Les troubles musculosquelettiques (TMS) : comment les prévenir ? Conseils aux soignants en établissement de santé

Le 04.12.2020 par Bruno FRATTINI – Cadre Supérieur de Santé IADE – Expert en Prévention des Risques MACSF
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TMS prévention

Les troubles musculosquelettiques (TMS) affectent de nombreux professionnels de la santé, en raison notamment de la manutention des malades. Quelles sont les actions de prévention à mettre en place pour prévenir l'apparition de ces troubles ?

Sommaire

TMS : quelle démarche de prévention peut être mise en place ? >
En pratique, quelles actions de prévention pour les professionnels de santé ? >
Pour aller plus loin >

>> A découvrir sur le même thème : "Les troubles musculosquelettiques : de quoi s'agit-il ?"

Quelle sont les démarches de prévention des TMS qui peuvent être mises en place ?

En préambule, il convient de rappeler que les activités susceptibles de provoquer des TMS doivent être identifiées : pour le secteur de la Santé, c’est la manutention des malades qui génère en très grande partie l’apparition des TMS.

Le Code du Travail, dans les articles R. 4541-1 et suivants précise la réglementation sur les manutentions manuelles

Ces articles définissent les étapes suivantes :

  • Principes de prévention pour les manutentions manuelles.
  • Évaluation du risque lié à la manutention manuelle.
  • Mesures et moyens de prévention pour les manutentions manuelles.

La démarche de prévention proposée par l’INRS s’appuie sur 3 piliers fondamentaux :

  1. Une approche globale afin d’identifier tous les facteurs de risque.
  2. La participation active des acteurs concernés par la problématique.
  3. Un partage des connaissances et des compétences.

L’INRS propose également une démarche d’intervention en 4 étapes pour prévenir l’apparition des TMS :

Source INRS

Mobiliser toutes les parties prenantes 

L’engagement de la Direction est un préalable incontournable.

La démarche de prévention des TMS commence par une implication de l’encadrement et par la participation de tous les acteurs.

Cette dynamique est nécessaire et indispensable pour faire adhérer l’ensemble des parties prenantes.

La direction pourra faire appel au CHSCT (Comité d’Hygiène et de Sécurité des Conditions de Travail), le service de santé au travail, à des personnels spécifiquement formés (kinésithérapeutes, ergonomes, …) et ne devra pas hésiter à s’associer les services de partenaires externes chaque fois que les ressources internes seront insuffisantes.

Investiguer pour comprendre

C’est une étape très importante de la démarche. La bonne connaissance des situations à risque et des facteurs contributifs générant le risque n’en rendra le plan de prévention que plus pertinent.

Plusieurs approches peuvent être retenues :

  • A partir de la mesure d’indicateurs : le taux de turn-over des professionnels, l’absentéisme, les motifs d’accidents du travail, les motifs de maladie professionnelles…
  • A partir d’une démarche prospective : recueil d’informations par le biais d’outils adaptés à la thématique comme le questionnaire nordique, le protocole clinique SALTSA, en lien avec le service de santé au travail…
  • Avec l’analyse des situations de travail et l’identification des facteurs de risque au poste de travail par la compréhension de leur survenue potentielle. 

La recherche de ces facteurs passe aussi par l’observation des professionnels en activité : mesure de la répétition des gestes, maintien prolongé des postures à risque, efforts excessifs, amplitudes articulaires extrêmes, chronologie des actes…

Maîtriser le risque

Dans la continuité de la compréhension des facteurs de risque, il conviendra de modifier les situations de travail pour apporter plus d’ergonomie, et ainsi réduire les contraintes.

Cela passe par la construction d’un plan de prévention, avec les professionnels impactés, dans une dynamique collective.

Ce plan de prévention s’appuiera :

  • Sur les actions visant à favoriser l’ergonomie et à réduire les sollicitations de l’organisme à l’origine des pathologies recensées.
  • Sur des actions d’informations (pour que chacun fasse la même chose) et de formation (pour une maîtrise collective des gestuelles).
  • Sur des actions d’optimisation des organisations (aménagement des postes de travail par exemple) pour mettre en œuvre les gestes ergonomiques.
  • Sur des actions à destination des nouveaux embauchés pour que les bons gestes soient expliqués dès les premiers jours, dans l’objectif d’une appropriation optimale. 

Évaluer pour réajuster le plan de prévention si nécessaire

Cette étape doit être planifiée en même temps que les actions de prévention.

La mise en place d’indicateurs reste la règle. Ils doivent être pertinents par rapport aux objectifs fixés.

Les indicateurs concernant le suivi de l’état de santé des professionnels sont importants, mais ne seront pas suffisants pour mesurer l’atteinte des objectifs.

D’autres indicateurs en lien avec les sources d’exposition au risque compléteront ce suivi.

En pratique, quelles actions de prévention pour les professionnels de santé ?

Prendre soin de soi

Et si on pratiquait à chaque prise de poste un réveil musculaire… 

Nous l’avons tous fait… Souvenez-vous, ces exercices au début de chaque séance de sport à l’école-collège-lycée !! 

