Pose de voie veineuse centrale : une nouvelle compétence pour l'infirmier

Le 09.03.2021 par Stéphanie Tamburini
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Perfusion

Un arrêté du 1er mars 2021* étend au territoire national un protocole de coopération, initié en région Auvergne-Rhône-Alpes et intitulé "Transfert de compétences : pose de voie veineuse centrale par l'IDE", sous certaines conditions.

Sommaire 

Pourquoi cette nouvelle compétence ? >
Pour quels patients ? >
Qui décide de la délégation d'acte ? >
Dans quel lieu ? >
Quels sont précisément les actes dérogatoires que l’infirmier peut réaliser ? >
Quels sont les impératifs en termes d’information du patient ? >
Quelle réalisation concrète de l'acte de pose de voie veineuse centrale ? >
Quelles sont les conditions de formation ? >
Cette nouvelle compétence est-elle intégrée dans les compétences infirmières listées dans le code de la santé publique ? >

Pourquoi cette nouvelle compétence ?

Par manque de temps médical disponible, il n'est pas toujours possible de réaliser en temps et en heure la pose des voies veineuses centrales. Il en découle un risque de devoir décaler la mise en œuvre de certains traitements et un possible impact sur le pronostic.  

L'intervention d'un personnel infirmier devrait permettre d'augmenter le nombre de poseurs et raccourcir les délais d'accès aux voies veineuses centrales. 

A SAVOIR

L'article 51 de la loi HPST (Hôpital, Patient, Santé et Territoires) du 21 juillet 2009 permet des transferts d'actes ou d'activités de soins entre professionnels de santé et des réorganisations des modes d'intervention des professionnels de santé auprès des patients.

Après autorisation et évaluation par l'Agence régionale de Santé (ARS), ces protocoles peuvent être généralisés sur tout le territoire national. C'est dans ce cadre qu’est intervenu l'arrêté qui généralise le protocole auparavant en vigueur en région Auvergne-Rhône-Alpes. 

Pour quels patients ?

La pose de voie veineuse centrale s'adresse aux patientsqui doivent recevoir un traitement intraveineux, notamment de produits de chimiothérapie, particulièrement corrosifs pour les veines périphériques.

Elle s’adresse aussi aux perfusions prolongées d'antibiotiques, de solutés hydro-électrolytiques, de nutrition parentérale, d'antalgiques intraveineux. 

Qui décide de la délégation d'acte ?

C'est le médecin anesthésiste qui décide de l'inclusion ou de l'exclusion du patient, en tenant compte des examens cliniques et biologiques dont il dispose et de la prescription initiale.

Dans quel lieu ?

L'établissement de santé est le lieu de réalisation du protocole de coopération.

Quels sont précisément les actes dérogatoires que l’infirmier peut réaliser ? 

Plusieurs actes sont visés dans l'annexe de l'arrêté :

  • l'anesthésie locale,
  • le repérage échographique,
  • la ponction échoguidée,
  • la vérification de la pose correcte. 

Quels sont les impératifs en termes d’information du patient ?

Pour le médecin prescripteur 

Le médecin prescripteur doit impérativement informer le patient de ce que l'acte de pose de voie veineuse centrale sera réalisé par un infirmier, dans le cadre du protocole de coopération.

Une fiche d'information doit lui être remise, comportant la nature de l'acte, le caractère dérogatoire des conditions de réalisation et la proposition faite. 

En cas de refus, l’information doit être tracée dans le dossier patient informatisé.

Pour l'infirmier

Avant la pose de la voie veineuse centrale, l’infirmier revoit le patient et reformule l’information relative à l'acte.

Après la pose, il éduque le patient sur la gestion de l'accès veineux en termes de toilette et de prévention des retraits accidentels et doit fournir un livret sur le matériel. 

Quelle réalisation concrète de l'acte de pose de voie veineuse centrale ?

Avant la pose

L'infirmier doit obligatoirement s'assurer de la présence du médecin anesthésiste  délégant.

Celui-ci doit être présent dans une salle, à proximité immédiate, et intervenir à tout moment en cas de besoin.

Il doit réaliser une évaluation échographique du capital veineux et confirmer la possibilité de mise en place du dispositif choisi, puis procéder ensuite à la réalisation de la check-list HAS "KT".  

Pendant la pose

L'infirmier doit avoir recours au médecin en cas de difficulté non prévue.

L'annexe de l'arrêté liste les motifs pour lesquels l'infirmier doit envisager ce recours :

  • refus "à la dernière minute" du patient d'être pris en charge par l'infirmier malgré son accord initial ;
  • évaluation échographique non compatible avec la pose ;
  • dispositif non compatible avec la demande initiale du médecin, en raison de l'apparition d'un nouvel élément ou d'une dégradation de l'état du patient ;
  • échec de ponction veineuse après trois tentatives sous écho ;
  • survenue de tout élément clinique nouveau au moment de la pose.

Après la pose

Une radiographie de contrôle permet de s'assurer de sa bonne réalisation et fait l'objet d'une vérification par le médecin délégant. 

Après avoir éduqué le patient sur la gestion de l'accès veineux, l'infirmier fournit les ordonnances de pansements et un livret sur le matériel.

Dans les 48 heures qui suivent le geste, il doit contacter le patient afin de répondre à ses questions.

Quelles sont les conditions de formation ?

Une formation est requise et s'adresse à tout infirmier, quelle que soit sa spécialité.

L'infirmier doit avoir 5 ans d'ancienneté et une compétence technique et relationnelle avérée auprès des patients.

La formation comprend un contenu théorique de 20 heures et un contenu pratique par compagnonnage en quatre temps :

  • observation,
  • aide du médecin par l'infirmier,
  • aide de l'infirmier par le médecin,
  • mise en pratique seul, en présence du médecin dans la salle.

Trente accès veineux dans chaque type de voie d'abord constituent le minimum requis. 

Cette nouvelle compétence est-elle intégrée dans les compétences infirmières listées dans le code de la santé publique ? 

À l'heure actuelle, les textes qui régissent les compétences des infirmiers dans le code de la santé publique (articles R. 4311-1 et suivants) ne sont pas modifiés. 

En effet, lorsqu’un protocole de coopération est généralisé, c'est le Comité national des coopérations interprofessionnelles qui peut proposer (ou non) l'intégration de ces actes dérogatoires dans les compétences réglementaires.

Référence : 
*Arrêté du 1er mars 2021 relatif à l'autorisation du protocole de coopération "Transfert de compétence : pose de voie veineuse centrale par l'IDE"

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Stéphanie Tamburini
L’auteur

Stéphanie Tamburini

Juriste MACSF

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