Avant de commencer la lecture, testez vos connaissances sur les violences en milieu de santé
Un nombre toujours plus important de déclarations de violences en santé
À titre préalable : les données issues du rapport de l’Observatoire National des Violences en milieu de Santé (ONVS), instance gouvernementale, ne sont pas exhaustives car elles ne représentent qu’une petite part des établissements de santé en France et relèvent d’un sous-signalement des violences en secteur libéral, et donc en ville.
Le nombre de signalements effectués est en hausse par rapport au dernier rapport 2022 qui portait sur les données 2020 et 2021 :
Le volume global des signalements a augmenté de 7% entre 2023 et 2024.
L’ONVS explique ces augmentations par deux facteurs majeurs :
- "Une meilleure appropriation de la plateforme par les professionnels de santé et les établissements".
- "Une augmentation des actes de violence dans le secteur de la santé, phénomène qui semble s’être accentué depuis la fin de la crise sanitaire liée au Covid-19".
De plus, les données présentées témoignent d’une hausse significative au niveau des déclarants : +17,5% et au niveau des incidents signalés : +6,7%.
Chaque année, les établissements publics se démarquent dans le nombre de signalements (17 257 signalements par 300 structures en 2023 et 18 206 par 352 structures en 2024) mais le signalement par les structures privées est également en augmentation à hauteur de 36% contre 23% en 2020 et 27% en 2021.
Des atteintes aux personnes en hausse et des atteintes aux biens en baisse
En 2023, l’Observatoire a recensé 17 265 atteintes aux personnes, ce qui représente 86% des signalements et en 2024, 18 822 atteintes ont été recensées, soit 88%.
En établissement de santé
La violence physique est la plus présente et représente près de la moitié des atteintes signalées (45% en 2023 et 2024). À noter également l’importance de la violence verbale, de type insultes ou injures (39% en 2023 et 2024).
Ont également été recensées 2 751 atteintes aux biens dont le signalement est en diminution entre 2023 (9%) et 2024 (7%). Il s’agit, par exemple, de dégradation légère et vol sans effraction, de vol avec effraction et dégradation de matériel de valeur, d’incendie ou encore de vol avec effraction ou de vol à main armée ou en réunion.
En secteur libéral
C’est la violence verbale qui prédomine avec 60% des atteintes aux personnes en 2023 et 59% en 2024.
Même si le nombre total de signalements est faible, une légère augmentation concernant les atteintes aux biens entre 2023 et 2024 est à relever (46 en 2023 et 53 en 2024). Il s’agit essentiellement de vols sans effraction, dégradation légère de locaux ou de véhicule ou encore des tags ou graffitis.
Enfin, l’ONVS recense 1 000 signalements en 2023 (5%) et 940 signalements en 2024 (5%) répertoriant les deux types d’atteintes cumulativement en établissements de santé ou en secteur libéral.
Quels sont les services les plus exposés à la violence ?
Tous les services sont exposés à des phénomènes de violence et d’incivilité. Néanmoins, certains sont davantage touchés tant en 2023 qu’en 2024 : la psychiatrie, les services MCO et les urgences.
Dans ce dernier rapport, les services MCO ont remplacé le service de gériatrie et arrivent en deuxième place du classement.
L’ONVS précise une particularité méthodologique dans l’interprétation de ces données : "certains signalements recensent simultanément des atteintes aux biens et des atteintes aux personnes, ce qui explique que la somme des pourcentages puisse excéder 100% dans certains services".
Les services de psychiatrie
Dans ces services, les équipes soignantes sont confrontées quotidiennement à la violence de patients, violence souvent liée à l’expression d’une pathologie psychiatrique.
Si la majorité des patients ne sont pas dangereux, certains présentent un risque majoré de violence, notamment du fait de certaines addictions (alcool, stupéfiant) ou d’une hospitalisation sans consentement.
De ce fait, ce sont les agressions physiques qui prédominent mais les agressions verbales, type injures et menaces, sont également très présentes.