Simple et rapide d’exécution, le réveil musculaire permet de se mettre en condition pour mieux commencer la journée.

Quelques minutes sont suffisantes : pas besoin d’équipement particulier, juste un espace pour exécuter des mouvements simples.

Ils favorisent l’oxygénation musculaire et l’élimination des toxines ; les étirements stimulent la circulation sanguine et l’énergie, et permettent de conserver une bonne souplesse des articulations.

Tous ces mouvements permettent également de faire disparaître les douleurs que l’on peut ressentir le matin au réveil à partir d’un certain âge…

Enfin, ce réveil musculaire permet aussi d’améliorer les performances intellectuelles, favorise la relaxation et la concentration, et permet ainsi de mieux maîtriser son stress…

Une évaluation indispensable des charges de travail

Les managers ont un rôle primordial sur cet axe de la prévention : définir les bons effectifs pour la charge de travail évaluée.

Cette évaluation, qui peut se révéler difficile, doit être réalisée en tenant compte de la population soignée, c’est-à-dire du niveau de dépendance des patients accueillis au sein de l’unité de soins.

Mais ce calcul est fait pour une charge de travail habituelle ; il convient d’être particulièrement vigilant sur la détection des cas particuliers, c’est-à-dire sur les surcharges de travail ponctuelles, mais régulières. Il conviendra alors de décider de mobiliser des renforts en effectifs.

D’où l’importance des outils calculant en routine les charges de travail d’une unité de soins.

Mais ils sont trop peu présents dans les établissements de santé…

Ce point n’est malheureusement pas suffisamment pris en compte…

Les aides matérielles à la manutention des malades

Ce sont les équipements mis à disposition des soignants pour les aider à mieux mobiliser les malades/résidents.

Ils permettent de ménager les organismes et notamment l’appareil locomoteur

La liste est longue, mais on peut citer sans être exhaustif :

  • Le lit à hauteur variable
    Il équipe maintenant la plupart des structures de soins. Mais il n’est pas toujours utilisé comme attendu pour prévenir les TMS. Pour rappel, il convient de préciser que le lit doit être réglé à la taille du plus petit soignant…
  • Le drap de glisse
    C’est une technique qui permet une aide au transfert latéral, vertical et rotation de 90°. Il s’agit d’un tube en polyester, les 2 couches de tissu en contact coulissent les unes sur les autres. Il se place sous le corps du malade et permet de le déplacer en vue d’une sortie de lit vers un brancard par exemple.
  • Le lève-personne
    Il nécessite d’être 2 soignants pour son utilisation. Ce sont des outils indispensables pour mobiliser les malades présentant des niveaux de dépendance élevés (tétraplégie, paraplégie par exemple ou les personnes avec de grosses difficultés pour se déplacer). Le système de sangle s’adapte à toutes les morphologies. Une formation est nécessaire pour une utilisation sécure.
  • Le rail de transfert
    Il peut équiper une chambre ou toute une unité de soins. Ce rail fixé au plafond peut transférer le patient d’une chambre vers un plateau de rééducation par exemple en toute sécurité et en préservant les fonctions locomotrices du soignant. On les trouve dans les services de réanimation ou dans les services de rééducation par exemple.
  • Le verticalisateur
    C’est un équipement qui permet une aide technique pour accompagner un malade dans son mouvement de levée. Il permet à un patient, avec un aidant, de passer de la position assise à la position debout.
  • Le guidon de transfert
    C’est un appareil modulaire qui permet d’aider un patient à se verticaliser en pivotant permettant le passage du lit au fauteuil par exemple. Il favorise le redressement du patient tout en lui permettant d’être acteur de son mouvement.

La place des préventeurs

Chaque fois qu’un professionnel de santé est confronté à un contexte exposant potentiellement à un risque de TMS, il est primordial qu’il puisse demander un conseil à un personne ressource ou un expert sur le sujet.

C’est pour cela que certains établissements de santé ont favorisé la présence des préventeurs.

Un préventeur est une personne qui maîtrise le sujet et qui peut apporter des conseils, des explications sur les mesures de prévention à mettre en place face à une situation à risque.

Ces mêmes experts peuvent organiser des séances de formation sur site, dans le contexte professionnel du soignant, avec les matériels de manutention mis à leur disposition dans la dynamique de prévention initiée par l’établissement.

Ce groupe d’experts locaux est joignable via une adresse électronique communiquée à l’ensemble des soignants de la structure, et ces experts sont ainsi sollicités chaque fois que nécessaire.

Ces mêmes experts travaillent en relation étroite avec le médecin du travail et sont représentés au sein du CHSCT ou CSE pour relayer les problématiques rencontrées et ainsi orienter une politique institutionnelle de prévention.

Ces experts peuvent être des ergonomes, ou des professionnels de santé intéressés par la thématique et qui ont suivi des formations spécifiques.

Ce que l’on peut retenir

  • Une évaluation nécessaire pour détecter toutes les situations à risques.
  • Un plan d’actions de prévention concertée multidimensionnelle pour être efficace : une solution isolée n’aura jamais l’efficacité suffisante attendue. Une approche systémique permettra des résultats optimaux.

Pour aller plus loin

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