Médiation animale dans les établissements de soins et médico-sociaux : quelles précautions prendre ?
Stéphanie Tamburini
Le 27.05.2025
À 15:00
5 min
Sommaire
16 articles
Notre série spéciale
Prise en charge et accompagnement du patient en établissement de soins
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Les différents types de médiation animale
Le terme de médiation animale recouvre plusieurs types d’activités :
- L'activité/animation assistée par l'animal (AAA)
L'animal est un outil de motivation pour le patient/résident, en l’incitant à participer aux activités proposées par les psychologues, intervenants ou membres de l’équipe d’animation. - La thérapie assistée par l'animal (TAA)
L'animal devient cette fois médiateur entre le patient et le thérapeute et est acteur à part entière de l’activité proposée par l’intervenant, qui est à la fois thérapeute et formé en médiation animale. Ce type d’activité est plus fréquent en rééducation/réadaptation fonctionnelle, en psychiatrie, ou auprès de sujets présentant une déficience physique ou mentale. - L'animal accompagnateur du patient
Cette fois, l’animal occupe une fonction plus classique consistant à tenir compagnie au résident, non à l’occasion d’activités ciblées, mais au quotidien. Par exemple, un chien-guide d’aveugle ou d’accompagnement de handicap, l’animal du résident lui-même, ou encore un animal vivant dans l’établissement (chat qui se promène dans le parc d’un établissement et est "adopté" par tous, poulaillers etc.).
Quels sont les risques liés à la médiation animale ?
Le principal risque est la transmission d’une maladie infectieuse de l’animal à l’homme (anthropozoonose).
La transmission peut se faire par simple contact, par exemple en caressant le pelage de l’animal ou suite à un léchage, par une morsure ou une griffure, par l’intermédiaire des déjections ou encore par inhalation.
Le risque est d’autant plus sérieux que les patients et résidents susceptibles de bénéficier de la médiation animale présentent souvent un état altéré et/ou une fragilité. Certains sont de surcroît porteurs de dispositifs invasifs qui peuvent constituer des portes d’entrée pour les infections.
Dans ce contexte, la question de l’hygiène est donc essentielle.
Pourquoi rédiger un protocole ?
Tout projet de médiation animale doit être soigneusement préparé. La direction de l’établissement doit être associée et impliquée, avec consultation d’une équipe d’hygiène hospitalière et en association avec un vétérinaire et, si possible, un infectiologue.
La rédaction d’un protocole de maîtrise du risque infectieux est indispensable. C’est dans ce but que le Réseau national de prévention des infections associées aux soins a élaboré un outil d’aide à la rédaction.
Comment cibler les patients/résidents qui peuvent bénéficier d'une médiation animale ?
Plusieurs points doivent être vérifiés et définis avant toute mise en œuvre d’une médiation animale :
- Recueil de l’accord et respect de l’avis des personnes ou de leur représentant avant la participation à une activité.
- Recueil de l’avis du médecin pour les sujets les plus fragiles ou à risque de réactions pouvant inquiéter l’animal.
- Définition de certaines contre-indications comme le contact entre un animal et un nouveau-né, un déficit immunitaire, une infection à BMR ou non, une fièvre, une peau non saine (dermatose, plaie, site opératoire), une trachéotomie, une perfusion, un cathéter, un fixateur externe, etc.
- Personnalisation de décisions selon l’avis et l’accord du médecin chef de service et de l’équipe soignante, qui évalueront le bénéfice/risque.
Comment protéger le patient ?
Plusieurs mesures doivent être prises pour limiter au maximum les risques que l’intervention d’un animal peut faire courir sur le plan de l’hygiène :
- Limitation, ou du moins régulation, de l’accès des animaux à certains sites, avec définition stricte de zones interdites : services d’hospitalisation, chambres des patients en établissements de santé, services de consultation sauf pour les chiens d’aide, salles de soins, offices, salles de restauration, zones de stockage du linge propre, piscine, etc.
- Choix d’animaux en bonne santé (avec un suivi vétérinaire régulier pour tout ce qui a trait aux vaccinations et aux traitements contre les parasites), calmes, non bruyants, éduqués. Tout animal malade, présentant une infection ou une lésion cutanée ou des troubles du comportement devra être écarté de la médiation animale.
- Réalisation de soins d’hygiène avant chaque médiation : brossage des poils et éventuellement des dents, soins des griffes, etc.
- Surveillance stricte de l’animal par un intervenant. Certains animaux ne doivent jamais rester seuls avec un patient/résident pour éviter les risques de morsures ou de griffures. L’intervenant doit également veiller à éviter certains types de contacts (léchage, trop grande promiscuité avec l’animal, etc.)
- Mise en place de protections adaptées si l’animal est autorisé à évoluer dans l’environnement du patient (chambre, etc.).
- Hygiène rigoureuse des mains avant et après contact avec l’animal par toutes les personnes qui le côtoient.
Comment protéger le personnel, les intervenants et l'établissement ?
Cette protection suppose de prévoir plusieurs points dans le protocole :
- Identification des personnes responsables de l’animal, de son suivi vétérinaire, de ses soins quotidiens s’il réside dans l’établissement, du contrôle de la reproduction, de l’entretien des espaces où il évolue, et établissement d’une fiche de traçabilité pour le suivi et le toilettage.
- Recours à des intervenants formés en médiation animale.
- Association d’un professionnel en hygiène hospitalière à la rédaction de protocoles établissant les règles à respecter et aussi les conduites à tenir en cas de morsures/griffures, entretien et lieu de stockage des jouets/objets de l’animal, modalités d’éviction en cas de signes évocateurs d’infection…
- Communication sur les espaces interdits et vérification du respect des règles posées.
- Information et formation du personnel sur le nettoyage des zones visitées ou salies par l’animal, sur les mesures de prévention destinées à réduire le risque de zoonose et sur les signes cliniques d’infection du patient/résident en fonction de l’animal.
- Souscription d’une assurance pour ce type d’activités.
Le cas particulier de la présence dans l'établissement de l'animal de compagnie du patient
La présence de l’animal de compagnie du patient peut également lui être bénéfique. Mais là encore, certaines précautions doivent être prises afin de limiter le risque infectieux.
- Définition du type d’animal pouvant être accepté et du nombre pouvant cohabiter.
- Vérification de la capacité du résident à s’occuper lui-même des soins de l’animal.
- Vérification de l’absence de nuisance et de risques pour les autres résidents ou le personnel.
- Mention des modalités d’accueil de l’animal dans le projet individualisé joint au contrat de séjour du résident. Ces modalités concerneront autant les soins apportés à l’animal (soins vétérinaires, tatouage, nourriture) que le comportement et les espaces auxquels l’animal aura ou non accès.
- Prévision des situations particulières tels que le décès de l’animal, l’absence du résident, la modification du comportement de l’animal, etc.
À propos de l'auteur
Stéphanie Tamburini
Titulaire d'un Master 2 en Droit de la santé, Stéphanie Tamburini est juriste à la MACSF depuis 1995. Après la gestion de sinistres en responsabilité civile professionnelle, notamment les dossiers à hauts enjeux et plusieurs années au sein du bureau d’études juridiques en RCP, elle se consacre désormais à l’information des professionnels de santé sur leur cadre médico-légal d’exercice, leurs compétences et le monde de la santé.

