COVID-19 : il y aura un avant et un après…

Le 29.04.2020 par Carole Gerson, Médecin-conseil MACSF
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Covid 19 : quid de la responsabilité des soignants

Aujourd’hui, les français, de manière assez unanime, reconnaissent et saluent la mobilisation exemplaire des professionnels de santé et leur implication sans réserve ayant permis d’assurer la continuité des soins pour les patients hospitalisés et pour nos aînés hébergés en EHPAD pendant l’épidémie de COVID-19. Ceci, avec d’autant plus d’admiration que cet engagement, moins reconnu en temps normal, est intervenu très tôt alors même que, faute de moyens matériels, les conditions de sécurité n’étaient souvent pas réunies et que plusieurs professionnels l’ont même payé de leur vie…

La population française, consciente du dévouement des soignants face à l'épidémie de Covid-19

Aujourd’hui, nombre de citoyens rivalisent d’initiatives pour témoigner leur soutien et leur gratitude aux soignants en leur envoyant des messages ou les dessins de leurs enfants, en leur livrant repas ou paniers de courses pour améliorer leur quotidien, en confectionnant masques ou surblouses pour les aider à se protéger…

Pas un soir sans que les applaudissements ne fusent partout en France à 20 heures, pour saluer ceux que l’on considère désormais comme des héros.

Héros que le gouvernement envisage de faire défiler sur les Champs-Elysées lors de l’hypothétique cérémonie du 14 juillet à venir.

Héros qui, à l’exemple des militaires, policiers et pompiers décédés en intervention, une fois morts du COVID-19, mériteraient que leurs héritiers soient exonérés de droits de succession, suivant une proposition de loi déposée le 7 avril dernier à l’Assemblée Nationale et qu'ils bénéficient par ailleurs du statut de pupilles de la Nation.

Pourtant, il ne faut pas oublier que plusieurs de ces professionnels de santé, heureusement de manière moins fréquente, ont aussi fait l’objet de menaces, de tentatives d’intimidations, de violences en tous genres de la part de leurs voisins stupidement inquiets de les voir contaminer "leur" immeuble ou "leurs" commerces… et que d’autres ont vu leur véhicule fracturé pour quelques hypothétiques masques à voler.

Déconfinement : la "rançon" de la gloire

Aujourd’hui, alors que certains d’entre eux sont contraints au chômage partiel, la majorité des français trouvent cependant légitime le versement d’une prime exceptionnelle aux soignants pour récompenser les efforts fournis. Comme ils trouvent légitime de revaloriser leur salaire, plus tard, en particulier celui des infirmières ou des aides-soignantes dont on reconnait soudainement la pénibilité du métier que, hier, l’on plaçait pourtant loin derrière celle des conducteurs de trains ou de métros…

Mais une fois encore, il est à craindre qu’il y ait aussi un avant le déconfinement et un après… Et que les espoirs des soignants quant à une amélioration globale de leurs conditions de travail soient finalement déçus au regard de la crise économique profonde et durable qui se profile et mettra certainement à jour d’autres priorités et d’autres populations prioritaires.

Comme il est aussi à craindre que la reconnaissance de la population encore majoritairement confinée et indemne d’infection qui, jusque-là, jugeait la situation de loin, devant son poste de télévision, s’estompe au fur et à mesure du déconfinement. Car elle va à son tour probablement être confrontée à la maladie, aux affres de l’hospitalisation en "secteur COVID", voire du transfert dans des réanimations éloignées, vivre la douloureuse expérience du deuil de proches ou d’amis dans la plus grande solitude et sans pouvoir leur rendre un dernier hommage...

Les motifs de mécontentement et de plaintes pourraient donc être nombreux…

Une prise en charge... potentiellement à risque

Alors que la communauté médicale se déchire sur l’efficacité ou pas de l’hydroxychloroquine, des équipes hospitalières décident de sa prescription systématique alors que d’autres, quelques kilomètres plus loin, décident d’y surseoir…

On peut facilement imaginer que le régulateur du SAMU ou le médecin ayant dirigé le patient vers l’un ou l’autre des établissements, suivant la sectorisation ou la disponibilité des lits, tout comme le praticien hospitalier en charge du malade, puissent se voir reprocher par les familles leurs choix thérapeutiques en cas d’évolution défavorable.  

Si, avec le déconfinement, les places en réanimation atteignent de nouveau leur taux d’occupation maximal, les informations télévisées nous abreuveront aussi de nouveau de leurs commentaires alarmistes sur les "choix éthiques" des réanimateurs… Et ce, alors même que ces choix seront avant tout guidés, comme par le passé, par l'expérience des réanimateurs quant au bénéfice escompté d'une réanimation lourde pour certains malades et qu'ils seront vraisemblablement palliés par la possibilité de les transférer dans d'autres réanimations si besoin. Le récent constat d'un bénéfice possiblement supérieur de la ventilation non invasive versus invasive viendra certes compliquer encore leurs choix chez certains patients présentant une atteinte pulmonaire sévère…

Qu’en retiendront les familles ? Vraisemblablement, dans le cas de la prise en charge comme de la non prise en charge en réanimation, que finalement leur parent n’a pas survécu ou présente des séquelles graves parce qu’il n’a pas bénéficié des soins optimaux auxquels il avait "droit"…

Quand, faute de renforts suffisants, un soignant épuisé physiquement et moralement, ou contraint de reprendre ses fonctions au plus vite après avoir lui-même été infecté, commettra une erreur de manipulation d’un produit, une erreur de prescription ou d’interprétation d’un résultat, pourra-t-il encore espérer un certain degré d’indulgence des familles ?

Il est à craindre que non. Il y aura un avant et un après déconfinement pour les professionnels de santé.

"L'immunité" contre le COVID-19 : celle que les soignants espèrent du gouvernement français

Tous redoutent déjà en temps normal de voir leur responsabilité mise en cause, notamment sur le plan pénal. Ce qui est ressenti encore avec plus d’acuité avec l’épidémie de COVID-19 du fait des difficultés d’évaluation de la gravité de l’infection chez certains malades, des incertitudes thérapeutiques, des difficultés de prise en charge de l’afflux de ces malades dans des services déjà bien occupés et, tout simplement, du manque de disponibilité pour tenir les familles informées en temps réel de l’évolution de l’état de santé de leur proche.

La question est donc posée de savoir jusqu’à quel point le gouvernement décidera désormais de soutenir son Corps de santé…

Un pas serait déjà franchi en améliorant à moyen terme les conditions de travail et la rémunération des soignants.

Mais on pourrait lui suggérer de décider, dès à présent, avant qu’une tempête procédurale ne succède à l’orage cytokinique, de dispositions exceptionnelles garantissant à tout professionnel de santé engagé dans les soins pendant l’épidémie de COVID-19, une "immunité" sur le plan pénal pour la période.

Ce geste fort, en mettant à l’abri les professionnels de poursuites pénales viendrait légitimement et utilement récompenser les efforts de ceux amenés, en pratique, à gérer au mieux une situation exceptionnelle avec les moyens limités dont ils disposaient et leur permettrait enfin de profiter du repos qu’ils ont bien mérité.

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