Un usage détourné de son objectif médical ou culinaire
Découvert en 1772 par le chimiste Joseph Priestley, le protoxyde d’azote, gaz incolore et inodore, est l’un des produits les plus anciens utilisés en médecine pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques. Plus connu sous le nom de "gaz hilarant", il est également utilisé dans les cartouches de crème chantilly (ou siphons culinaires).
Bien que son recours soit de plus en plus limité dans les blocs opératoires étant donné son impact environnemental, son effet euphorisant a dépassé les limites des établissements de santé. Il s’invite dans de nombreuses fêtes entre amis, est consommé sur la voie publique et même directement au volant, allant jusqu’à provoquer des accidents mortels.
Conduite en état d'ivresse "hilare"
Contrairement à l’alcool ou à d’autres drogues, le protoxyde d’azote est indétectable lors des contrôles routiers. Le code de la route ne sanctionne pas directement la conduite sous protoxyde d'azote mais sa consommation constitue une circonstance aggravante en cas d’accident corporel ou mortel.
La Fondation Vinci Autoroutes a produit un clip à l’attention des jeunes conducteurs pour informer le public sur les risques liés à la consommation du protoxyde d’azote.
Du siphon culinaire au tank de 15 kg, en passant par la bonbonne
Son usage récréatif a commencé par l’utilisation détournée des cartouches de crème fouettée pour gonfler des ballons d’où le gaz était ensuite inhalé. Son effet euphorisant étant de très courte durée (de 1 à 5 minutes maximum), des contenants plus volumineux sont venus inonder le marché : les cartouches "à chantilly" permettant de gonfler 5 ballons ont été remplacées par des bonbonnes pouvant gonfler plus de 80 ballons, voire des "tanks" équivalant à environ 2 000 ballons !
Plus d’un tiers des Français ont déjà vu des capsules et des bouteilles de protoxyde d’azote sur la voie publique.
Usage du protoxyde d'azote : quelle est la réglementation ?
Une loi du 1er juin 2021 tend à prévenir les usages dangereux du protoxyde d’azote. Elle interdit :
- de vendre ou d’offrir à un mineur du "proto", quel qu’en soit le conditionnement ;
- l’achat ou l’offre de protoxyde d’azote pour des majeurs dans les débits de boissons et les bureaux de tabac.
Une loi de janvier 2024 limite la vente aux particuliers à un maximum de 10 cartouches dont le poids individuel est inférieur ou égal à 8,6 grammes.
Malgré cette règlementation, l’achat de gros formats est possible sur Internet via des plateformes situées principalement en Belgique et aux Pays-Bas.
Les risques immédiats et ceux liés à une utilisation chronique
Au-delà de l’euphorie ou de la sensation de calme induites par le protoxyde d’azote, il suffit d’une seule utilisation pour provoquer d’importants effets indésirables :
- Asphyxie.
- Risque de chute lié aux troubles de l’équilibre et de la coordination.
- Pertes de connaissance.
- Nausées.
- Brûlure par le froid du gaz expulsé : mains, lèvres, nez, poumons.
- Impression de dissociation.
Une consommation plus intensive (soit en fréquence soit avec de fortes doses) peut engendrer de sévères complications, souvent irréversibles :
- Neurologiques : myélite, neuropathie périphérique, troubles urinaires et érectiles.
- Cardiovasculaires : formation de thromboses susceptibles d’engendrer un décès.
- Psychiatriques : hallucinations, épisodes délirants, addiction.
Associés à de l’alcool ou à d’autres drogues, ces effets sont majorés, notamment les risques de perte de conscience et de dépression respiratoire.
Enfin, fumer à côté d’un matériel contenant du protoxyde d’azote augmente fortement les risques d’incendie.
Prise en charge médicale d'une intoxication au protoxyde d'azote
Afin d’accompagner les professionnels de santé dans la gestion des hospitalisations liées à une intoxication au protoxyde d’azote, le CHU de Lille a établi un bilan biologique diagnostic standard comprenant :
- un bilan biochimique de la fonction rénale (clairance de la créatinine) et de la fonction hépatique (TGO/TGP, GGT, LDH, Bilirubine totale, PAL) ;
- un bilan métabolique : dosage des acide aminés plasmatiques, dosage vitamine B12, B9, B6, dosage de l’homocystéine plasmatique, dosage de l’acide méthylmalonique plasmatique.
Outre l’arrêt total et effectif de la consommation de protoxyde d’azote, la prise en charge thérapeutique immédiate consiste également en l’administration de la vitamine B12 ainsi qu’à une rééducation fonctionnelle adaptée.
En fonction du bilan biologique, une prévention thromboembolique et l’administration de vitamine B6 et B9 peuvent être nécessaires.
Un nouveau bilan biologique doit être effectué avant la sortie et 4 semaines après le début de la supplémentation vitaminique.
L’association PROTOSIDE, qui anime un réseau de professionnels de santé formés spécifiquement aux cas d’intoxications au protoxyde d’azote, met également à disposition des soignants des documents pratico-pratiques.
À retenir
Une seule inhalation de protoxyde d’azote peut avoir des effets indésirables graves.
En cas d’addiction, les personnes doivent être orientées vers une consultation jeunes consommateurs (CJC).
Les professionnels de santé et les usagers doivent déclarer tous les cas graves d’abus, de dépendance et d’usage détourné ou d’événement sanitaire indésirable sur signalement-sante.gouv.fr.

