L’autodiagnostic et l’automédication chez les soignants : une pratique répandue, mais risquée

Le 09.07.2020 par Idris AMROUCHE, interne des hôpitaux- département d'anesthésie-réanimation
Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
Autodiagnostic 1000

Le soignant est un malade particulier : il a son savoir, une expérience objective de la maladie et un accès facilité aux médicaments. Même si nous avons du mal à imaginer un ophtalmologiste observer son œil dans un ophtalmoscope, les soignants français sont pourtant champions dans l’autodiagnostic et l’autoprescription. Une grande majorité des médecins sont d’ailleurs leur propre médecin traitant. Retour sur un problème qui n’est pas dénué de conséquences sur la santé des praticiens.

L’autodiagnostic et l’automédication chez les soignants : une pratique très commune

L’autodiagnostic ou encore l’automédication chez les professionnels de la santé sont extrêmement fréquents. Un phénomène très français qui ne se retrouve pas toujours dans d’autres pays, comme au Canada par exemple. Mais nos confrères d’outre-Atlantique, hospitaliers ou libéraux, ont-ils le même rythme de vie que nous ? Probablement pas. 

Les soignants français ont énormément de “paperasse” à gérer et les relations avec la médecine du travail sont souvent complexes. Notre rythme de travail, et cela depuis nos études, nous oblige bien souvent à renoncer aux soins. Les nuits de gardes sans sommeil et l’administratif omniprésent sont des raisons supplémentaires au manque de temps pour prendre soin de soi. 

Les professionnels de la santé ne tombent pas malade…

La santé d’un soignant est un peu comme sa carte de visite, la vitrine de son art… C’est d’ailleurs bien connu de nos patients, le soignant ne tombe pas malade. Le soignant malade est celui qui abandonne ses patients à leur sort, voire celui qui fait preuve d’égoïsme. 

Un problème récurrent pour les médecins généralistes par exemple qui constatent avec tristesse et stupeur la réaction de la patientèle quand ils annoncent être malades. Le soignant n’a pas le droit d’exhiber au monde ses maux. 

De la même manière, se faire suivre par un collègue serait un aveu de faiblesse. Les professionnels de la santé gardent alors leurs problèmes et se chargent trop souvent de leur propre suivi.

Mais être soignant donne aussi un sentiment d’immunité, ce qui est aussi vrai que les mains du chirurgien sont stériles. Le sentiment d’être du bon côté du bureau est bel et bien réel, surtout quand la prescription est à portée de main.

Peut-on être son propre médecin traitant ?

La réponse de l’Ordre des médecins est oui. Quelle que soit sa spécialité, un médecin peut être son propre médecin traitant et se faire des ordonnances sans restriction, en dehors des médicaments hospitaliers et spécifiques à certaines spécialités. Nous pensons très facilement pouvoir tout contrôler, et notamment notre propre santé. Mais est-ce une bonne idée ? 

Un médecin, aussi talentueux soit-il, peut-il bénéficier du recul nécessaire pour s’autodiagnostiquer ? On ne peut douter de sa formation pour se faire le bon diagnostic, mais il fera alors parfois face à deux situations distinctes : soit l’hypersomatisation, soit la technique de l’autruche. 

En général, plus le médecin prend de l’âge, plus il tend vers la deuxième proposition. Et pour toutes les raisons citées précédemment, il aura souvent tendance à minimiser les symptômes, mais ce n’est pas le seul risque…

Autodiagnostic et automédication : des risques bien identifiés

Les principaux risques de l’autoprescription ont été étudiés et sont aujourd’hui bien identifiés : manque d’objectivité́, erreur ou retard de diagnostic, négligence du suivi et même, si on a du mal à l’admettre, un risque d’addiction ou de mésusage (1). 

Un trop grand nombre de confrères et de consœurs tardent à consulter, justement car ils se diagnostiquent et se soignent seuls. Pourtant, les soignants français semblent souffrir des mêmes pathologies et ne sont pas en meilleure santé que les personnes de la même catégorie socioprofessionnelle. Les pathologies psychiatriques, l’épuisement professionnel et les suicides sont même plus fréquents. Ce dernier, non par hasard, sera plus souvent réalisé par voie médicamenteuse.

La santé physique et mentale des soignants est importante non seulement pour le soignant lui-même, mais également pour ses patients. Il ne faut donc pas la négliger. Pour les plus littéraires, citons Rabelais dans Gargantua : « il y a plus de vieux ivrognes que de vieux médecins ». De quoi faire réfléchir les collègues gastro-entérologue, mais pas que…

Professionnels de la santé, que faites-vous quand vous tombez malade ? Audiagnostic et autoprescription sont la norme. Pourtant, ces pratiques sont particulièrement risquées pour votre santé. Bien s'assurer est essentiel.

 

sources: 

1) Labeille G.; Étude de l'auto-prescription médicamenteuse chez les médecins généralistes de Rhône-Alpes. Thèse de médecine. Université Claude Bernard Lyon 1 ; 2013

(2) Gold KJ, Sen A, Schwenk TL. Details on suicide among US physicians: data from the National Violent Death Reporting System. Gen Hosp Psychiatry 2013;35:45-9.

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
La solution MACSF
Mutuelle santé spécial hospitalier

Une assurance adaptée à vos besoins à un tarif accessible

La communauté MACSF

Un forum avec plus de 500 000 professionnels de santé prêts à échanger sur vos pratiques professionnelles, votre mode d’exercice ou votre matériel…

Solliciter la communauté

L'application MACSF

Accédez à votre espace personnel et toutes ses fonctionnalités sur votre mobile !

Les newsletters

Recevez toute l’actualité sur votre profession/spécialité ainsi que nos offres dédiées.

S'abonner

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour une navigation optimale et bénéficier de contenus et services adaptés.

×