Covid-19 et anti-inflammatoires non stéroïdiens

Le 17.03.2020 par Dr Carole Gerson, Médecin-conseil MACSF
Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
Covid-19 et AINS

Depuis le constat de cas d’infections au Coronavirus (COVID-19) sévères chez des patients jeunes, sans comorbidité mais ayant pris des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour fièvre ou douleurs sur prescription ou en automédication, le Ministère de la Santé a adressé un communiqué largement médiatisé rappelant la nécessité de ne plus prescrire ou prendre d’anti-inflammatoires en automédication en cas de fièvre. Dans le même temps, il a mis fin à leur accès en vente libre en pharmacie le 15 janvier dernier.

Anti-inflammatoires et posologie

Il a été rappelé qu’en cas de fièvre, seul du paracétamol devait être prescrit sans dépasser la dose journalière de 3 g chez l’adulte de plus de 50 kg et de 1 gramme par prise en espaçant les doses.

Des éventuelles complications dues à la prise d'anti-inflammatoires

Rappelons tout de même que dès 2018, l’ANSM, suite aux nombreux signalements de complications infectieuses graves, déclenchait une enquête auprès de deux centres de pharmacovigilance français rapportant un nombre important de complications infectieuses graves avec les deux anti-inflammatoires non stéroïdiens les plus prescrits :

  • Ibuprofene (Advil, Antarène, Brufen, Hémagène, Ibupradoll, Intralgis, Nurofen, Nureflex, Spedifen, Spifen, Upfen)
  • Ketoprofene (Profénid, Ketum, Toprec)

Les résultats rapportés dans une note d’information de l’ANSM du 18 avril 2019 étaient les suivants :

"Sur l’ensemble des cas rapportés depuis l’année 2000, 337 cas de complications infectieuses avec l’ibuprofène et 49 cas avec le kétoprofène ont été retenus après avoir pris en compte uniquement les cas les plus graves chez des enfants ou des adultes (souvent jeunes) sans facteur de risque ni comorbidité. Il s’agit d’infections sévères de la peau et des tissus mous (dermohypodermites, fasciites nécrosantes…), de sepsis, d’infections pleuro-pulmonaires (pneumonies compliquées d’abcès, de pleurésie), d’infections neurologiques (empyèmes, abcès cérébraux…) ou ORL compliquées (cellulites, médiastinites...), à l’origine d’hospitalisations, de séquelles, voire de décès.

Ces complications infectieuses (essentiellement à Streptocoque ou à Pneumocoque) ont été observées après de très courtes durée de traitement (2 à 3 jours), y compris lorsque la prise d’AINS était associée à une antibiothérapie. Elles sont survenues alors que l’ibuprofène ou le kétoprofène étaient prescrits ou pris en automédication dans la fièvre mais également dans de nombreuses autres circonstances telles que des atteintes cutanées bénignes d’aspect inflammatoire (réaction locale, piqure d’insecte…), des manifestations respiratoires (toux, infection pulmonaire…) ou ORL (dysphagie, angine, otite…)."

Il était conclu à un rôle possiblement aggravant de l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et que "ces infections, en particulier à Streptocoque, pourraient être aggravées par la prise de ces anti-inflammatoires.

Pour autant, force est de constater que ces informations n’ont pas donné lieu à une modification de la RCP relative à l’indication préconisant son utilisation comme suit :

"Il est indiqué chez l’adulte et l’enfant de plus de 20 kg (soit environ 6 ans) dans le traitement de courte durée de la fièvre et/ou des douleurs telles que maux de tête, états grippaux, douleurs dentaires, courbatures et règles douloureuses".

Force est également de constater que pour l’instant, d’autres pays de l’Union Européenne (Espagne, Autriche...) ont adopté une position totalement différente, en l'absence de preuve établie quant à l’aggravation possible d’une infection par la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens.

L’heure n’est pas à la polémique mais plutôt à la prudence, on l’aura compris.

Quels sont les risques de la prise d'anti-inflammatoires en cas d'infection au nouveau coronavirus, Covid-19 ?

Pour les patients non symptomatiques

  • Retard de diagnostic initial en masquant la fièvre, ce qui a pour corollaire de risquer de prendre moins de précautions avec l'entourage ;
  • Risque de développement plus rapide de la maladie compte tenu de l'action anti-inflammatoire qui habituellement concourt à "lutter" contre l'infection.

Pour les patients symptomatiques

  • Risque de développement plus rapide de la maladie compte tenu de l'action anti-inflammatoire qui habituellement concourt à "lutter" contre l'infection ;
  • Les données actuelles semblent être en faveur d'un possible rôle des anti-inflammatoires pris chez les patients graves en réanimation.

Bien communiquer pour minimiser les risques en période endémique

Il convient de demander aux professionnels de santé actuellement mobilisés, en particulier les médecins généralistes mais aussi les spécialistes comme tous les professionnels de santé sollicités, de continuer à relayer ces informations dans leur entourage professionnel mais aussi social sur la dangerosité potentielle de l’utilisation de ces produits en cas de fièvre.

Il faut aussi certainement insister sur les risques pris, peut-être de manière inconsidérée en utilisant ou prescrivant des AINS, en période épidémique et particulièrement face à cette épidémie à coronavirus, pour se soulager d’une douleur provoquée par une entorse, un lumbago, un mal de tête… alors que d’autres traitements sont à disposition et que certaines douleurs restent supportables.

Professionnels de santé, continuez donc à communiquer sur ce point auprès des jeunes, souvent sceptiques et se croyant naïvement immunisés du fait de leur jeunesse et de leur bonne santé et, en particulier, auprès des jeunes filles utilisant couramment des anti-inflammatoires pour se soulager des douleurs occasionnées par leurs cycles.

> Accéder aux recommandations du site du Ministère de la Santé

> Un outil pour limiter les risques de l'automédication en cas de symptômes de Covid-19

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
Les solutions MACSF
RCP-PJ

Indispensable pour vous défendre en cas de mise en cause, le contrat RCP-PJ facilite le règlement de vos litiges d'ordre privé ou professionnel.

Prévoyance des libéraux

Complétez les prestations insuffisantes de votre régime obligatoire en cas d'arrêt de travail, invalidité ou décès.

La communauté MACSF

Un forum avec plus de 500 000 professionnels de santé prêts à échanger sur vos pratiques professionnelles, votre mode d’exercice ou votre matériel…

Solliciter la communauté

L'application MACSF

Accédez à votre espace personnel et toutes ses fonctionnalités sur votre mobile !

Les newsletters

Recevez toute l’actualité sur votre profession/spécialité ainsi que nos offres dédiées.

S'abonner

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour une navigation optimale et bénéficier de contenus et services adaptés.

×