comme les actions et les obligations sont faibles. Les stratégies alternatives comme le long short ou les stratégies macro offrent davantage d'opportunités », selon Goldman Sachs AM. Autres classes d'actifs prisées des sociétés de gestion : l'immobilier, l'infrastructure ou la dette privée… Le problème ? Beaucoup d'investisseurs ont ainsi accumulé des poches d'illiquidité. Or, l'exemple des fonds immobiliers britanniques au début de l'été l'a montré : dans des marchés agités, celles-ci peuvent se révéler extrêmement délicates à gérer.

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