La reprise d'activité vue par un anesthésiste

Le 19.06.2020 par Dr Eric Lopard, Anesthésiste
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Eric LOPARD, anesthésiste à l'hôpital St-Joseph, explique comment il a vécu la crise sanitaire et partage son retour d’expérience après quelques semaines de déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Tout dépend du secteur d'activité (anesthésie ou réanimation et spécialités particulières).

Ceux qui exercent habituellement en réanimation ont été "surchargés", avec des créations de secteurs Covid sur plusieurs sites, qui ont multiplié les besoins en médecins (une liste de garde supplémentaire a été créée et divers spécialistes y ont participé) et en personnels soignants (certains IADE sont redevenus IDE de réa).

Les anesthésistes ont pour la plupart vu l’activité chirurgicale réglée s’effondrer. Seules les urgences absolues ainsi que quelques chirurgies cancérologiques ont été assurées, quelques salles d’opération ont été dépressurisées et dédiées aux patients "Covid +" ou suspects de l’être.

D’autres ont pris des fonctions organisationnelles ou plus "logistiques".

D’autres encore sont allés en renfort de leurs confrères en réanimation ou en SSPI "reconditionnée" en USI.

Enfin, d’autres, dont je fais partie en exerçant exclusivement en anesthésie gynéco-obstétricale supposée "non à risque Covid", ont conservé une activité normale, prévue par les inscriptions mensuelles.

Il est possible que certaines (mais très rares) patientes aient accouché sur leur lieu de confinement mais le nombre d’accouchements est globalement conforme à ce qui était anticipé.

Seules quelques modifications liées au confinement [consultation préanesthésique (CPA) "délocalisées", téléconsultations pendant environ 2 mois], liées à l’existence de quelques patientes Covid + (une cinquantaine à NDBS) et surtout liées aux mesures sanitaires générales (protection des patientes et des équipes "formées Covid" ; FFP2 et habillage stérile type "scaphandrier"…) ont été prises.

Pour les patientes "standards", seul le port d’un masque chirurgical a été imposé, une prise en charge spécifique étant mise en place pour les patientes "suspectes" ou "Covid +".

Nous avons autorisé la présence des pères en salle de naissance mais pas au bloc opératoire ou en suites de couches (les visites ont été interdites).

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre profession ? A quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ?

Les patients, qui craignaient à juste titre de venir à l’hôpital, recommencent à consulter. La reprise des programmes opératoires se fait progressivement et le service de réanimation et les USC se rétablissent doucement.

L’éventualité d’une "2e vague" importante étant de moins en moins probable (mais non impossible), il a été décidé de faire fonctionner transitoirement les spécialités chirurgicales à "demi-charge", conformément aux directives de la Direction générale de la santé.

Le "déficit" chirurgical programmé devrait être rattrapé d’ici la fin de l’année 2020.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

Le problème du manque de respirateurs n’en est plus un.

Nous avons été et sommes encore confrontés à des difficultés d’approvisionnement pour certains médicaments utilisés couramment en anesthésie (Propofol, Midazolam, Célocurine, Cisatracurim), explicables par leurs sites de production…

Des Recommandations de Pratique Professionnelles ont été émises par la SFAR et globalement suivies, privilégiant initialement :

  • les anesthésies loco-régionales (ALR) ;
  • un contrôle des voies aériennes (source de contamination la plus redoutée par les soignants) ;
  • une intubation "systématique" en séquence rapide (abandon de masques laryngés).

Cette dernière recommandation a été levée, la fréquence anormale de certains accidents allergiques, la balance bénéfice/risque et l’état des stocks des pharmacies à usage intérieur (PUI) ne le justifiant pas ou plus.

L’épidémie a bousculé les pratiques professionnelles. A votre avis, à terme, va-t-on revenir aux pratiques antérieures ou votre profession va-t-elle continuer à recourir aux nouveaux moyens technologiques utilisés pendant la crise, telle que la téléconsultation ?

En ce qui me concerne, elles ont juste modifié "à la marge" ma pratique.

Le grand nombre d’ALR réalisées (environ 95 % des accouchements dans ma structure) permet de se prémunir du risque d'anesthésie générale en urgence et donc d’une source de contamination potentielle à partir des voies aériennes supérieures.

En ce qui concerne la téléconsultation (TLCA), la SFAR profite de ce moment pour réaliser un audit portant sur la faisabilité de la téléconsultation anesthésique en dehors du contexte Covid.

Les résultats de cet audit vont permettre de compléter le dossier administratif nécessaire pour élargir les possibilités de réaliser des TLCA (en dehors de la pandémie) auprès de nos tutelles.

La TLCA menée en secteur obstétrical "standard" pourrait bien évidemment être une alternative à la CPA systématique classique réalisée dans le dernier trimestre (qui est réglementaire uniquement en France…) car les femmes enceintes ne sont pas des "malades" et ne présentent que rarement de sévères comorbidités.

Cependant, il semble difficile d’assurer une évaluation fiable des conditions d’intubation (qui doivent de toute façon être revues in extremis), des éventuelles difficultés de ponction rachidienne et surtout de réaliser une information préanesthésique de "qualité" par ce seul moyen.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Aucun critère de morbi-mortalité lié à cette crise ne nous oblige à modifier nos pratiques antérieures. Certaines mesures ont même été "contre-productives".

Ne pas "surcharger" les programmes opératoires au prétexte de devoir rattraper le retard…

Conserver pour l’avenir certaines des mesures sanitaires (solution hydro-alcoolique, masques…) qui ont été prises à l’occasion de cette crise.

 

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