Chirurgiens-dentistes : les nouveaux risques issus de la crise sanitaire

Le 24.05.2020 par Dr Hélèna Deharvengt, Chirurgien-dentiste conseil MACSF
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chirurgien-dentiste déconfinement

Toute nouvelle situation entraîne de nouveaux risques, de nouveaux écueils.
Le risque de contamination ou de transmission du Covid-19, auquel les chirurgiens-dentistes seront particulièrement exposés, a fait l’objet de recommandations issues d’un remarquable travail de sociétés savantes et d’experts réunis en groupe de travail constitué à l’initiative du CNOCD.
Le nombre de conseils est important et leur application plus ou moins facile.

Les impacts du confinement dans le domaine bucco-dentaire

La mise en œuvre des recommandations dans un contexte économique et sanitaire critique de santé bucco-dentaire de nos patients, aggravée par un confinement de 2 mois sans consultation possible hors cas d’urgence avéré, viendra impacter les performances du système de soins en :

  • le poussant aux limites de son fonctionnement économique et social,
  • testant son acceptabilité pour les intervenants.

 Dans ces conditions, un nombre plus important de transgressions des règles est à craindre.

Reprise d’activité des chirurgiens-dentistes : quelles seront les difficultés rencontrées ?

La reprise va s’avérer difficile et complexe. 

Les chirurgiens-dentistes auront à revoir les priorités et reprendre les commandes d’une situation dégradée à plusieurs niveaux :

Plus de patients en situation d’urgence à prévoir.

Nombre de patients ont spontanément limité les consultations (et se sont éventuellement automédiqués) pour attendre le retour "à la normale" de l’activité de leur dentiste traitant. 

D’autres auront consulté les services d’urgences mais n’auront bénéficié que de soins temporaires. Le temps aura certainement joué un rôle délétère et ce qui pouvait initialement attendre ne le pourra plus.

Afin d’éviter une surcharge de travail, des créneaux horaires plus nombreux que ceux habituellement prévus peuvent être anticipés.

A ces "vraies urgences" viennent s’ajouter un nombre de patients inquiets.

Ces patients auront eu des symptômes bucco-dentaires générant des anxiétés. L’attente de la reprise et l’absence de disponibilité immédiate au moment de la reprise viendront sans nul doute aggraver leur angoisse.

Il sera essentiel d’accorder un temps, éventuellement téléphonique, pour rassurer ces patients.

Les patients dont le rendez-vous aura été brutalement annulé et dont les soins sont encore en cours.

Une prise de contact avec eux pour connaitre leur état de santé général et bucco-dentaire est conseillée afin d’éviter toute aggravation de la situation initiale.

Le plan de traitement doit être revu si nécessaire après une réévaluation clinique.

Si l’état buccodentaire s’est dégradé et ne permet plus la réalisation du traitement prévu, la déception du patient ne doit pas faire céder à sa demande.

Nous devrons faire preuve d’empathie et prendre le temps d’expliquer la situation pour conserver la confiance du patient et de bonnes relations de soins.

Les moyens financiers de certains de nos patients seront moins favorables.

Praticiens et patients seront parfois contraints d’accepter des traitements moins sophistiqués en maintenant une qualité satisfaisante (couronnes métalliques au lieu de céramiques, abandon de matériaux précieux au profit de matériaux moins nobles).

La modulation de la nature des réhabilitations ne peut être obtenue que dans une transparence absolue.

Les avantages et inconvénients de chaque alternative doivent plus que toujours être présentés.

La révision des ententes financières peut être considérée.

Idéalement elles seront formalisées par écrit (signées par le patient et le praticien). 

Il faut s’attendre à ce que certains professionnels ne reprennent pas leur activité.

Les raisons peuvent être multiples : décès, maladie, peur de la maladie, contraintes économiques, retraites anticipées….

De nouveaux salariés auront à apprendre les protocoles du cabinet.

Un temps d’apprentissage sera nécessaire, avec des erreurs potentielles. 

Pour les mêmes motifs, les prothésistes ne seront pas tous de retour.

La technique, les délais de livraison seront peut-être modifiés et les promesses faites à nos patients ne seront peut-être pas tenues, ce qui risque d’être une source de déception et de contestation. 

Les relations entre les chirurgiens-dentistes et les prothésistes doivent faire l’objet d’une attention particulière.

Il serait souhaitable que soient définis à l’avance les délais de livraisons et les modalités prévues en cas d’échec. 

Nos correspondants peuvent également être absents.

Il faudra donc s’assurer en amont de leur disponibilité avant d’avancer dans le traitement. Prévoir un plan B si la situation l’exige. 

Dans cette hypothèse, il faudra être conscient de nouveaux risques inhérents à ce nouveau contexte (ce qui allait sans dire avec le correspondant que nous avions depuis 20 ans ne va pas forcément de soi avec un praticien avec lequel nous ne sommes pas habitués à travailler).

Les conditions de travail altéreront nos performances.

Chaleur sous l’équipement, encombrement des protections, impossibilité de travailler avec les loupes habituelles, variation de température de la pièce lors des ventilations entre les rendez-vous…

Les nuisances peuvent être comprises du patient qui appréciera les efforts déployés pour le soigner.

Des inquiétudes économiques majeures pour certains praticiens.

 Des inquiétudes économiques vont sans nul doute apparaître du fait de :

  • la diminution du nombre de patients pouvant être accueillis,
  • les moyens financiers limités des patients,
  • l’absence de revenus pendant la période de confinement,
  • l’augmentation du coût des équipements.

Afin de limiter les effets de la baisse de cette rentabilité, il convient de :

  • garder le contact avec nos confrères,
  • ne pas se limiter dans l’expression de nos besoins qui seront parfois très spécifiques,
  • échanger au maximum les informations.  

A chaque séance, il nous faudra prévoir la stabilité la plus grande des soins.

En effet, à tout moment le plan thérapeutique pourrait être à nouveau interrompu par une nouvelle demande de confinement individuelle (maladie du patient ou du praticien) ou collective (deuxième vague de Covid-19).

Comment bien redémarrer l’activité ?

De manière générale, il faudra prévoir de :

  • choisir des procédures simples et adaptées,
  • simuler les protocoles et les standardiser dans la mesure du possible,
  • réévaluer (au travers de discussions entre confrères, partager le retour d’expérience) et adapter les protocoles.

La pression que nous allons subir les premières semaines après le confinement sera importante et il convient que nous soyons prêts à l’accepter et dans la mesure du possible l’anticiper.

Le tri des priorités est essentiel.

La MACSF accompagne les chirurgiens-dentistes

Nous aurions pu penser que le nombre de litiges allait diminuer du fait de l’absence d’actes réalisés pendant deux mois.

En matière de prévention des risques, il est reconnu que les nouvelles situations entraînent de nouveaux risques et donc de nouvelles erreurs, de nouveaux incidents qui dans le cadre de notre activité peuvent être découverts bien après les faits.

Pourtant notre responsabilité pourrait être engagée des années plus tard, quand la situation sera différente et vraisemblablement non comprise par celui qui en aura connaissance à posteriori.

Nous avons pleinement conscience des difficultés que les chirurgiens-dentistes vont rencontrer et avons confiance en la profession pour tout faire afin que ce contexte n’engendre pas un surcroît de réclamations et de mises en cause de la part des patients.

> La HAS a publié le 18 mai 2020 des réponses rapides sur les mesures et précautions essentielles lors des soins bucco-dentaires après le déconfinement.

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