COVID-19 et sport : point trop n’en faut !

Le 10.04.2020 par Dr Carole Gerson, Médecin-conseil MACSF
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Covid-19 et pratiques sportives

Même si Winston Churchill n’est décédé qu’à 90 ans en prônant le "no sport" comme un art de vivre, il semble quand même que la pratique du sport, ou au moins d’une activité physique régulière, soit plutôt bénéfique...

Elle améliorerait nos capacités fonctionnelles, boosterait notre humeur, notre immunité, diminuerait les risques cardiovasculaires et le risque de contracter certains cancers pour 20 à 30 % (sein, colon) tout en améliorant les chances de survie.  Le sport serait même susceptible de nous prémunir de la maladie d’Alzheimer !(1)

Pour autant, il ne faut pas perdre de vue non plus que chaque année en France, le sport est aussi responsable d’environ 1 000 morts subites(2) survenant en l’absence même de tout antécédent connu, chez des sportifs du dimanche comme chez des sportifs confirmés, chez des adultes comme chez des enfants et est également à l’origine d’infarctus, de troubles du rythme en sus de traumatismes en tous genres et de gravité toute aussi variable…faisant le bonheur des urgentistes, des orthopédistes et kinésithérapeutes.

Prudence est mère de sureté

Raisons pour lesquelles la Fédération Française de Cardiologie, rappelait, bien avant le confinement, les 10 règles d’or du sportif (3) dont celles de "pratiquer un bilan médical avant de reprendre une activité sportive intense si j’ai plus de 35 ans pour les hommes et 45 ans pour les femmes" et de "ne pas faire de sport si j’ai de la fièvre ou dans les 8 jours qui suivent un épisode grippal (fièvre + courbatures)".

Puis, l’épidémie de COVID s’est installée en France. Puis le confinement a été décrété en cette date fatidique du 17 mars et avec lui, de nouvelles règles venant encourager la pratique d’un activité physique régulière minimale de 30 minutes quotidiennes chez l’adulte et, dans le même temps, réglementer les conditions pour l’exercer en extérieur en interdisant notamment la pratique de sports collectifs.

Joggeurs et cyclistes invétérés munis de la précieuse dérogation gouvernementale ont alors été rapidement suivis par tous ceux qui, hier, se contentaient de grimper quelques escaliers mécaniques défaillants dans les transports en commun pour avoir bonne conscience et l’illusion de satisfaire les recommandations répétées de leur médecin quant à la nécessité de faire du sport… Et on a tous alors vu nos compatriotes, jeunes comme beaucoup moins jeunes, minces comme beaucoup moins minces, non-fumeurs comme fumeurs sortir soudain de leurs réserves habituelles, chausser leurs vieilles paires de baskets ou de tennis totalement inadaptées et se lancer, sans échauffement préalable, dans des joggings effrénés avec l’espoir de prendre enfin une bouffée d’oxygène…

Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Faute de données actuellement disponibles, il est certainement trop tôt pour évaluer les dégâts de ces comportements dangereux.  Mais il n’est vraisemblablement pas trop tard pour relayer par tous moyens les fameuses 10 règles d’or.

Comme il faut également rappeler que chacun d’entre nous est peut-être, jusqu’à preuve du contraire, un malade du cœur ou un malade du COVID qui s’ignore…

Il n’est certes pas facile de faire un check up cardiologique par les temps qui courent… Mais c’est sans grande difficulté qu’on peut faire comprendre qu’il n’est pas raisonnable de continuer une activité intense (ou pas) quand on présente des facteurs de risques cardiovasculaires, un surpoids manifeste, des palpitations, un essoufflement anormal ou un malaise pendant ou après l’effort, symptômes devant amener à au moins suspendre immédiatement cette activité si ce n’est à consulter dans les meilleurs délais.  Car rappelons-le, les urgences restent ouvertes à tous, COVID ou pas, et les urgentistes tout comme les cardiologues, s’inquiètent même de ne plus voir les habituelles "douleurs thoraciques", "malaises" et autres accidents vasculaires…

Qui veut voyager loin ménage sa monture

Faut-il continuer à faire du sport pendant cette épidémie ? Oui, mais prudemment… Car il n’est pas plus facile de savoir si on est ou non porteur du coronavirus actuel en l’absence de dépistage systématique, au vu de la longue période d’incubation et du caractère parfois asymptomatique de la maladie.  Il faut donc que les sportifs en bonne santé apparente soient aussi bien conscients qu’ils prennent de fait des risques supplémentaires dans le cas d’une infection latente et leur recommander de rester au minimum prudents en ne dépassant pas 80 % de leur fréquence cardiaque maximale… et en n’excédant pas l’heure de sport quotidienne autorisée. Car si de manière générale, sport et infection ne font pas bon ménage, il semble en plus que le Sars-CoV-2, entre autres méfaits, ait un "tropisme" cardiaque et soit notamment responsable de cardiomyopathies et qu’une activité trop intense pourrait en accélérer le développement…

Faut-il fuir les sportifs ? Oui, il faut certainement ne pas les approcher à moins de 2-3 mètres disent les spécialistes car un joggeur, même s’il n’en donne pas toujours l’impression, hyperventile à l’effort et renvoie de fait dans l’air avec le même élan des particules microscopiques possiblement porteuses du virus qui pourraient vous contaminer…

Après l’effort, le réconfort…

C'est pourquoi, certains maires à l’exemple de la Maire de Paris qui l’a déjà mis en place, envisagent d’interdire la pratique d’une activité sportive extérieure entre 10 h et 19 h pour limiter les risques de "croisement" des populations sportives et non sportives, créneau semblant donc désormais réservé au sport… en chambre !!!      

 

(1) Exercise Training in Amnestic Mild Cognitive Impairment : A One-Year Randomized Controlled Trial - Tarumi T et al. - J Alzheimers Dis. 2019 Aug 8.
(2) La mort subite liée à la pratique sportive - Carré F. La Presse Médicale 2014 ;43 :831-839 https://www.em-consulte.com/en/article/907308
(3) Les 10 règles d’or du sportif - Fédération Française de Cardiologie https://www.fedecardio.org/Je-m-informe/Je-bouge/les-10-regles-d-or-du-sportif

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