D'aide-soignante à future infirmière : la reconversion professionnelle de Linda

Le 03.06.2020
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Si on voit les reconversions comme des ruptures soudaines, on peut vite prendre peur et renoncer. Or, beaucoup de changements de vie ressemblent moins à des sauts dans le vide, qu’à une somme de petits pas plus ou moins continus, qui finissent par changer votre trajectoire. Le cas de Linda (@li_ya_14 sur Instagram) en est un bon exemple. Découvrez son interview.

À 29 ans, tu termines actuellement tes études à l’IFSI. Mais avant ça, tu étais aide-soignante. Qu’est-ce qui t’a poussée à reprendre des études pour devenir infirmière ?

À l’époque où j’ai commencé à y penser, j’étais aide-soignante salariée dans un foyer-logement pour personnes âgées. Comme il n’y avait pas d’infirmier sur place, des libéraux venaient assurer les soins. Je m’intéressais beaucoup à leur travail, je leur posais des questions…

J’aimais ce que je faisais auprès des résidents, mais j’avais envie d’aller plus loin dans la prise en charge. Je commençais par exemple à m’intéresser davantage aux médicaments, que j’étais chargée de distribuer. Je voulais aussi compléter mes connaissances des gestes techniques… Devenir infirmière me paraissait une évolution logique.

«  Je voulais compléter mes connaissances des gestes techniques et des médicaments, aller plus loin dans la prise en charge… Devenir infirmière était une évolution logique. » 

Est-ce qu’il t’a fallu longtemps pour passer à l’action ? 

Oui, parce qu’entre temps, j’ai eu un enfant ! J’avais commencé des démarches pour faire une prépa infirmière (le concours existait encore), que je comptais financer avec mes heures de DIF (Droit individuel à la formation, NDLR). J’avais aussi commencé à réviser des concours pour savoir à quoi m’attendre.

Et puis je suis tombée enceinte de mon fils. Quand il est né, il a eu des soucis de santé, donc j’ai décidé de prendre un congé spécial pour m’occuper de lui. Puis j’ai demandé une rupture conventionnelle à mon employeur, parce que je ne me sentais pas prête à reprendre.

Ce n’est que l’année de ses deux ans que j’ai passé le concours. J’ai acheté les livres et révisé toute seule à la maison pendant que mon fils faisait la sieste. Je répétais devant le miroir pour être à l’aise le jour J.

J’ai eu le concours, mais j’ai demandé un report d’année pour pouvoir m’occuper davantage de mon fils. C’est seulement à partir de ses trois ans, quand on a été rassuré sur sa santé et qu’il est entré à l’école, que j’ai commencé mes études d’infirmière. 

« J’ai préparé le concours d’entrée à l’IFSI toute seule à la maison, pendant que mon fils faisait la sieste. Je répétais devant le miroir pour être à l’aise le jour J. »

Ça a dû te demander beaucoup de détermination, de mettre ton projet entre parenthèses comme ça… Tu n’as jamais douté ? 

Si. Je me demandais si ça allait être possible financièrement, je culpabilisais de passer moins de temps avec mon fils, je me demandais si j’arriverais à remettre le nez dans les cahiers après six ans sans faire d’études… J’ai eu du mal à me lancer.

Mais ma famille m’a encouragée : mon compagnon, ma maman, mes beaux-parents… J’ai fini par me dire : « Vas-y, sinon tu ne le feras jamais. »

Avoir un enfant a retardé mon projet de quelques années, mais ça s’est révélé un moteur. Imaginer mon fils fier de moi m’a poussée à continuer. Aujourd’hui, il a 5 ans et il m’encourage, il me soutient. Il me dit « Vas-y maman, tu vas réussir ! »… Ça me motive beaucoup.

« Avoir un enfant a retardé mon projet de quelques années, mais ça s’est révélé un moteur. Imaginer mon fils fier de moi m’a poussée à continuer. » 

Comment tu as financé tes études à l’IFSI, au final ?

J’ai utilisé une partie des droits au chômage qu’il me restait de ma rupture conventionnelle, puis, quand mes droits ARE (Allocation chômage d’aide au retour à l’emploi) se sont terminés, l’aide de Rémunération de fin de formation (R2F) a pris le relais, à hauteur de 650€/mois environ. À l’époque où j’ai débuté ma formation, la profession infirmière était considérée comme prioritaire dans ma région, donc le Conseil régional l’a financée.

Comme la R2F couvre 15 jours de congés d’affilée maximum, chaque été, je complétais mes revenus en travaillant comme aide-soignante dans un hôpital près de chez moi et dans une unité d’hébergement renforcé. En CDD, en remplacement saisonnier.

Si tout va bien, après mon stage actuel et mes résultats fin juillet, j’aurai mes diplômes et je pourrai commencer à travailler en tant qu’infirmière.