Les services MCO
Ce service fait son entrée à la deuxième place du classement des services les plus exposés, en lieu et place du service de gériatrie.
Les services d’urgence
Aux urgences, les agressions verbales sont quotidiennes et les comportements d’incivisme et antisociaux sont également omniprésents. Les soignants font également face à des actes de violence physique.
Les personnels de santé demeurent les principales victimes de faits de violence
L’Observatoire a recensé :
- 25 846 victimes professionnels de santé et non personnel soignant en 2023.
- 27 712 victimes professionnels de santé et non personnel soignant en 2024.
Les personnels des établissements de santé sont particulièrement visés, et plus particulièrement les infirmiers et aides-soignants qui représentent environ 90% des professionnels de santé concernés.
Dans une proportion plus faible mais non négligeable, 10% des violences touchent les patients/résidents.
Le rapport de l’Observatoire permet également de préciser que ce sont majoritairement les femmes qui sont les victimes de violences (près de 74% en 2023 et 75% en 2024) à l’exception de la catégorie des médecins, ambulanciers et agents de sécurité où les hommes sont davantage touchés. En ce sens, il est à noter une augmentation des signalements concernant les agents de sécurité (9% en 2023 et près de 10% en 2024 contre 4% en 2020 et 2021).
S’agissant du personnel administratif, les signalements ont augmenté par rapport aux données du rapport 2022 et s’élèvent à 7,4% en 2023 et 8,4% en 2024. Il s’agit surtout des personnels affectés à l’accueil.
Qui sont les auteurs de violences ?
Conformément aux tendances des années précédentes, les auteurs de violences sont essentiellement des patients ou des visiteurs et accompagnateurs (87% des cas recensés par l’Observatoire en 2023 et 88% en 2024). Dans 36% des cas en 2023 et en 2024, les atteintes aux personnes commises par les patients sont en lien avec l’expression de troubles psychiques ou neuropsychiques (TPN).
Par ailleurs, s’agissant des cas de violence émanant d’un professionnel de santé, l’ONVS relève un taux de violence stable et faible (3% en 2023 et en 2024). Il s’agit surtout de violences verbales entre médecins ou d’un médecin à l’encontre d’autres personnels (critiques et reproches sur l’inaptitude professionnelle de confrères ou des collaborateurs, dénigrement, propos grossiers…).
Quels sont les principaux éléments déclencheurs de violences ?
Au préalable, il convient de relever que les motifs des violences n’ont été renseignés que dans 70,5% des cas en 2023 et 79,5% des cas en 2024 (en nette augmentation par rapport aux données 2020, 52,6% et aux données 2021, 51,8%).
Ce rapport propose une nouvelle classification des motifs de violence en 2025.
- Le refus ou la contestation par le patient, le résident ou l’accompagnant/la famille constitue le principal élément déclencheur de faits de violence (27,5% en 2023 et 27% en 2024). Il s’agit, par exemple, de refus de prescription médicamenteuse, de délivrance ou de prolongation d’arrêts de travail ou encore de patients qui ne respectent pas la prescription médicale et les soins à suivre…
- Le second motif concerne le non-respect des règles de vie. Il concentre un peu plus de 20% des cas en 2023 et 2024. Cette thématique correspond, par exemple, aux infractions aux règles concernant les horaires et conditions de visite, au non-respect des règles élémentaires de civisme ou encore d’interdictions spécifiques notamment celle liée au tabac.
- Le troisième motif est lié à une incompatibilité d’humeur ou mésentente qui représente une part significative des incidents : 10% des cas en 2023 et 11% des cas en 2024.
- Suivent ensuite la catégorie des "motifs divers" correspondant à des conflits familiaux, des atteintes au principe de laïcité ou encore du personnel soignant assistant à des actes d’automutilation ou tentatives de suicide. Sont également relevés dans cette catégorie la consommation d’alcool ou de stupéfiants et de drogues ou encore les temps d’attente jugés excessifs, particulièrement dans les services d’urgence.
Comment ces événements violents ont-ils été gérés?
