Des lésions cutanées sur les bras après une intervention de chirurgie mammaire
Une patiente âgée de 37 ans consulte un chirurgien plasticien dans le cadre d’une reprise de chirurgie mammaire. L’intervention est programmée au sein d’une clinique privée où elle est admise pour une hospitalisation.
Au bloc opératoire, l’installation est réalisée selon les pratiques habituelles du chirurgien : la patiente est placée en position assise, les bras le long du corps et maintenus à l’aide d’un drap passé sous son dos. La préparation cutanée est effectuée par application de Bétadine alcoolique à 5% (association de povidone iodée et d’éthanol).
L’intervention se déroule sans incident particulier et est menée à son terme dans les conditions prévues. Sa durée est estimée par le praticien à environ deux heures et demie.
À son retour dans sa chambre, la patiente remarque l’apparition de marques évoquant des ecchymoses sur la face interne de chacun de ses bras, au niveau du tiers supérieur.
Dans les jours qui suivent, ces lésions évoluent progressivement avec la formation de phlyctènes, puis l’apparition d’une zone centrale nécrotique entourée d’un liseré fibrineux périphérique.
Un suivi médical régulier est mis en place, associé à des soins locaux adaptés. La cicatrisation complète n’est obtenue qu’après environ cinq mois d’évolution.
Estimant avoir subi un préjudice en lien avec cette complication, la patiente engage par la suite une procédure amiable à l’encontre du chirurgien afin d’obtenir réparation.
La cause des lésions : un contact prolongé avec la Bétadine
Selon l’expert nommé dans le cadre de la procédure amiable, le dommage constaté correspond à des brûlures chimiques de deuxième degré profond, localisées sur la face interne des bras et survenues dans les suites immédiates de l’intervention. Ces lésions sont attribuées à un contact prolongé entre la peau et la Bétadine alcoolique utilisée lors de la préparation du champ opératoire. La présence du drap au contact des bras a favorisé une situation de macération, permettant au produit antiseptique de rester au contact de la peau pendant une durée prolongée.
La Bétadine alcoolique est connue pour présenter un risque de réactions cutanées en cas de macération. Sa notice mentionne notamment la possibilité de dermites de contact pouvant se manifester par un érythème, des bulles ou un prurit, ainsi que la survenue de brûlures chimiques allant du premier au troisième degré lorsque le produit demeure piégé sous le patient ou dans des zones de contact prolongé. Elle rappelle également l’importance de respecter un temps de séchage suffisant avant la mise en place du champ opératoire.
La responsabilité du chirurgien est retenue
Un manquement est retenu à ce titre par le médecin expert.
Ce dernier retient que les cicatrices sont totalement imputables à la brûlure chimique survenue par macération de la Bétadine alcoolique lors de la préparation du champ opératoire avant l’intervention chirurgicale. Il s’agit d’un geste réalisé par ou sous la responsabilité du chirurgien.
Dès lors, les postes de préjudice retenus imputables sont :
- Une période de déficit fonctionnel temporaire total de deux jours, correspondant aux passages aux urgences à deux reprises.
- Une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% pendant les 15 premiers jours après le fait générateur ; puis une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de 10% pendant 6 semaines et enfin une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de 5% de 5 mois, jusqu’à la date de consolidation.
- Les souffrances endurées sont estimées à 1,5/7 pour les souffrances liées aux brûlures et aux pansements.
- Le préjudice esthétique temporaire est estimé à 1,5/7 pour les brûlures et les pansements, le préjudice esthétique permanent 1/7 pour les cicatrices de brûlures.
La date de consolidation est fixée à 8 mois du fait générateur, 3 mois après la fin des soins.
La patiente a été indemnisée sur la base des postes de préjudice décrits.
Les bonnes pratiques à retenir
En France, les recommandations concernant la préparation cutanée préopératoire avec la povidone iodée (Bétadine®) visent principalement à prévenir les infections du site opératoire, mais elles comportent aussi des mesures destinées à éviter les brûlures chimiques et électrothermiques, qui sont des complications connues. Néanmoins, il n’existe pas de taux national français publié spécifiquement pour les brûlures cutanées dues à un contact prolongé de Bétadine au bloc opératoire.
Sur un plan médicolégal, une brûlure liée à une solution antiseptique est souvent considérée comme évitable lorsqu'elle résulte d'un excès de produits, d'une imprégnation des champs ou du linge, d'une absence de séchage suffisant ou d'une utilisation prématurée du dispositif électrochirurgical.
Les recommandations françaises et les protocoles hospitaliers insistent sur un principe simple : appliquer l'antiseptique correctement, éliminer les excès, laisser sécher complètement et vérifier l'absence de produit résiduel avant l'utilisation de toute source de chaleur ou d'électrochirurgie (Base de Données Publiques des Médicaments – 30 mars 2026).
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