« J’ai pu financer ma formation en partie grâce à mes droits au chômage, en partie à l’aide de la Rémunération de fin de formation (R2F) et en travaillant l’été en tant qu’aide-soignante. »

Et côté organisation, comment vous avez fait pour gérer la reprise d’études avec un enfant ? 

J’ai beaucoup révisé quand mon fils dormait : pendant sa sieste et le soir. Quand les partiels approchaient, ma famille nous le gardait le week-end, pour que je puisse réviser à fond sans interruption. Et aujourd’hui, quand mon mari et moi commençons tous les deux tôt le matin, le petit va dormir chez ses grands-parents. 

Mais il nous a fallu un bon mois et demi pour nous rôder. C’était un peu compliqué, au départ.

Pour quelle(s) raison(s) ?

Parce que je ne m’attendais pas à une telle charge de travail et à une telle pression. C’est vraiment une fois qu’on y est, qu’on voit ce que ces étude impliquent.

Je me mets beaucoup de pression, donc ces trois années ont été très stressantes.

Pendant les périodes de révision en particulier, je n’étais pas facile à vivre à la maison. Je perdais patience facilement, j’étais très stressée.

Ce qui m’a permis d’avancer, c’est de réviser en groupe avec deux filles de ma promotion, mamans elles aussi, avec qui j’avais sympathisé. Le soir, quand on finissait tôt, on allait réviser ensemble, on se soutenait… C’était beaucoup plus motivant.

Globalement, il faut aborder ça mois après mois, semestre après semestre, et ne surtout pas penser à tout ce qu’on a à assimiler. Sinon, on se noie.

«  Je ne m’attendais pas à une telle charge de travail. Ce qui m’a permis d’avancer, c’est de réviser en groupe avec deux filles de ma promotion, mamans elles aussi, avec qui j’avais sympathisé. »

Il y avait beaucoup de gens en reconversion, dans ta promo ?

Il y avait beaucoup d’AS qui reprenaient leurs études, oui. Et aussi quelques personnes ne venant pas du tout du métier. Je pense qu’on devait être une vingtaine en reconversion sur 65.

Même à 27 ans, on peut se sentir vieille face à des jeunes sortant du bac (rires). Savoir qu’on n’est pas la seule à s’être lancée, ça aide à se sentir à sa place.

Quel premier bilan tu dresses, de ces années de reconversion ?

Je ne regrette pas du tout de l’avoir fait. Je suis contente d’avoir pu apprendre autant pendant ces trois ans et je pense que je vais me régaler, dans les années futures.

Je sais que je continuerai à évoluer. Parce que c’est un métier très varié où on peut expérimenter beaucoup d'environnements différents…

Si un jour je m’ennuie, je sais que je pourrai changer de structure ou de spécialité pour m’épanouir. Maintenant, je sais que j’en suis capable.

Qu’est-ce que tu as préféré, dans cette expérience ? Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Je me suis découvert des capacités que je ne pensais pas avoir. Si j’avais su ce qui m’attendait, je ne me serais jamais lancée. Par manque de confiance en moi.

Alors qu’en fait, j’ai fini par trouver les ressources pour y arriver. Avec des baisses de moral et de motivation, mais toujours avec le soutien des autres qui m’aidait à repartir.

«  Je me suis découvert des capacités que je ne pensais pas avoir. Si j’avais su ce qui m’attendait, je ne me serais jamais lancée. Par manque de confiance en moi. »

Et ce que tu as trouvé difficile ? 

Le tout premier stage !  Parce qu’il a fallu trouver la bonne posture, apprendre à ne plus réfléchir et agir en tant qu’aide-soignante, mais en tant qu’étudiante infirmière. Et puis au fil du temps, j’ai trouvé ma place.

Tu donnerais quoi comme conseil à des gens qui envisagent eux aussi de changer de voie pour devenir infirmière ?

Renseignez-vous bien sur le métier pour ne pas vous en faire une fausse idée. Surtout si vous ne venez pas déjà du milieu médical. J’ai vu des gens s’apercevoir pendant le stage, qu’être infirmière n’était pas du tout ce qu’ils imaginaient…  

Et si c’est vraiment ce que vous voulez faire, il ne faut pas hésiter. Parce que si on se pose trop de questions, on ne se lance jamais.

Les études d’infirmière demandent beaucoup de travail, mais on trouve toujours des solutions. Et on trouve toujours des personnes-ressources pour nous aider à avancer.

En arrivant à l’IFSI, je ne connaissais personne. Mais une solidarité s’est naturellement installée au sein de la promo. On s’est beaucoup soutenu, on avait tous quelque chose à apporter les uns aux autres. Les plus jeunes, les plus vieux, ceux qui connaissaient le milieu du soin, ceux qui n’en venaient pas… Je ne m’attendais pas à une telle entraide.

« On trouve toujours des personnes-ressources pour nous aider à avancer. Je ne m’attendais pas à trouver une telle solidarité, une telle entraide au sein de ma promotion. »

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