L’Observatoire précise que "la gestion des situations de violence repose principalement sur l’intervention du personnel médical en renfort de leurs collègue".
Le personnel de sécurité joue également un rôle dans la gestion de diverses situations. En revanche, les forces de l’ordre n’interviennent que rarement pour des situations graves ou pour régler certains conflits spécifiques comme un groupe hostile ou encore pour des personnes interdites de visite.
Par ailleurs, il ressort de l’Observatoire que "des patients eux-mêmes interviennent parfois pour maîtriser d’autres individus violents ou pour alerter le personnel, contribuant ainsi à la résolution de situations conflictuelles".
Quelles suites judiciaires aux événements violents ?
Alors que les victimes de violence en santé sont de plus en plus nombreuses, elles ne semblent pas bénéficier d’un accompagnement suffisant pour donner suite à leurs signalements.
En effet, les signalements de violence ont donné lieu à 8% de dépôt de plainte en 2023 et 7% en 2024 et à 2% de dépôt d’une main courante en 2023 et 1% en 2024. De ce fait, dans plus de 90% des cas, aucune démarche complémentaire n’a été effectuée.
Comme pour les années précédentes, l’ONVS précise avoir constaté, lors de ses déplacements, une réticence généralisée des professionnels de santé à s’engager dans un processus judiciaire.
Pour l’Observatoire, cette réticence s’explique par différentes raisons :
- l’empathie naturelle des soignants ;
- la peur de représailles, surtout dans les services de psychiatrie ;
- une incompréhension que l’établissement ne puisse pas déposer plainte à leur place ;
- la crainte de s’engager dans un processus judiciaire "perçu comme opaque, complexe et potentiellement interminable" ;
- un sentiment d’inutilité d’une telle démarche.
Sur ce point, il est à noter que le plan de lutte et de prévention contre les violences sexuelles et sexistes a conduit à l’adoption de la loi du 9 juillet 2025 visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé. Cette loi prévoit notamment une aggravation des sanctions pénales en cas de violence commise dans des lieux de soins et un dépôt de plainte facilité.
Quels plans d’actions concrets mettre en place suite à l’exploitation des données ?
Dans son dernier rapport, l’ONVS souligne la nécessité de disposer d’une description aussi fiable et exhaustive des signalements. À cette fin, il prévoit sept mesures priorisées autour de 6 axes de travail :
Axe 1
Mise en place d’une gouvernance nationale et territoriale de la gestion des violences en santé.
- Mesure 1 : Renforcement des protocoles entre les ministères chargés de la Santé, de l’Intérieur et de la Justice aux niveaux national et départemental.
- Mesure 2 : Créer un réseau national des "référents sécurité" régionaux identifiés au sein de chaque ARS, en charge à leur niveau de l’animation du réseau des référents sécurité des établissements de santé et médico-sociaux ainsi que des ordres professionnels.
Axe 2
Sensibilisation, formation et communication.
- Mesure 3 : sensibiliser à la problématique de la cyberviolence.
Axe 3
Sécurisation de l’exercice des professionnels de santé.
- Mesure 4 : Lever les obstacles financiers et opérationnels au déploiement des outils de sécurisation des professionnels de ville, en lien avec les collectivités territoriales.
Axe 4
Signalement des faits de violences en santé, y compris les violences sexuelles et sexistes, via la plateforme de l’ONVS.
- Mesure 5 : Mener une campagne de communication sur l’ONVS et systématiser le signalement de tous les faits de violences dans ce cadre, en lien avec les actions prévues dans le cadre de la feuille de route des violences sexuelles et sexistes.
Axe 5
Gestion des plaintes et accompagnement des victimes.
- Mesure 6 : Soutenir la proposition de loi "visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé".
Axe 6
Gestion de la violence liée à des pathologies psychiatriques, des troubles du neuro-développement ou des troubles neuro-cognitifs.
- Mesure 7 : Lancer des travaux sur la gestion de la violence liée à des personnes ayant des troubles du comportement en lien avec une affection médicale.

