Les assistants IA en consultation : présentation et capacités émergentes
Au-delà de la simple retranscription
Les assistants IA couvrent bien plus que la simple retranscription de consultations. Ils combinent plusieurs fonctionnalités :
- Retranscription et structuration en temps réel de notes structurées.
- Génération de comptes-rendus standards.
- Prédiction et aide à l'analyse avec la suggestion de diagnostics.
- Aide décisionnelle sur les investigations ou les stratégies thérapeutiques.
- Gestion administrative avec l’automatisation des tâches de secrétariat.
- Synthèse et continuité des soins grâce à l’extraction d'informations.
Comprendre le fonctionnement de l’IA : au-delà du mythe de l'"hallucination"
Ce n'est pas une hallucination, c'est une prédiction
Un malentendu persiste dans l’imaginaire collectif : les erreurs d'une IA générative ne résultent pas d'une "hallucination" au sens psychologique. Le terme suggère une forme de conscience qui génère des contenus imaginaires, ce qui est inexact.
En réalité, voici ce qui se passe : les systèmes d'IA générative ne mémorisent pas et ne récupèrent pas des connaissances comme une base de données. Ils opèrent selon un mécanisme probabiliste : en se fondant sur les patterns statistiques appris durant l'entraînement, ils prédisent le token (unité de texte) le plus probable suivant. Ensuite, ils répètent ce processus. C'est un exercice continu de prédiction.
Quand l'IA génère une information inexacte, elle n'"hallucine" pas : elle extrapole. Elle tente de compléter ou de prédire en s'appuyant sur les patterns du contexte d'entraînement, mais sans vérifier la réalité. L'analogie consisterait à deviner la suite d'une histoire en s'appuyant sur ce qu'on a lu, mais sans jamais consulter les faits réels. Parfois la prédiction est juste, souvent elle est plausible en apparence, parfois elle est totalement erronée.
Taux d'erreur réels en contexte médical
S'agissant des outils d'intelligence artificielle utilisés pour retranscrire ou générer des comptes rendus de consultation, le professionnel de santé peut être confronté à plusieurs types d'erreurs. L'outil peut notamment :
- mal retranscrire un propos,
- omettre une information pourtant présente dans l'échange,
- simplifier ou déformer une nuance clinique,
- voire produire une information qui n'a pas été exprimée par le patient ou le professionnel.
Une étude publiée en 2024 dans le Journal of Medical Internet Research illustre bien ces limites. Sur 14 consultations simulées, ChatGPT-4 a produit en moyenne 23,6 erreurs par cas, dont 86% étaient des omissions. Plus inquiétant, lorsqu'un même cas était soumis trois fois au modèle, seuls 53% des éléments étaient correctement rapportés dans les trois versions. L'IA pouvait ainsi produire une note parfaitement structurée tout en omettant des informations importantes ou en ajoutant des faits inexistants. Ceci souligne la nécessité d'une vérification humaine systématique et illustre pourquoi la confiance aveugle dans l'IA expose à des risques cliniques majeurs.
Le cadre juridique et éthique de l'IA en médecine
L'IA entre dans le code de déontologie
L’importance croissante de l'IA en pratique médicale a conduit à son entrée dans le code de déontologie médicale. L'article R. 4127-13-1, introduit le 27 juillet 2026, pose un principe directeur majeur :
"Lorsque le médecin utilise, dans son exercice, des technologies de l'information et de la communication, des outils numériques, l'intelligence artificielle ou toute innovation technique ou technologique, il met en œuvre les précautions indispensables pour garantir aux patients et à toutes les autres personnes concernées la sécurité et la qualité des soins ainsi que la sécurité et la confidentialité de leurs données de santé. Le médecin tient compte dans leur utilisation des recommandations et référentiels émis par les autorités compétentes, son conseil national professionnel et le Conseil national de l'ordre des médecins."
Ce texte établit plusieurs obligations :
- Obligation de vigilance : la seule utilisation d'un outil IA ne dédouane pas le médecin de sa responsabilité. Il doit mettre en œuvre les précautions nécessaires.
- Obligation de sécurité : toute innovation doit être déployée sans compromettre la sécurité des patients ou des données.
- Obligation de suivi des recommandations : les autorités compétentes (HAS, CNOM…) éditent des recommandations à consulter et respecter.
Enfin, rappelons que l’article L.4001-3 du code de la santé publique prévoit, suivant les cas, une information au patient :
"Le professionnel de santé qui décide d'utiliser, pour un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, un dispositif médical comportant un traitement de données algorithmique dont l'apprentissage a été réalisé à partir de données massives s'assure que la personne concernée en a été informée et qu'elle est, le cas échéant, avertie de l'interprétation qui en résulte."
Protection des données de santé
Les données de santé figurent parmi les catégories particulièrement sensibles au regard du RGPD et de la réglementation française. Leur traitement et hébergement sont encadrés de manière stricte.
Lors de l’utilisation d’un outil d'IA pour traiter des données de patients (retranscription, analyse, recommandations), plusieurs questions se posent : protection des données, consentement du patient, sécurité de l'hébergement, certification HDS.
Attention
Les outils généralistes accessibles en ligne (ChatGPT, Gemini, Claude...) ne doivent pas être utilisés pour traiter des données patients.
Ces outils :
- utilisent les données pour entraîner leurs modèles ;
- ne sont pas certifiés HDS.
Vérifier : le contrôle humain est non-négociable
Toute retranscription ou contenu généré par l'IA doit être relu, validé et corrigé par le professionnel avant intégration au dossier. Cette étape est essentielle pour :
- vérifier l'exactitude des faits cliniques rapportés ;
- détecter les omissions d'informations importantes ;
- corriger les erreurs d’interprétation ou de prédiction erronée ;
- assurer que le dossier reflète fidèlement les intentions cliniques ;
- écarter les éléments qu'une retranscription trop complète aurait indûment captés (propos informels, hésitations, remarques hors du champ clinique) et qui n'ont pas vocation à figurer au dossier.
Conseil pratique
Ne jamais considérer le document généré comme définitif avant validation personnelle. Une relecture attentive s'impose.
Le médecin reste seul responsable du dossier
- Un principe fondamental : l'utilisation d'un assistant IA ne transfère pas la responsabilité médicale au prestataire. Le praticien reste entièrement responsable du contenu du dossier patient et des décisions cliniques documentées, indépendamment de l'outil utilisé.
- Rappelons que tout document généré par l'IA et versé au dossier médical peut être transmis au patient sur sa demande (Article L.1111-7 du code de la santé publique). Les erreurs ou omissions qui y figurent seront visibles et susceptibles d’engager la responsabilité civile professionnelle du praticien. Ceci renforce la nécessité absolue d’une relecture critique avant validation.
- Enfin, le risque de fuite de données peut également engager la responsabilité du professionnel de santé s'il en est la cause par l’utilisation d’un outil non conforme ou d'une mauvaise utilisation.
Visuel généré avec l'aide de l'IA

